LES CONCINI. 1 2Ô
GUZLA, Se levant, et avec un ton inspiré.
La volupté sous un linceul, et l'ambition sous une pourpre souillée par une chute récente ; et pas une pensée de Dieu dans l'homme mourant, pas une idée d'humilité dans la l'ennne touibéel... Voilà celle qui parle de mort : une pieuse fille à la fleur de son âiçe ! Voilà celle qui prie : un ange pur comme le ciel du beau pays qu'elle demande! Revenez à vous, convertissez-vous, vous n'avez plus que ce momerjt! Ce n'est rien de sortir de France, c'est entrer dans la voie du salut, qui est tout. . . Il vaudrait mieux pour vous mourir ici convertis, repentants, que de rapporter en Italie le péché et l'impénitence !
STELLA
Montrez-vous indulgente pour eux, vous si bonne , si douce pour moi ! et réjouissons-nous ensemble de la résolution de madame la maréchale. Oh, vous verrez, c'est une bonne mère; ce sera une bonne sœur, quand la cour lui laissera le temps d'écouter les inspirations de son cœur, n'est-ce pas, ma mère?... N'est-ce pas, madame , que vous consentez à partir? Elle y
consent, mon père. [A Guzla.) Madame, sau-
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vons leur vie d'abord, leur âme après n'échappera pas à l'influence de nos prières. Le départ de France, oui, je le sens, est le premier pas vers un double salut.
[Entre CorbineUi; il est suivi du faux Rabbi Jacob. Celui-ci reste debout à la porte , et examine attentivement le tableau qui s' offre à lui. )
LA MARÉCHALE
Corbinelli ! ( L'entraînant dans l' embrasure d'une fenêtre, et d voix basse.) Eh bien, tu viens de dehors, tu as passé devant le Louvre... Qu'y a-t-il? que dit-on? qu'as-tu vu ? sais-tu quelque chose? Parle, voyons! parle 1
CORBINELLI
J'ai rempli les ordres que m'a donnés madame la maréchale. Voici le savant étranger que j'ai, trouvé dansle laboratoire de madame; je l'amène.
LA MARÉCHALE
Mais Paris!... mais le Louvre!... Dis, ique sais-tu ?
CORBINELLI
Je ne sais rien, madame. Les portes du Lou-
vre sont ouvertes, comme à l'ordinaire. M. le prince de Condé y entrait comme je passais.
LA MARÉCHALE
Le prince de Condé! bien accompagné , sans doute ?
CORBINELLI
Il avait suite de plus de cent gentilshommes.
LA },lAViÉCllALE,àpart,
Je ne suis pas là; jamais elle n'osera le faire arrêter! Et, dis-moi, tu n'as pas remarqué dans l'intérieur un mouvement qui indique qu'on ait pris quelques mesures inusitées?
CORBINELLI
Non; et pourtant dans la cour j'ai vu briller une rangée de hallebardes plus longue que de coutume.
LA MARÉCHALE
Les Suisses de Bassompierre?
CORBINELLI
Oui, car M. de Bassompierre y était en personne : je l'ai reconnu à sa hongreline garnie
de fourrures; il causait avec d'autres seigneurs à l'entrée du pont-tournant.
LA MARECHALE.
Bassompierre de si bonne heure au Louvre ! Tout espoir n'est pas perdu.
GORBINELLI.
Il y avait aussi en face du Petit-Bourbon un gros des gendarmes du roi, à chfval et immobile.
LA MARÉCHALE
Ce sont là pourtant des mesures qui indiqueraient— Mais, je le sais, elles étaient prises hier, et l'indécise Marie n'aura pas eu le temps de les contremander. Pourtant il se pourrait... Écoute, Corbinelli — [Elle lui parle à C oreille.)
STELLA, à Guzla, gui pendant ce temps a examiné le faux juif avec attention.
C'est le savant astrologue que ma mère a accueilli chez elle, et qu'elle loge dans la tour de sa maison du l^ouvre. Vous en avez entendu parler déjà; il possède, assure-t-elle, de merveilleux secrets.
GTJZLA, préoccupée et à elle-même.
C'est la première fois que je me trouve avec lui; et cependant il me semble que déjà j'ai vu cette figure ailleurs, dans mes rêves peutêtre... Oui, un rêve affreux: une chaumière dans les montagnes, des brigands... Mais ce n'est pas un rêve ;... j'ai couru un grand danger;... un homme m'a sauvée, et je lui ai juré... C'est lui !
STELLA, à son père.
Monseigneur, voici un savant homme qui calmera vos souffrances, et qui d'abord nous rassurera sur les suites de votre blessure.
LE FAUX JUIF
Ma fille, à la main armée de la dague et du couteau, il faut peu de temps pour le mal;... il en faut souvent beaucoup pour le bien à celle qui vient pleine de science et de consolation.
(// s'approche du lit.)
CORBINELLI, d la maréchale.
C'est bien, madame; vos ordres seront exécutés. S'il y a du nouveau d'ici à une heure, vous le saurez!
(// sort. )
CONCINI, au faux Juif.
En vérité, charmé de faire votre connaissance, monsieur ! Une bien grande science que la vôtre, si elle se mesure à la barbe. Ali! ah! j'avais déjà entendu vanter votre savoir-faire; mais, pardieu! c'est sur un autre que j'aurais voulu en voir la preuve. Que diable , c'était hier au matin que j'avais besoin de votre visite, surtout si vous possédez quelque onguent qui rende invulnérable. Maintenant il me faut de cette poudre que j'ai vu appliquer par les docteurs du Pont-Neuf sur les mouchoirs, après qu'ils les ont coupés, laquelle poudre les rend neufs , et raccommodés à la perfection, sans la moindre couture... Cette poudre, comment se nommet-elle?En vendez-vous?... il m'en faut. A l'œuvre, et raccommodez-moi, mon docte monsieur.
LA MARÉCHALE
Je vous ai fait prier, Rabbi Jacob, de passer ici pour dire en quel état se trouve l'astre qui préside à l'existence de celui qui vient de vous parler. Je vous prie pour lui d'excuser la légèreté de ses discours ; ils sont peu en rapport avec la gravité de votre science, et avec le danger de sa position, peut-être.
LES CONCINL 1^9
LE FAUX JUIF
Quand la mort rit, c'est une effroyable chose à voir, madame !
CONCINI , effraye.
La mort, docteur! la mort ! Suis-je si mal que ce soit elle qui ricane sur mon oreiller? Se cache-t-elle sous les plis de ce rideau? avez-vousvu passer l'ombre noire de son squelette sur le satin des courtines? Avez-vous vu...?
LE FAUX JUIF , avec un rire amer.
J'ai vu le mot sorti de la bouche d'un pauvre savant , d'un misérable juif, glacer d'effi'oi l'homme qui, tout-à-l'heure, défiait, en riant, la dague dirigée contre lui. Si l'un de nous deux maintenant a le droit de se moquer de l'autre ,. . . à qui ce droit , je vous le demande , monseigneur ?
CONCINI
A toi, l'ami! à toi! Et c'est être sot que de te croire, n'est-ce pas! Astrologue et médecin, que gagnes-tu, dis-moi, à publier cette vérité?