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veau livrée à l'emportement de la danse, au rire, aux trépignements passionnés, au souffle haletant des haleines, aux bras, aux mains l'attirant, la lançant dans ce tourbillon enfiévré qui gronde, passe et revient comme une ronde du sabbat.
Mais ce regard d'où partent cette fièvre et ce mouvement, ce regard qui est pour la danse ce qu'est le fouet pour la toupie ronflante de l'enfant , s'est détourné un instant , et l'immense mouvement s'arrête T6us les yeux sont arrêtés sur la Galigaï. Un page , le même page à la livrée du Louvre , que l'on a déjà vu dans le salon, s'est approché d'elle. Il lui parle à voix basse ; l'Italienne pâlit. Que lui dit-il ? Tous écoutent, tous voudraient deviner, au mouvement des lèvres de l'enfant, quelles paroles produisent cet effet sur elle On sent qu'elles sont
décisives — Est-ce un message de la reine, un dernier ordre pour la grande tentative du lendemain?... Tous doutent.
— Oui, madame la maréchale, sa majesté est partie, dit le page en élevant la voix.
— Partie ! partie ! bourdonne la foule qui s'émeut.
— Avec M. le duc Sully^ cantinue l'enfant.
— Le due de Suily ! répètent les courtisans consternés.
-^ Et la reine en partant, ajoute le messager, semblait très-agitée. « Prévenez la maréchale que je suis partie , m'a-t-elle dit; qu'elle se rappelle mes derniers ordres,... je n'ai que cela à lui faire savoir. »
— C'est une disgrâce, murmure l'assemblée.
— Il suffit 1 dit la maréchale avec fermeté. Eh bien , mes seigneurs, eh bien, mes nobles dames, pourquoi ce silence , ce calme , cette tristesse ? ajouta-t-elle ; le départ de sa majesté n'a rien qui doive vous effrayer. Ces ordres qu'elle me fait rappeler par son page, sont tels^, que nos ennemis seuls ont à trembler ; il n'est pas temps encore, ajouta-t-elle avec un rire amer, que nos amis songent à nous quitter.
Après ces mots, il y a de nouveau hésitation et doute.
■— Quels son t ces ordres ? que signifiait ce trouble de là reine , cette brusque arrivée de Sully? Triomphe-t-elle, la maréchale ? est-elle disgraciée, la Galigaï? Restons-nous? partons-nous? Mais Guzla, Guzla, sur laquelle le silence a produit le même effet que le bruit sur le somnanbule, Guzla tombée, froide , droite, immobile,
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sur le siège qui se trouvait derrière elle , quand la présence du page a suspendu la danse, Guzla se lève tout-à-coup , au bruit de la cloche que minuit a réveillée dans les tours de Saint-Germain-l'Auxcrrois.
— Entendez-vous ! entendez -vous ! s'écriet-elle d'un ton inspiré.
Et le silence s'étend autour d'elle , et les coups du marteau sur l'airain arrivaient, en menaçant , jusqu'au cœur de tous les invités à la fête.
— Entendez-vous? c'est la cloche !... la cloche : il faut mourir ! Des fleurs ! des parures ! des sons de fête!... Mais vous ne l'entendez donc pas, cette cloche Pelle retentit comme un signai d'alarme, comme un srlas de funérailles Oh!
c'est une effroyable voix Elle se compose de
mille sons terribles! — C'est comme le bruit d'un palais qui s'écroule, d'une sépulture qu'on viole, d'un traînement de cadavre par les rues !.. Il y a tout, jusqu'au rire, jusqu'aux cris, jusqu'aux coups d'une populace furieuse ! Encore!., encore! et ma sœur, ma sœur!... où est-elle? qu'avez-vous fait de ma sœur? J'avais mission pour la sauver, je me suis mise en route pour lui apporter le signe du salut;... mais ils n'ont
pas voulu ! ils m'ont entourée , obsédée, enivrée de leurs chants, de leurs flatteries, de leurs caresses ; ils ont arraché la croix sur laquelle je m'appuyais! C'est que ce sont les esprits les plus perfides que l'abîme a vomis pour me perdre. Les voilà tous;... ils sont muets, pâles, immobiles autour de leur victime qu'ils me cachent. Un signe me reste, un signe avec lequel on l'ait grincer les dents aux damnés — Arrière, maudits, m'entendez-vous, arrière!
Et la femme échevelée, belle d'inspiration, de folie et d'effroi , agitant l'air de sa main droite, comme un prêtre qui', de l'autel, bénit le peuple, marche et pousse devant elle tous ces hommes
surpris, toutes ces femmes effrayées En un
instant les salons furent vides. Pauvre Guzla! un exorcisme plus fort que tes signes de croix avait mis en fuite les esprits de la cour : la nouvelle de la disgrâce de ta sœur.
Excédée de fatigue et d'exaltation, Guzla est retombée sur un fauteuil. Debout devant elle, l'ambitieuse la regarde avec une fureur mêlée de pitié.
— Ainsi c'est toi qui nous perds! lui diî-elle. Allons, allons, réveille-toi, Guzla! ajouta-t-elle, en lui secouant le bras. Es -tu folle? réveille-toi , et vois si c'était bien la peine de quit-
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ter l'Italie pour apporter le désordre et la confusion ici. Je suis disgraciée , disgraciée , Guzla ! Ces mots la ranimèrent.
— Non, non! s'écria-t-Ile, c'est sauvée qu'il faut dire.
— Disgraciée, te dis-je^ et disgraciée par ta faute! Oui, ta beauté fatale a entraîné le faible Concini à la désobéissance. Pour soupirer à tes pieds, il a bravé la colère de la reine;... à tes pieds, m'entends-tu, Guzla?
— A mes pieds? répéta-t-elle en cherdhant à rappeler ses souvenirs.
— As-tu si vite oublié celui qui a attaché ce nœud de rubans roses à ta ceinture, celui qui si souveritpencha sa tête sur ton épaule, celui qui, dans le désordre de la fête, a plus d'une fois pris ta main, celui qui t'a dit tout bas : Je t'aime, aime-moi aussi; celui à qui tu as avoué peutêtre ? Oh ! j'ai vu briller tes yeux , pâlir tes lèvres, bondir ton sein, quand tu lui parlais. Tu étais séduite, Itahenne, tu l'aimais, n'est^epas?... Tu le lui as dit,... hein?... Eh bien! c'est mon époux, mon époux, entends-tu?... La voilà qui pleure, qui gémit, qui sanglotte!.. Bien... arrache tes parures ; foule sous tes pieds ces rubans , ces fleurs , ces colliers. Il est bien
temps!... Oui, Guzla , mon époux!... Et je ne suis point jalouse, sache-le bien, ce n'est point la jalousie qui me fait prendre plaisir à voir couler tes larmes, à entendre tes cris de repentir. Non, c'est l'idée que seule je ne suis pas malheureuse, qu'il y a dans cette nuit des souffrances pour d'autres que pour moi : des pleurs ici, du sang ailleurs, oui , du sang! Concini s'est battu,... battu à cause de toi, Guzla !
— Grand Dieu !... où est-il?
— Étendu sur son lit de mort; car sa blessure est grave, dit-on.
— Quoi, blessé, mourant, 'et tu es ici! Et moi, prosternée près de ce lit de douleurs, je ne frappe pas ma poitrine coupable en criant : Pitié, mon Dieu, pitié! Oh! viens, viens! nos soins lui conserveront la vie peut-être. Mes prières, mon repentir peuvent encore désarmer l'ange des vengeances. Un rayon de grâce, si ce n'est de miséricorde, peut tomber à ma voix sur le pécheur converti. J'ai retrouvé ma raison , je puis prononcer maintenant le nom de Dieu. O mon Dieu, je vous remercie!.. Léonora, je suis plus forte que toi, maintenant; marche, conduismoi, je te l'ordonne au nom de Dieu !
Et, subjuguée à son tour par sa sœur, la Galigaï donne ses ordres pour qu'on les conduise toutes deux près de Concini. Les gens de Sully l'ont transporté dans sa maison du Luxembourg.