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CHAPITRE XXIX

Quand tous êtes sûre d'être aimée, quand voti'e cœur est bien touché , tous vos plus grands plaisirs sont dans votre amour. Vous pouvez donc être heureuse par votre seul sentiment, et associer ensemble le bonheur et Ijnnocence.

Le livre d'une femme.

La bonne dame print l'engagement de ne se refuser à rien de ce qui pouvoit ôter cette âme aux griffes de Satanas.

Vieux roman.

Le grenier de l'Astrologue.

Pour la jeune vierge, dont la douce figure a fait étaler quelques teintes blanches et roses sur notre palette chargée des couleurs sombres que demande le tableau d'une époque aussi tragiquement grotesque, ce fut une source de vagues et délicieuses pensées, que la découverte de cet amour si long-temps inconnu, de ce dévouement si pur dont elle avait été suivie et protégée!

On eût dit que dans la crainte d'échouer en

attaquant cette âme si candide , l'amour avait employé ses armes les plus innocentes à la fois et les plus sûres : le mystère, la reconnaissance et la pitié. L'intermédiaire qui portait ses paroles semblait avoir été choisi par lui dans ce même but ; c'était seulement de la bouche d'un pauvre enfant contre lequel elle n'aurait pas eu la force de se fâcher, que Stella pouvait apprendre jusqu'à la fm cet étrange secret. L'amour, ce mouvement de l'âme pur et céleste, tant qu'il ne vient pas remuer les sens, conservait son caractère primitif, présenté par cette pauvre créature si peu faite pour les réveiller; d'ailleurs, quand il parlait du jeune inconnu et de ses sentiments pour Stella , ses traits, ses yeux, prenaient cette expression d'enthousiasme qui accompagne et embellit la peinture d'une passion noble et grande.

Et puis elle se disait, la jeune fille : On m'aime pourtant! il est doux d'y songer! Moi si triste, si délaissée; moi sans patrie, sans avenir,... destinée peut-être à payer de quelque affreux hymen, des places, des dignités nouvelles qui rendraient mes parents plus odieux encore au peuple; moi qu'ils aiment par passetemps . par souvenir et comme s'ils disaient :

A propos,... et ma fille! Moi je tressaille à l'idée que j'occupe un cœur tout entier, à l'idée qu'il y a quelque par4; une âme qui suit la mienne, pend part à ses peines, ressent ses angoisses et s'occupe du soin de les prévenir, de les calmer... Oh ! c'est une consolante pensée ! Je ne me crois plus étrangère à ce pays où l'on m'aiq^e, à cette langue dont on se sert en priant pour moi — Oui, la patrie d'un zélé défenseur, d'un ami véritable; je le sens aujourd'hui, peut être aussi la nôtre ! Mais cet ami, ce défenseur, ajoutaitelle encore , quel est-il? l'ai-je vu? l'ai-je rêvé? Était-il de ces jeunes hommes qui passent sous mon balcon , suivent sur de beaux chevaux, au galop, les détours du fleuve, ou sillonnent, dansdes nacelles chargées de musiciens et de chanteurs, son onde, que l'harmonie semble animer...? Quand, le regard errant sur la foule qui se presse dans les rues de l'immense cité , je songeais tristement qu'il n'y avait pas, dans tout ce monde , une seule pensée d'intérêt, de sollicitude pour moi... je me trompais! dans ce moment même, il était peut-être à mes côtés, mon bon ange , me protégeant de son regard ! Quand j'entendais, lesoir, une douce voix qui me charmait de loin, c'était la sienne, j'en suis sûre;

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quand je restais de longues heures de la nuit à m'enivrer à ma fenêtre, de rêveries, de prières, de silence, et à contempler cette douce lumière qui les alimente, il était près de là, j'en suis sûre encore, les yeux fixés sur mon balcon, et c'était à sa présence ignorée que ces nuits étaient redevables de leur charme. Et maintenant, ipaintenant le moindre bruit de pas me fera tressaillir. Je n'apercevrai pas dans l'ombre une plume, un manteau qui flotte en passant, que je ne dise : Est-ce lui?... Mais non je ne l'entendrai , je ne le verrai, a-t-on dit, qu'au moment du danger. C'est donc pour cela que j'ai peur et plaisir en songeant à l'heure de notre première entrevue. Oui, je ne sais, une voix là m'annonce que. ce

sera un moment solennel, solennel comme

celui de la prière au pied de l'autel, soit qu'on l'ait paré pour des fiançailles, ou tendu de noir pour un enterrement!...

Guzla cependant désespérait de faire entendre des paroles de raison aux deux époux, devenus de nouveau la proie de la manie des grandeurs. Elle sentait que des conseils d'humilité et de repentir n'arriveraient pas à des cœurs gonflés d'orgueil , et qu'il n'y avait pas même , au milieu de ces flatteries qui les assiégeaient ,

une place dans leur esprit pour les conseils sévères.

L'inutilité de ses efforts, de ses prières, lui donna une idée que l'amour-propre fortifia et rendit indestructible en elle. De ce qu'elle n'avait pu réussir dans son entreprise, elle en conjectura que l'obstacle était insurmontable, et, pour le rendre tel, elle l'attribua à un pouvoir supérieur à l'humanité : elle se persuada que l'enfer luimême combattait pour retenir la Galigaï et son époux sous son joug détestable.

A qui s'adressera-t«elle pour s'en assurer encore et pour savoir si l'on peut détruire cette influence diabolique? Quel est cet étranger qui l'a sauvée sur les frontières de France, qu'elle a retrouvé à Paris, où il s'enveloppe d'un mystère si profond? Il est, aux yeux de la paaréchale, qui se connaît en art cabalistique et en science des astres, des sortilèges et des nombres, un habile homme, au fait de toutes ces graves questions.

— Je l'interrogerai, il me répondra, se dit l'Italienne : il m'a montré déjà de l'intérêt. Qui sait si ma rencontre avec ce savant docteur n'a pas été amenée par le ciel? Elle annonce peut-être que c'est à lui que je devrai la guéri-

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son ou l'exorcisme de ma sœur... Médecin, astrologue ou brigand, que m'importe, pourvu qu'il la sauve !

Il était logé dans la tour de la maison du Louvre, au-dessus du laboratoire de la maréchale, sous le toit de la tourelle. C'est là que Guzla alla le chercher.

C'était le soir, il commençait à faire sombre: elle avait peur en frappant à la petite porte ronde et basse qui terminait le haut escalier et fermait le réduit occupé par l'étranger.

Elle frappa une seconde fois et plus fort.

— Qui est là? demanda-t-on.

C'était sa voix. Guzla se nomma. Il ouvrit.

— Entrez, ma fille, entrez! dit-il avec un air de joie mal déguisé. Il y avait en lui beaucoup de l'homme qui s'est dit : Je savais bien qu'elle viendrait.

Il montra un siège à Guzla, et reprit sa place. Une haute lucarne jetait dans cette espèce de grenier un de ces rayons rouges que le soleil couchant arrête, un instant, sur la pointe des monuments de Paris ; il coupait comme un sillon de foudre l'obscurité de ce lieu maudit, et, après avoir enluminé d'une manière bizarre la tête expressive de l'homme mystérieux, allait se perdre

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dans les jambages , sur les embranchements de la charpente de la toiture, et les éclairait comme le feu du sabbat éclaire les membres grêles et anguleux des squelettes qui s'y réchauffent, en se tenant embrassés.

Il y avait, sur une espèce de table à côté de lui, des parchemins jaunâtres, un grand vieux livre ouvert à la représentation de deux figures rondes et joufflues, l'une jaune, l'autre blanche : sans doute le soleil et la lune

Il tenait ses yeux fixés sur Guzla ; ses regards étaient pénétrants et animés par l'impatience et la curiosité.

L'Italienne s'empressa de rompre un siîfence qui l'effrayait, et, comme pour se soustraire au malaise que ce regard lui faisait éprouver, elle lui adressa la parole sans trop savoir ce qu'elle allait lui dire.

— En vérité,... je suppose, balbutia-t-elle, que c'est afin de vous tenir plus rapproché des astres et afin de les observer plus assidûment que vous avez fait choix de cette habitation, savant docteur, car ma sœur vous tient en trop grande estime pour vous laisser ici.

— J'y suis à merveille, dit l'homme en l'interrompant, et avec un sourire dédaigneux, loin

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