CHAPITRE XXXV
Il faisait nuit. Us élaient tous réunis.... La porte s'ouvrit.... llssereg-ardèrenttous,
et treml>lèrent.
La nuit de ISoèl.
La visite.
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Le duc d'Épernon est toujours à Paris ç csùthé dans le logis de Perronne, il attend. Son œil pénétrant avait bien percé le mystère qui couvrait Je eoup-d'état résolu le jour où Marie se décida à faireiàrrêter M. le prince. Ses mesures pour l'émeute «et l'attaque du logis des Italiens avaient été .bien prises, sagement calculées; elles devaient le mettre en possession de ces papiers si redoutables pour lui aux imaimsiide ses
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ennemis. Ces mesures avaient échoué sans qu'il pût en rien s'attribuer le résultat de tant de soins et de peines, et, comme le joueur patient, il regarde sans dépit, sans colère si la balle lui viendra belle, et si le hasard lui permettra de la bien empaumer, pour arriver enfin au gain de la partie.
Il avait été, du reste, trop constamment gâté par les faveurs de la fortune pour bien savoir à quels symptômes on reconnaît qu'elle se lasse. Aussi, quoiqu'il fît à mauvaise partie bon visage, il s'inquiétait quelquefois à part lui de cette persistance de prospérité qui semblait donner racine durable à l'arbre des Coucini.
Le lendemain du jour témoin des événements relatés dans le dernier chapitre, il se promenait de long en large dans la chambre où nous l'avons déjà vu.
— Beau-sire-Dieul disait-il, pour un homme comme moi qui sut toujours se raccrocher aux branches, et s'inquiéter peu du bois où il met le pied, pourvu que ce bois soit façonné en degré qui le hausse , c'est une sottise de s'être séparé de ces gens-là... Oh! ces lettres, ces lettres! ajoutait-il en frappant du pied.,. Sans elles, sans la crainte qu'ils m'en font , Concini serait
déjà tombé! Mais ii reste;... la régence se passe, et l'on gouverne sans moi. . . Ah ! si mon fils avait voulu profiter de son déguisement et de sa présence dans la maison des Italiens, pour chercher à rentrer en possession de ces papiers, c'était là kseul, le bon, le \t'A moyen... Mais tentez le donc! pour vous exposer à toute l'indignation de sa vertu, de sa générosité de roman!... ^J'ai bien fait d*éloigner ce sot-là! Prisonnier ici, il était un témoin sévère , un sermonneur ennuyeux ; échappé de ma geôle, il eût été bien pire, ma foi... C'était pour les Concini un avertisseur lélé des petits moyens que je compte employer. Renfermé dans un bon château d'ami, à quelques lieues d'ici , il attendra notre décision paternelle... Mais que sera-t -elle enfin ?Consentirai-je à ce que l'Italienne entre dans ma famille?... INoq]... mille fois non! Il faudrait bien soutenir la parenté, après, et qui les renverserait si j'étais pour eux!... Oui, mais ce serait un mariage qu'on signerait avec l'épée de connétable au côté;... belle avance!... l'épée de connétable traînée à leur suite ne vaut pas la batte de Turlupin ! Et pourtant me voilà caché depuis quinze jours, sans bruit autour de moi, sans intrigue où je puisse me mêler... Et c'est lama vie, à moi!
Il s'interrompit, et se tourna vers la porte : elle venait de s'ouvrir :
— Qu'as-tu appris, Perro nne? dit-il à son hôte, rentrant après une longue course pour recueillir des nouvelles.
— Rien qui vaille la peine de vous être rapporté, monseigneur, répondit le bourgeois : le roi chasse, la reine tire les cartes, les princes bataillent, le peuple paie, les ministres volent... C'est aujourd'hui comme hier, ce sera demain comme aujourd'hui.
— Mais que dit-on à la cour, Perronne mon ami?
— A la cour, monseigneur, à la cour!... répondit l'ancien écuyer d'un ton embarrassé et en retournant son feutre à panache, il y a quelqu'un là... qui me suit; il vous l'apprendrait mieux que moi;... si vous vouliez le fecevoir?
T- Quelqu'un de la cour ici! s'écria le duc d'un air à moitié contrarié; la cour sait donc que j'y suis?
Après ^'êtie rendu au concihabule dés "Seigneurs mal-contents , après avoir fait visite à Concini,d'Épernon croyait bien que sa présence à Paris ne serait plus un mystère pour personne; et cet oubli et ce dédain qu'on semblait en faire
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en le laissant dans son réduit, avait offensé singulièrement son amour-propre... Un jour de solitude de plus, le renard serait sorti de son terrier, enfumé par son propre dépit.
Celui que Perronne annonçait se montra à la porte entr'ouverte.
— Eh! c'est M. de Lucon, dit le duc avec une sorte de dédain, et en se laissant tomber dans un fauteuil, au lieu de s'avancer vers le nouvel arrivant. Entrez, entrez! Vrai Dieu! c'est bien à vous, monsieur, de nous venir visiter dans la nuit du tombeau!... Qui s'occupera des morts, si un digne évêque les abandonne?
—- En effet, monsieur le duc, répondit R"clielieu avec un sourire qui rétrécit encore ses lèvres, il est de notre devoir de les accompagner jusqu'à leur dernière demeure, et je ne manquerai pas plus à ce soin qu'aux autres de notre ministère. Qui sait ce que le ciel nous destine? Je conduirai peut-être plus d'enterrements que de noces!
Il toussa longuenjent, et un sourire effleura les lèvres de d'Epernon; il était bizarre, selon lui, qu'un être si chancelant, si faible, pensât aux funérailles des autres.
— Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui, monsieur le duc, reprit l'évêque ,
quand sa quinte fut passée. A un mort comme vous, d'ailleurs, il n'est point besoin de chanter
un libéra Et je connais, ajouta-t-il plus bas,
et comme s'il en fût venu au sujet de sa visite ; je connais une âme en peine, tentée de vous adresser, à vous-même, ces paroles pour demander aide et protection.
— Oh! beau-sire-Dieu l vous vous moquez, je crois, monsieur aux jambes violettes, s'écria d'Épernon d'un air goguenard. L'àme dont vous parlez n'a~t-elle pas conseil de gens d'église?... Vous liez et vous déliez d'un mot, messieurs ; eh bien , s'il y a , autour d'elle, des chaînes trop lourdes, n'êtes-vous pas là pour les rompre?... Vous n'en êtes pas à votre coup d'essai, et les liens qu'impose !a reconnaissance, ont été déjà, sous votre inspiration, détachés sans scrupule et brisés comme verre.
— Brisés 1 oh, non;., relâchés, vous voulez dire,... relâchés, monsieur le duc... C'est delà froideur; mais ce n'est pas de l'inimitié. En voulez-vous une preuve? Vous êtes ici, monsieur;... la reine le sait,., et, je le répète , vous êtes ici. .
— C'est-à-dire, reprit d'Epernon, que s'il n'y avait pas dans le cœur de Marie quelque sou-
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venir de nos services, je pourrais être ailleurs...
A la Bastille, peut-être... avec M. le prince
IN 'est-ce pas là Ja preuve que M. de Richelieu me veut donner de la reconnaissance de sa maîtresse?
L'évêque s'inclina en souriant.
— Malpeste, monsieur 1 madame Marie se fait brave! s'écria le duc — La prison de Condé la met donc en train d'en ouvrir d'autres ; c'est un jeu sérieux qu'elle joue là, monsieur. On se tue à lui dire à l'oreille : Courage! allons, mettez la royauté hors de page. Vous , monsieur, qui ne lui parlez, je pense, que des affaires de son salut, rappelez-lui donc la fm de son Pater : Ne vous laissez pas succomber à la tentation. La royauté!... Mais c'est nous tous qui l'exerçons dans les différentes provinces de ce royaume. A un corps il faut une tête, et nous en reconnaissons une : celle qui porte la couronne fermée , n'est-ce pas assez? Il faudrait qu'elle sût, cette tête, quel mal lui adviendrait, à la fm, à ellemême, si elle conspirait contre les membres en état de l'aider à se tenir droite et triomphante, et en pouvoir d'éloigner d'elle les nazardes et camouflets !
— En état,... en pouvoir — soit... Mais en
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vouloir?... jNon , mille fois non! Vous le savez mieux que moi, monsieur le duc, vous qui êtes un des membres, ou plutôt des cent têtes de ce corps géant contre lequel s'iipprête peut-être, en secret, la fronde de quelque David inconnu.
— L'est-il de vous, monsieur? iNon, que je pense! Eh bien, dites-lui que c'est une rude besogne qu'il se prépare. La puissance royale , échappée des mains débiles des successeurs de Charlemagne, en tombant, s'est brisée en parcelles— Chercher à les ramasser pour recomposer le joyau royal Folie!
— Pas tant! on y serait aidé, monsieur le duc, par la France, qui, de toutes ces têtes lui soufflant la discorde, et n'ayant de voix que pour appeler l'étranger, n'en voudrait avoir qu'une.
— Pour l'abattre plus facilement quand le temps sera venu?... Folie, vous dis-je ! Votre œuvre de reconstruction ne s'élèverait que pour une ruine nouvelle, monsieur; et quand le sceptre se briserait de nouveau, an profit de qui jailliraient ses éclats?... Au profit de la bourgeoisie , apparemment, et du peuple ensuite.
— Eh bien, monsieur le duc, répondit froidement Richelieu, quand cela serait!
— Allons donc !
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Et le grand seigneur se leva avec un air de profond dégoût , et ût quelques tours dans sa chambre.
Le grand politique le suivait des yeux, en souriant. Il y avait beaucoup dans ces yeux, dans ce sourire, de la patience hostile et du courage froid que montre le chasseur lorsque, sans songer à faire usage de ses armes, il étudie les mouvements de quelque ennemi puissant, pour savoir où le frapper, quand Viendra le moment de l'attaque.
— Est-ce pour causer de ce qui peut résulter pour le temps à venir du système où l'on veut engager la royauté du Louvre, que M. de Luçon m'est venu visiter? dit enfin d'Épernon, en s'arrêtant devant Richelieu et en le regardant fixement.
— Pas tout-à-fait, répondit celui-ci; qu'importe l'avenir? La vie est faite du temps présent; revenons au présent, et oublions le passé.
— Oublier, c'est le grand mot du Louvre ; à l'intérieur on pratique l'oubli des services, des promesses ; à l'extérieur on prêche l'oubli des injures et des dénis de justice. Allons, monsieur l'évêqne. commencez, votre cher auditeur vous