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CHAPITRE XXXIV

II it>

Le voilà donc connu ce secret plein ilhorreur ! Zaïre.

Il a demandé un sursis, ayant des révélations à faire.... sur la mort d Henri IV.

Robert Macairc.

t'f'ii'.iora ta

iRévélalioii.

Une heure après, au moment où l'orage était dans toute sa force, où les éclats de la foudre, les rafales d'eau et deventbattaieiit les toits etles croisées du palais des Coucini, et couvraient de leurs bruits de déluge les conversations du saloft et de Tantichambre, l'homme du grenier de la tourelle, descendu d'un pas lent et furtif et en cachant sa lampe sous un pan de sa simarre noire j heurtait à la porte de l'appartement de Guzla.

— C'est moi, dit-il en entrant, quand elle lui eut ouvert. iNe m'attendiez-vous pas? ajoutat-il en voyant son air de surprise et d'effroi. Et n'est-ce pas vous qui tout-à-l'heure disiez à la porte de ma demeure : — Venez! Guzla vous attend : elle vous somme de tenir remplir votre promesse ; elle réclame le secours de l'exorciste !

— De l'exorciste! répéta-t-elle en passant ses mains sur son front, comme pour écarter le voile qui retenait sa mémoire captive. En effet, je me le rappelle,... c'est moi,... oui, moi! J'ai long-temps hésité à vous aller chercher ; j'hésiterais peut-être encore si, ce soir plus que jamais, je n'avais pas senti la nécessité de chasser le démon d'ici: déjà il règne en maître,... il est avec sa cour dans le salon d'en bas... Qu'en ditestousi) n'est-ce pas une nuit bien faite pour qu'il vienne en visite... Oh! il y est, vous dis-je, j'ai reconnu sa présence aux paroles qu'un des sie.s m'ai dites tout bas;... paroles de honte, d'éternelle répiobàlion ; paroles que. lui seul peut prononcer, parce qu'il n'y a que lui qui sache qu'autrefois on a pu impunément me les adresser... 11 n'y avait plus à hésiter, n'est-ce pas? Aussi je suis sortie, et, perdue dans l'effrayante nuit,

LES CONCINJJ .' è-J/

j*ai marché^ j ^av^iiivi de^ cÔH^Wifts' 'à&tiS iitiÇ des galeries qui ^êïttblaient s'âllong;et' devant mes pas. Au milieu d'effrayantes ténèbres, les mains en avant, j'ai monté de§ eséaliers^ isans gayoïr s'ilâ conduisaient à vétrë detn^tire^ fpti frappéj 8â(rig'saV(>î'r'iÉ;]i «'était 'Vd.tPe porte; je vous ai appelé, sans savoir si vo^is m'enten-4 diez.Vous m'avez entendue, vous êtes venu :... ypilà qui est bien! ; .,,

..(jrr-Etqu'avez-YOusà me demander Pditriiomme çpi promenant un rep;ard curieux sur tout ce qui l'entourait, comme s'il eût cherché quelque objet attendu. Vous êtes-vous procuré ce qu'il est nécessaire de détruire pour que le pouvoir de Satan soit détruit? . i : •

Elle souleva un voile jeté sur une table au milieu de sa chambre : la cassette était là, la cassette recouverte de peau de chagrin, comme la gaine d'un couteau, et garnie de clous dorés.

A son aspect, il poussa un cri de joie: la hyène rit comme cela quand elle aperçoit le bois du cercueil qu'elle a déterré; puis, attirant à lui le petit coffre, appuyant sur lui sa main puissante :

— Amoi! s'écria-t-il, à moi!... Oh! tin instant.

ma ia^^apt-fiqpore! coutiuuM-il en levant son autre main vers le jciel, comme pour arrêter la foudre, qui jéclatait .avec une nouvelle fureur, que j'aie ]e temp^ de visiter les papiers renfermé^s Jàj que -j'aie le temps de les adresser à qui doit les employer, çt puis gronde, éclate, écrase: je n'aurai rien à regretter, ma tâche ^ra remplie!

Cette exaltation accrut encore celle de Guzla : haletante, échevelée, le corps en avant et soutenue de ses deux mains^ qu'elle appuie sur la table, elle reste là, la bouche ouverte, les yeux fixés sur l'étranger, occupé à chercher le moyen de faire sauter le dessus du petit coffre.

— Le voilà ouvert, dit-il enfin après un silence de recherche interrompu par le bruit d'un ressort qu'on fait jouer. 11 est ouvert, voyons!

— Voyons ! répeta-t-elle avec la même anxiété.

Il vida la cassette sur la table. Elle ne contenait qu'une liasse de papiers entourés d'un fil rouge. Il le brisa, et, après les avoir parcourus d'un regard dévorant :

— Ce sont des lettres, dit-il.

— JDes lettres! et 1^ traité, le trouvez-vous?

LES COi\CINI. 2'^C)

— Des lettres, reprit l'homme. En voici qui portent la signature de d'Epernon ; en voici qui sont accompagnées du nom de Concini, et j'en tiens une où il y a trois lignes suivies du nom de Marie... Marie de Médicis! je m'en doutais...

Et celui qui se faisait nommer le juif feuilletait toujours les papiers.

— Ne me voulez-vous pas montrer, dit-elle, effrayée de la joie brillant dans ses yeux, la pièce qu'il faut brûler pour que ma sœur soit sauvée?

— Sauvée ! sauvée ! il s'agit bien de cela !

— Et ne m'avez-vous point dit

— Ah ! ah ! ah ! je savais bien que je les trouverais enfin! s'écriait-il en s'acharnant avec une espèce de frénésie, à la lecture de ces pièces, qui tremblaient dans sa main. Tant de soins, d'effqrts, de peines, de travaux ne seront donc point perdus !

Puis il lut à haute voix : — « Nous avons eu bien de la peine à la décider, a

— C'est cela, s'écria-t-il, il fallait qu'au premier abord, cette digne épouse de roi dît : — Eh bien, oui, débarrassez-m'en !

— Vous parlez de la reine, s'écria Guzla,>. . et

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cette lettre «fest de Concini. . , Mon Dieu. . . ! et que dîtes-V^usdonc? - îL; oi.';;

Il ne répondit pas, et continua sa lecture : ■ — «. L'ambition^ la jalousie^ la vengeance avaient fait germer l'idée sanglante dans sa tête. Il fallait la faire sortir. Léonora a gratté la terre autour d'elle^ pour l'aider à se montrer telle qu'elle était. . . C'est fille qui a habitué Marie à se trouver face à face uvec cette idée et à l'envisager sans trembler ! »

; .* :A C'est horrible, ce que voiislisez là î s'écriat-elle encore ; c'est plus horrible qu'un écrit qui seraii signé de Satan...

— Celui4A n'est signé que dé Concini, répondit-il, et il s'adresse à d'Épernon, et il se termine ainsi : « Dans vos différents gouvernements ^ il est impossible que vous n'ayez pas trouvé un de ces hommes de fer trempé dans teau bénite^ comme en a fait la ligue, un de Ces hommes qui disent encore : Saint Jacques Clément, priez pour nous!... C'est ce qui nous faudrait... Trouvez-le, adressez-lenous , nous l'emploierons,. . . dussions-nous le faire canoniser par nos amis de ^ome et de Madrid!.. . »

Etîe restait immobile e|- glacée.

— C'est horrible! murmura-t-elle.

— Et uiaintejKint voulez-vous savoir, con-

tinua l'homme , voulez-vous savoir ce qu'il y a en bas de cette lettre...; écoutez : « Duc d'E^ fernon^ ce (jae Concini vous confie est vrai. Je compte sur vous. Je suis trop blessée. Vengezmoi,... et comptez à votre tour sur celle qui sera, après, reine régente de France! » Hier, si l'on m'eût demandé mon sang, tout mon sang pour avoir ces trois lignes en ma possession, je l'eusse donné! Tous leurs noms sont là!! d'Épernon, Concini, Marie!!! ils sont là... Ah! il n'y a pas à dire non!.. Et ce sont trois cols sur le même billot!

— Mais c'est horrible tout cela! répétait-elle en se tordant les mains. Je dors, n'est-ce pas?... Mais alors c'est donc un de ces rêves qui ont la mort pour réveil... Ah! n'importe, je voudrais me réveiller à ce prix!!

Et l'homme continuait sa lecture.

— aJetai trouvé... (c'est la réponse de d'Epernon) ,7^ rai trouvé celui quilvous faut et que vous demandez : tète de moine, œil de visionnaire, bras de soldat... Ruiné, chassé, honni, à la veille d'être sans feu ni lieu, il regarde le ciel et cherche quelque beau coup à faire pour s'assurer là un dernier asile: quipeutmieux l'y placer que t extermination d'un hérétique") Quand je vous disais que c'est une

trouvaille! De la vie du roi il ne sait qu'une chose : il a été huguenot! des sermons de la ligue il na retenu qu une phrase : tuez-le!... »

Il feuilleta d'autres pièces.

— Ea voici une, dit-il encore, qui explique comment toutes ces lettres sont revenues aux mains des Italiens. Marie l'avait ainsi voulu pourque ces papiers fussent détruits sans doute. . . Mais se dessaisir d'une arme aussi puissante contre elle!... Oh! non : les Concini savent trop bien leur métier!... C'est là ce qui enchaîne Marie à leur sort d'aventuriers ; voilà ce qui les lie à sa fortune de reine : contrat plus puissant que s'il était passé devant Astaroth en personne, portant rabbat de tabellion.

— Quel qu'il soit, ce contrat, vous avez promis de le brûler! s'écria l'Italienne en s'élançant pour saisir les papiers...

Il l'écarta.

— Le brûler! s'écria-t-il. Femme, au voyageur dévoré tout un jour d'été par la soif la plus brûlante qu'ait pu souffler le vent du désert, sous un soleil du midi, oserais-tu conseiller de briser le vase qu'on vient de remettre en ses mains plein d'une eau limpide, fraîche, éblouissante?... L'oserais -tu?

— Et qui te rend donc si avide ? Quelle soif te fait approcher, ai^ectant de fureur, tes lèvres de ce vase d'ignominie?

— ^ La soif du sang et de la vengeance !

— De la vengeance ! Et qui donc es-tu enfin?

— Qui je suis? Écoute le passage de cette autre lettre : « 3e vous envoie l'homme aux crins roux. . . »

Il agitait furieusement sa tête.... Le bonnet doctoral qui d'ordinaire cachait" sa chevelure , tomba. Guzla, avec un indicible saisissement de frayeur, remarqua encore que cette cheveltire était rouge.

L'homme continua : « Voici l'homme aux yeux creux ! »

Guzla s'aperçut, pour la première fois peutêtre, que le feu sinistre qui animait ses regards semblait sortir de deux étroits soupiraux de l'abîme.

— « Il est parti. On lui a fourni hier l'argent nécessaire pour le voyage. lia mis de côté sur cette somme de quoi acheter un couteau fort propre, à manche d'ébène tailladé, à gaine de chagrin... »,

Son manteau s'était ouvert : à sa ceinture de cuir, il y avait un long couteau fort propre aussi,

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aussi d'ébène, et dont on apercevait la gaine; elle était en peau de chagrin également.

L'Italienne remarqua tout cela, et frissonna comme si elle se fût trouvée en face de l'instrument d'un supplice de l'enfer.

j — « Vous vous étonnerez de la prompte arrivée dùtnartyr postulant^ continua l'homme en lisant encore, il a bien fallu profiter d' un moment opportun. L'homme seul, abandonné à lui-même et aux conseils de son fatal génie ^ a cédé à nos obsessions. Un peu plus tard^ il n'était plus temps peut-être; l'amitié nous enlevait jwtre proie. Un jour plus tard, il opposait à toutes nos séductions, à tous nos efforts, la raison^ les lumières, les conseils d'un frère... »

— Ah! il avait un frère? dit-elle d'une voix éteinte et en écartant ses cheveux pour mieux voir l'homme debout devant elle.

— Oui, un frère, un frère! entends-tu, toi qui es venue seule en France, au travers de tous les périls, de toutes les fatigues d'une longue route, toi qui les as bravés pour venir faire entendre un mot de salut à ta sœur? Un frère, Guzla ! et tu sais, toi qui as fait tout cela, ce que vaut ce mot. Un frère, Gu/.la, et seul il pouvait se faire enten-

dre de cette âme tragique , terrible , délirante, un frère, et sa voix calmait seule ses orages, et seule elle pouvait peut-être diriger vers le bien sa sauvage énergie. C'était là le rêve de toutes ses nuits que n'occupait pas l'étude, c'était la pensée de tous ses jours si pleins de travail; car ce frère, lui, était tourmenté d'une maladie de gloire et de réputation. Sa passion à lui, c'était son nom : il ne voulait de vie que pour lui, de cette vie toujours jeune, toujours belle, sans déclin, sans chute, comme celle que donne une renommée grande, chaste et pure. Que d'efforts, que de travaux pour entourer ce nom de l'auréole sacrée'! Que de fois, en embrassant son vieux père, il le remercia, du fond de l'âme, de lui avoir apporté et transmis sans tache, ce nom dont il voulait faire un des astres de ce beau ciel de France qui s'étend sans fin , pour faire place à toutes les clartés , pour s'embellir de tous les rayons. Et en revenant d'un voyage entrepris dans l'espoir de réaliser les nobles illusions d'un cœur jeune et plein de force, et à la veille peut-être de dire à son frère : Sois illustre avec moi, et partage l'éclat qui va s'attacher à ce nom que nous portons tous les deux ! sais-tu ce qu'il a trouvé? L'infa-

mie ! Sais -tu ce qu'on lui a dit? — Partage l'opprobre éternel attaché désormais à ce nom que porte aussi un parricide!

— Et c'est toi!

— Oui, je suis ce frère, tu l'as deviné! Ma mère est morte de saisissement en apprenant l'horrible nouvelle ; et j'ai vu mon père,.-- nion vieux père , à qui j 'avais promis une vieillesse honorée et glorieuse à cause de ses enfants, je l'ai vu , dans une effrayante folie, danser de joie sur le terrain semé de sel, sur le terrain maudit parce qu'il avait supporté le berceau de ses fils, et où, moi, j'avais rêvé quelque marbre pompeux faisant passer notre nom à la postérité... La postérité! quand je prononçai ce mot, le cri d'horreur accueillant mon nom, dans les temps les plus reculés, s'éleva à mon oreille, remplit l'air autour de moi , ébranla tous les os de ma tête , à me rendre fou — Supplice! supplice! De tous ces os, il n'y en avait pas un qui n'eût un écho pour répondre : — Malédiction ! — et l'horrible clameur grossissait, et elle devenait aiguë comme la pointe d'un stylet labourant tous mes nerfs à la fois, et elle mourait en les déchirant, pour revenir plus terrible encore. Mon frère, car c'est mon frère , vois-tu , celui à qui ils ont fait tuer

Henry IV; mon frère ne souffrit pas autant quand ils le laissèrent ccarteler en Grève... Comment résiste-t-on à de semblables souffrances? Sur quoi peut s'appuyer une vie mutilée par une catastrophe aussi épouvantable , une vie d'où l'on a arraché aussi brusquement le mobile qui la poussait en avant? Que faire de toutes ces forces jetées vers l'avenir et refoulées, à cette heure, vers un présent aride et glacé ? Elles s'y concentrent, elles y deviennent vénéneuses et mortelles commd la liqueur qu'on garderait dans un vase empoisonné. Elles m'eussent dévoré sans doute, si une passion autre que la gloire ne les eût tenues éloignées de leur foyer brûlant, et ne leur eût envoyé le trop-plein de chaleur et d'activité qui le débordait. Et cette passion, c'est la vengeance... Oui, vengeance contre ceux, quels que soient leur rang, leur nom, qui ont conseillé le crime et en ont profité ! Vengeance ! Et pour être complètement satisfaite, il ne faut pas seulement, sache-le bien, qu'elle éclate, qu'elle triomphe durant un seul jour, il faut qu'elle se prolonge pour la postérité — La postérité! eh bien, oui, elle se sera mêlée dans les deuxgrandes idées de ma vie! C'est elle qu'autrefois je conviais à mes joies du triomphe, c'est encore

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elle que j'appelle dans mon œuvre de haine et de malédiction. .. Divinité noble, belle, riante, elle m'apparaissait autrefois, une étoile au front et agitant des couronnes. Furie impitoyable, elle se dresse devant moi maintenant, son fouet infatigable à la main, me demandant quels noms elle doit joindre à celui de mon frère... Ils sont tous là... Attends, spectre, attends; je les livrerai tous à ta voix! Ah! ahl Sois donc fâché, François ! je te donne pour compagnons au carcan de l'histoire, une reine et deux ducs!.

— Et ma sœur, que j'ai juré de sauver? "

— J'ai juré de venger mon frère, moi!

— Pitié !

— Malédiction !

— J'ai juré de la sauver! s'écria-t-elle en s'élançant vers lui : rends-moi ces papiers!

Il haussa les épaules, et serra plus fortement les lettres dans sa puissante main.

Alors elle fit un saut vers la porte, comme si elle eût voulu appeler, ou sortir pour tout dire à la Galigaï.

— Oh, non pas, s'il vous plaît, signora ! s'écria-t-il en riant, car il avait deviné son intention, non pas ainsi ! Femme, ajouta-t-il en la sai-

sissant par le bras, tu as juré d'obéir à mes volontés, et je t'adjure, au nom de ce serment, de taire ce que tu as appris ici ! Malheur à toi, continua-t-il en portant la main sur son couteau, si tu enfreins cette promesse inscrite là-haut!... Tu sais si je recule devant un projet de vengeance?.. Tu resteras ici ; et maintenant, laisse-moi!

— Où vas-tu?

— Porter ces lettres à qui doit en tirer bon parti !

— Arrête !

— Laisse-moi !

— Rends-moi ces papiers!

— Non!

— Rends-moi ces papiers, te dis-je!

— Arrière! sœur de la Galigaï, tu ne peux lien contre le frère de —

Le nom terrible fut encore prononcé;... il se mêla à une effrayante détonnation de la foudre. Une croisée dé l'appartement, cédant aux efforts de la tempête, s'ouvrit toute grande; la lampe s'éteignit. La lutte engagée dans les ténèbres entre l'homme et la femme, quoique terrible, ne fut pas longue: se débarrassant de ses ongles, de ses dents, il la jeta violemment contre II. 19

agO LES CONCINI.

terre, s'élança hors de la chambre, et disparut dans l'obscurité.

Long -temps étourdie, Tltalienne reprit ses sens enfin. A la lueur des éclairs , car l'orage continuait, elle s'aperçut que son ennemi n'était plus là.

Elle s'engagea, pour le poursuivre, dans le dédale des chambres, des corridors, des passages secrets du vaste hôtel, agrandi encore par une nuit profonde, épouvantable.

Tombant le long des degrés imprévus, se 'heurtant le front aux colonnes ou aux angles des murs, elle fit un long, un horrible trajet; après s'être traînée quelquefois sur ses genoux déchirés, après avoir rampé sur les dalles, où restaient de longues traces de sang, elle arriva près de la salle de compagnie. Tout y était dans la confusion : des domestiques, des femmes entraient, sortaient, rentraient encore avec un air effaré.

— C'est mademoiselle d'Ancre, dit l'une des caméristes, qui passa portant un verre d'eau, un flacon et des sels ; elle vient de se trouver mal, et l'on a beaucoup de peine à lui faire reprendre ses sens. Elle se meurt!

Guzia entendit ces mots.

— Elle se meurt, répéta-t-elle ; qui donc?

Et une subite lueur de raison dans sa tête éclaira l'image de la pâle et souffrante Stella; elle poussa un grand cri et fit un pas. Quoique souillée de sang et de poussière, déchirée, pâle, échevelée, elle voulait s'élancer au milieu de la compagnie des Concini.

Luynes les quittait dans ce moment avec l'air contraint et embarrassé d'un homme qui s'esquive pour éviter une scène embarrassante.

A l'aspect du jeune homme, l'Italienne, avec l'instinct, — cariln'j avait plus que cela en elle, — qui fait fuir un pauvre oiseau devant son ennemi, se retira vivement dans un coin obscur du corridor;... et, blottie là, retenant son haleine, sans mouvement, elle attendit qu'il fût passé.

Il passa en effet; mais il n'était pas seul: un homme l'avait abordé comme il sortait du salon.

Elle frissonna, se fit plus mince, et se colla davantage au mur : elle l'avait reconnu;... il lui avait fait tant de mal en la repoussant.

Et il disait au favori du roi :

— Toutes y sont, je les ai trouvées.

— Qui te les a données? c'est ton secret?...

a9)2- J.liS CONCINI.

N'importe, tu es un bon génie, puisque je te dois la découverte de ces pièces en ce moment... Où sont-elles?

— Dans cette cassette...

Les clous du petit colïVe brillaient dans l'obscurité. Luynes étendit sa main pour le recevoir.

— Non pas comme cela,... non pas ici, s'écria l'autre en retirant son trésor;... j'ai des conditions à faire:... à donnant donnant!

— Que veux-tu donc? demanda le favori.

— Voulez-vous le savoir demain, mon maître? répondit l'homme.

— Demain, oui certes,... demain.

— Où m'entendrez-vous?

— Où?... Attends,., oui... L'endroit est bien choisi... INous n'y craindrons point les in discrets!

Guzla entendit parfaitement le nom de la rue qui fut indiquée, c'était celle du logement où Vitry se cachait, attendant sa guérison.

— Rue des Bourdonnais, répéta machinalement la pauvre folle.

Cette adresse resta seule dans sa tête.

Elle avait oublié en ce moment Stella, sa sœur, la cassette, le mystère d'iniquité dévoilé devant elle.

Pourtant il lui semblait qu'elle était venue là pour quelque chose... Elle ne se rappela rien, et les deux hommes s'éloignèrent en diligence; elle ne se rappela rien , et l'on passa encore devant elle. Cette fois c'étaient des femmes emportant une pâle jeune fille toujours évanouie. Elle se fit plus mince encore contre le mur , car la tête de celle qu'on portait l'effleura; et comme elle restait blottie , elle sentit passer sur son visage de longs cheveux détachés ; elle ne se rappela rien,... et une femme qui, distraite et préoccupée, fermait la marche, disait quand elle passa aussi près d'elle :

— Cette alliance se fera,... elle m'assure un nouveau triomphe. Comment résister à l'amie de la reine , au favori du roi?

Cette femme était sa sœur;... elle l'entendit, elle ne se rappela rien !

— La bonne cachette, dit-elle seulement en se relevant quand tous furent passés ; on ne m'a pas vue,... et ils ne savent rien... Mais n'était-ce pas à moi à leur dire...? quoi?... quoi donc?... — J'ai juré de ne pas parler;... on me tourmenterait encore si je parlais;... autant vaut ne pas me souvenir. — Rue des Bourdonnaisj répé-

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ta-t-elle en sortant de l'encoignure où elle s'était cachée et en se glissant le long des murs, pour regagner son appartement.

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