‹ Les Concini, 1616-1617Chapitre 23 sur 42 · II. Î · texte numérisé non relu

II. Î

de la terre et près du ciel. Quand je me guindé à cette lucarne, je me trouve au-dessus du Louvre ; je vois se remuer à ses portes une fourmilière de courtisans et de seigneurs. Ce sont là des grands, me dis-je, des grands! et je ris.

— Tout est leçon pour la sagesse, reprit Guzla. Et elle garda de nouveau le silence.

— Femme, lui dit l'étranger d*un ton brusque, quel sujet vous amène ici.-*... Apparemment ce n'est pas pour me consoler d'habiter un grenier que vous y êtes montée.

— Je suis votre obligée, Rabbi, puisque Rabbi est le nom que vous portez ici.

— ^ Je n'en ai pas d'autre, répondit-il d'un ton inquiet. Croyez-vous que j'en aie un autre? ajouta-t-il en saisissant son bras.

— Quand j'aurais cru que vous en changez comme d'habit et de religion,... où serait le mal? dit-elle en se retirant avec fierté. pour dégager son bras de la main qui le pressait. La première fois que je vous vis, vous n'aviez ni cette barbe, ni cette simarre noire... La première fois que je vous vis, vous étiez chrétien... Oui, vous en portiez le signe. Je vous retrouve juif, médecin, astrologue et philosophai, après vous avoir rencontré chrétien, je le répète.

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et contrebandier, à peu près, ou du moins trèsami de braves contrebandiers qui vous avaient hébergé ; et je puis demander , sans vous fâcher, si le nom de Rabbi appartient à tous ces personnages, ou s'il va seulement avec le bonnet doctoral.

— Va pour Rabbi I s'écria-t^l avec un rire perçant. Et après, que disiez-vous?... Vous êtes mon obligée?

— Oui, et à ce titre, reprit-elle, ma visite s'explique naturellement. Je viens vous répéter que vous n'avez pas obligé une ingrate.

— C'est ce que nous allons voir; car le moment est venu de vous demander mon salaire, de vous rappeler votre serment.

— Demandez-vous votre crucifix? dit Guzla; êtes- vous chrétien, pour que je vous le rende?

— Comment vous le prouver? demanda-t-il.

— En pardonnant à ceux que voire vengeance poursuit.

— Je ne vous ai pas dit leurs noms, reprit-il avec un rire amer, et vous avez juré de me servir dans mes projets. Écoutez-moi donc ! II y a ici,... dans cette maison, ajouta-t-il en baissant la voix, et après avoir écouté s'il n'entendait pas du bruit du côté de la porte, il y a...

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11 s'arrêta, comme un homme qui, dès le premier pas désespère d'arriver au but, et voit qu'il s'engage mal dans la route.

— Mais vous-même, dit-il après un long silence et en rapprochant son siège de celui de l'Italienne, vous-même aviez, j'en suis sûr à présent, quelque chose à me demander. . . Parlez !. . . ajouta-t-il avec un air de bonté et de douceur encourageant : je serais heureux de pouvoir vous obliger encore !

— Vous le pouvez, Rabbi.

— Comment?

— En m 'aidant à sauver ma sœur et son époux.

— Les sauver! s'écria-t-ii. Et, faisant un effort sur lui-même, il ajouta d'une voix calme : Quel danger courent-ils? L'émeute s'est tue à leur porte;... ils triomphent de leurs ennemis;... à l'heure qu'il est, tous deux sont assis en maîtres au Louvre!

— Et c'est justement cela, reprit l'Italienne, qui prouve le péril où ils se trouvent tous deux : plus leur fortune s'élèvera, plus près ils seront de l'échéance du contrat.

— Du contrat? répéta l'homme. Il réfléchit profondément.

— JN 'est-il pas vrai, reprit la superstitieuse Ita- Uenue, qu'il y a des exemples d'engagements pris par des hommes envers Satan pour lui livrer leur âme dans l'autre vie, à la condition d'une grande puissance , d'une haute richesse dans celle-ci !

— Cela s'est vu, répondit le faux juif.

Un éclair de maligne joie s'échappa de son œil creux.

— C'est un traité de cette nature qui retiçnt ici ceux que je voulais sauver, n'est-ce pas?

— Vous l'avez dit , répondit-il sans hésiter, traité écrit de sang, et signé de trois noms : Satan, Concini, Léonora!

— Je l'avais bien deviné, dit-elle — Et que faire maintenant pour empêcher l'exécution de ce pacte odieux..? Il faudrait... »

— L'anéantir, répondit vivement l'astrologue, le pouvoir de l'esprit malin est basé sur cette pièce unique; détruisez-la, ce pouvoir n'existe plus, les parties contractantes ne sont plusliéesles unes envers les autres. Alors votre sœur , son époux, seront libres encore de suivre les inspirations du bien; ils ne le pourraient sans cela. Anssi,vous l'avez vu, quand le maréchal, ébranlé par vos prières et celles de sa ûlie, cherchait à

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persuader sa femme de la nécessité d'une retraite sage et prompte, que lui commandait-il?.. La destruction de certains papiers.

— En effet, s'écria Guzla... Elle alla chercher une cassette mystérieuse.

— Elle est noire, recouverte de peau de chagrin comme 1^ gaine d'un couteau, et garnie de petits clous dorés, dit l'homme en appuyant, non sans motif, sur cette description de la cassette.

— Elle la plaça sur la cheminée, dit Guzla en rappelant ses souvenirs ; elle pâlissait en regardant la flamme prête à dévorer ce qu'elle contenait...

— Et c'est au moment, remarquez-le ! au moment où l'on allait brûler l'acte qui assure la do- ^niuation de Satan sur eux , qu'un changement

de fortune inattendu les a relevés plus haut qu'ils n'avaient jamais monté.

— Oui, le Maudit craignait de voir échapper sa proie. Et vous dites qu'en détruisant le pacte...

— On détruirait l'association à laquelle il sert de base.

— Eh bien , ma sœur sera libre, je le jure! s'écria-t-elle avec une sainte joie.

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— Quoi ! la cassette, dit l'iiomnie avec une impatience vraiment infernale, la cassette est-elle en votre pouvoir?

— Elle y sera bientôt, je le jure encore, et bientôt les papiers qu'elle renferme seront détruits avec les signatures qu'ils portent.

— A merveille ! mais, pour bien faire, il faut qu'ils soient brûlés par la main d'un exorciste, pour ôter au Malin tout recours contre les imprudents engagés avec lui , et tout pouvoir de nuire à celui qui les délivrera.

— C'est à vous que je m'adresserai pour cela, dit-elle ; me refuserez-vous votre ministère?

C'est là où il l'attendait; car ses yeux brillèrent encore d'un éclair de joie.

— Quelque dangereuse que soit cette opération, s'il n'y a que moi pour la faire,... comptez sur moi, répondit-il après un instant de silence.

— J'y compte, dit-elle en se levant; et je viendrai dans peu, j'espère, frapper à votre porte et vous rappeler votre promesse.

— Je vous attends ! Allez, ma fille , et que le ciel bénisse votre sainte entreprise. Une cassette noire, aux clous dorés;... ne l'oubliez pas! ajouta-t-il avant qu'elle eût ouvert la porte pour sortir, et n'oubliez pas surtout que seul j'ai le pou-

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voir de l'ouvrir et de la vider. Malheur à vous si vous touchez à ces papiers sans moi!.. Vous m'entendez? Adieu!

Guzla descendit, cherchant dans son esprit par quel moyen elle arriverait à la possession du pacte qui enchaînait la liberté de sa sœur.

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