LES CONCINt
du grand Opéra, qu'il voit pour la première fois, le faux juif attend le spectacle qu'il s'est préparé, et dont le succès, en assouvissant sa vengeance, doit aussi flatter son amour-propre d'auteur.
Il y a des moments où la tranquillité, le silence et le calme autour de vous, étonnent fort et font mal : c'est quand quelque passion s'agite et fait grand bruit dans votre cœur, ou quand vous êtes arrivé à un jour, quand voustouchez à un événement, important pour vous, et rendus tels par l'attente, la crainte ou l'espérance. Alors vous vous étonnez que tout aille comme à l'ordinaire ; le pas tranquille d'un promeneur, le calme d'un passant vous démontent. Vous en voulez au soleil de sa clarté uniforme, au vent de sa plainte monotone, au temps de sa marche mesurée.
Le frère du régicide était dans cet état; il s'étonnait de ne pas avoir vu déjà tout Paris en mouvement, les soldats en course, le Louvre en émoi... Quoi! rien, rien! Les cloches ne sonnent pas la vengeance ! on n'entend pas un cri ; il n'y a pas un liérautquijette au peuple assemblé les vrais noms des assassins du roi qu'il a tant aimé?... Non!... le Louvre est immobile, avec
ses fossés verts, ses hirondelles autour de ses fenêtres; pas un cri n'effraie les corneilles, habitantes de ses vieilles tourelles. Les carrosses entrent, sortent, circulent comme à l'ordinaire; la Seine a le même nombre de bateaux et de nacelles qui sillonnent ses flots en berçant l'oisif, ou en conduisant le riche à ses plaisirs.
— Malédiction! cela se passera-t-il ainsi? s'écrie-t-il enfin, cédant à son impatience. Oui, apparemment, car voilà Concini qui se rend au Louvre, ni plus ni moins accompagné que d'habitude : ils sont bien là cent gentilshommes , dans sa compagnie. C'est pourtant aujourd'hui que ce de Luynes veut s'en défaire. , . Les gabeurs à sa suite n'ont guère la mine de s'en occuper, et le vent, qui joue avec leurs longues plumes et leurs manteaux, m'apporleleurs éclats de rire. Il y aplus de tristesse dans leur maître : son air est singulier, et sa préoccupation étrange. Il s'approche du Louvre bien lentement. Le voilà qui s'arrête avant de franchir la première enceinte... Il réfléchit
et regarde le ciel Va-t-il s'en retourner?
Non,., etle voilà entré... Ah! agiront-ils maintenant? C'est un signal, que cet homme a donné du haut de ce donjon , en tournant trois fois son chapeau en l'air... Voici la première II. 24
ôrO LES CO.NCINI.
porte fermée : ... il est séparé ainsi d'une partie de sa suite. J'ai bien entendu... un, deux, trois... Ce sont trois coups de pistolet, ces explosions qui de loin semblent un bruit de portes qu'on forme !.:. Des cris,... et puis rien !... Etrange chose! il s'est passé derrière ce mur une scèiie dont l'iuiluence doit être grande sur le sort de toute une nation ; on a tenté là un coup qui, s'il a réussi, peut mettre un jeune roi en goût d'en fmir ainsi, un jour, avec tous les ennemis, avec tous les grands rivaux de son pouvoir. Ce coup, s'il a échoué, peut faire une place sur le trône, et détruire dans quelque tête puissante un plan destiné à changer. la face de la société ; et il ne s'est entendu que trois coups d'arme à feu et quelques cris isolés. Tout est fini, pourtant! Qui l'emporte de Liiynes ou de Concini? Ah ! cette incertitude est mortelle, et Je la terminerai , dussé-je aller demander au roi même le résultat de cette affaire.
Il quitta à la hâte son déguisement burlesque, prit les habits qu'il portait en allant voir M. deLuynes, et, descendu de sa demeure, sortit de l'hôtel, et s'achemina vers le Louvre.
La tragédie qui s'y était jouée avait franchi l'enceinte de ses murs et commençait à s'ébrui-
LES CONC.ÎNÏ. 071
ter au dehors; des détachements du régiment des gardes arrivaient en grande hâte et' se rangeaient incontinent dans toutes les avenues du Louvre : Ton entendait déjà un grand tumuhe dans les rues voisines, car des officiers les par- ' couraient à cheval , criant : « Le roi vient de vengeï les Parisiens!... II a fait tuer- Concinil... Vive le roi ! »
Déjà bon nombre de courtisans , craignant d'être en retardpourprésenterleurscompliments au vainqueur, se pressaient aux portes du Louvre. Vitry se promenait avec importance et gravité dans les cours, comme un des héros de la fête; il les fit ouvrir toutes grandes, disant :
— Entrez, entrez, messieurs nos amis! En ce beau jour le roi ne peut être entouré de trop de fidèles sujets ; il a besoin de les voir se réjouir de leur liberté pour croire à la sienne.
L'ancien commensal de la Galigaï entra avec les autres. Sur le pont tournant qui conduit à l'entrée principale du Louvre, et le long de son parapet de pierre, le corps de Conchine était encore étendu, la poitrine saignante, le visage tourné vers le ciel, les bras étendus : il avait
gardé sa mine hautaine et hardie On lui
avait déjà pris l'épée, l'écharpe et le manteau.
De tous ces courtisans empressés, c'était à qui trouverait la plus belle insulte à faire à ce cadavre encore chaud : les uns passaient en lui écorcliantles mains des éperons de leurs bottes, les autres en lui crachant au visage. Et dans tous ces braves il y en avait assurément plusieurs dont les noms se trouvaient au bas des placets remis de la veille et encore entassés dans la poche de Concini... Galants hommes! qui du moins s'opposèrent avec chaleur à ce qu'on dépouillât le corps du reste de ses habits.
Marcillac était aussi dans la cour; il reconnut l'homme rouge au portrait que de Luynes lui en avait fait.
— Passez, monsieur, lui dit-il, M. de Luynes sera bien aise de vous voir; vous le trouverez dans une des salles du Louvre... Passez! — C'est l'homme en question, ajouta-t-il en se tournant vers deux spadassins qui l'accompagnaient; puis , élevant la voix :
— Baudry, dit-il, suivez monsieur que voici, pour qu'il ne trouve point d'obstacle à remplir l'importante mission dont il est chargé pour M. de Luynes. . . Vous m'entendez! Vous l'accompagnerez également au retour, et vous me préviendrez de sa sortie. Allez!
Les portes des appartomeuts sont ouvertes au nouveau venu, car toute consigne cède au nom puissant du favori. 11 parvint sans refus jusqu'à cette grande salle où nous avons vu la cour réunie pour le jeu, où nous avons été témoins de l'arrogance de l'Italien. Ce fut là que, pour la première fois peut-être, en jouant aubillard avec lui, le jeune roi, comme Macbeth, vit un poignard imaginaire , réalisation d'u;ie idée sanglante qu'il n'osait pas encore s'avouer, se tourner sans cesse vers l'étranger. Maintenant c'est sur ce même billard, et par reconnaissance peutêtre , que Louis est monté pour recevoir les compliments de toute sa cour.
C'est à qui s'extasiera le plus sur la preuve de courage, de présence d'esprit et de résolution que le jeune roi a donnée, c'est à qui trouvera contre la puissance tombée les accusations capables de faire mieux ressortir les qualités prétendues de la puissance nouvelle... Bien entendu que de Luynes était là , ne quittant pas plus les côtés du prince, que l'époux ne quitte le chevet de sa jeune femme, quand elle le rend père d'un fils sur lequel reposent toutes ses espérances.
Le parlement, en corps, vint joindre ses féii-
3^4 i^^s coNcmi,
citations à cçiles des courtisons. Singulière démarche dé juges et de magistrats! i\'ai)diqu aientils pas leur pouvoir en reconnaissant le droit de se faire justice à soi-même , et était-ce à eux d'oublier ce vieil adage du droit français : Dans les emblèmes de la royauté, la main de justice est séparée du sceptre, pour faire entendre que c'est une égale usurpation quand l'un remplace l'autre.
Louis XÏÎI recevait avec un air noble, simple et digne, dont furent surpris tous ces hommes de cour, les éloges mérités ou non qu'en ce jour on lui jeta à sa face royale. Il montra même de l'esprit dans ses réponses à quelques-uns.
— Votre majesté, lui dit un cardinal, car la sanction des princes de l'église ne manqua pas non plus à cette action sanglante, votre majesté aura maintenant beaucoup plus de peine et d'occupation.
— Je ne serai pas si embarrassé que vous vous l'imaginez, répondit le roi en souriant ; j'avais beaucoup plus de peineà faire l'enfant: pendant six ans j'ai été obhgé de m 'occuper aux Tuileries à mille petits jeux ; ils n'étaient plus de mon âge. Je serai plus à mon aise en faisant désormais le roi.
LES CONCINl. 07 J
C'était excuser adroitement ces goûts puérils et enfantins auxquels il se livra si long-temps, c'était profiter du présentpour faire oublier le passé; mais il ne fallait pas parler de l'avenir, car l'avenir devait prouver que Louis XIII ne serait vraiment roi qu'après avoir trouvé un grand ministre.
M. de Luçon fut introduit. Il s'approcha avec de profondes salutations de l'espèce de trône qu'occupait le roi, cherchant du coin de l'œil si de Luynes avait fait sa commission.
Les regards de Louis s'arrêtèrent sur lui.
— Vous, ici, monsieur ! lui dit-il d'un ton sévère ; me venez-vous féliciter d'avoir reconquis ma liberté?... Il est bon que vous sachiez que la présence de quiconque aida à la tyrannie dont j'étais la victime , nous déplaît en ce moment ; ainsi, passez, monsieur, passez!
Richelieu devint très-pâle, se mordit les lèvres, s'inclina, et fitquelquespas en chancelant, pour se retirer.
— En vérité, sire, vous traitez avec bien de la rigueur ce benoît évêque, dit de Luynes en s'élevant jusqu'à l'oreille du roi ; je m'en veux d'avoir oublié de vous dire qu'il me fit hier les plus belles offres de service pour votre majesté.... Oui, sire, hier, et vous avez très-bien reçu
076 LES CONCINl.
tous ces louangeurs qui ne sont que d'aujourd'hui.
— Hier, Albert, dit Louis en y réfléchissant ; cet homme a de la pénétration, je le sais....
Puis après un nouveau silence :
— Allez , monsieur, ajouta-t-il avec plus de douceur, et, en se tournant du côté de l'évêque consterné, nous écouterons ce que vous avez à nous dire dans notre conseil-d'état,.... où nous vous conservons votre place.
A ces mots, Richelieu releva sa tête, et domina de toute sa grandeur ces courtisans inclinés : son sort était fixé, il se sentait enfm les pieds sur le rivage.
— Tu ne m'échapperas pas, dit-il en se retirant, et je te prends au bon moment, car maintenant tu sais qu'on peut impunément frapper un grand, et que l'on trouve la pourpre du cardinal , l'écharpe du gentilhomme, la robe du juge pour essuyer ou cacher le sang qui peut en rester aux mains.
L'homme roux dans toutes ces paroles n'entendait rien, rien qui eût trait à la découverte faite par lui ; pas un mot du fatal événement de la rue de la Ferronnerie, de ses véritables auteurs et conseillers.
Un gentilhomme s'approcha du roi, et vint lui présenter une supplique de la reine-mère. . . . Elle demandait instamment à sa majesté la permission de la voir.
— Je suis fort occupé maintenant , répondit Louis , je la verrai une autre fois. Monsieur de Bressieux, vous direz, de mapart, à la reine, que je l'honorerai toujours , que j'ai pour elle tous les sentiments d'un bon fils, mais que Dieu m'a fait naître roi, et que je veux gouverner désormais!
— Quoi! pensa l'un des témoins de cette scène , est-ce ainsi que l'on venge un pèreP Qu'estce donc? Le roi a-t-il bien vu tous les papiers de la cassette?... La politique entre-t-elle dans cette réserve? ou de Luynes ne lui a-t-il fait connaître de ce secret que ce qu'il fallait pour perdre ceux dont il ambitionnait les dépouilles?...
Il n'eut plus de doutes à cet égard, en voyant d'Épernon, introduit près du roi, en recevoir un accueil froid et peu empressé, mais dans lequel du moins le ressentiment et la fureur étaient ha^ bilement déguisés.
— Allons, allons, dit l'homme rouge, toujours en lui-même, il n'y aura dans tout cela de sacrifié que les Concini , je le vois ; mais si le
roi fait mine d'ignorer ce qu'il n'os.e pas punir, le peuple connaîtra le mystère d'iniquité, et sa voix me vengera du silence du prince.
Pendant ce temps, de Luynes avait joint d'Epernon, il l'entraîna dans l'embrasure d'une fenêtre. Le frère durégicide se glissa auprès d'eux, et, caché par le rideau qui tombait de son côté, il entendit une partie de leur conversation.
— lîien débuté, jeune homme, disait le vieux courtisan à de Luynes avec un air de protection ; bon forgeron se devine à son premier coup de marteau; la partie a été bien menée, et ferait honneur aux plus vieux et plus fins renards !
— Nous y avons fait de notre mieux, répondit le favori en souriant , et pour nous tenir en haleine, nous avions sans cesse nos regards fixés sur nos modèles;... leur éloge est un prix flatteur que nous ambitionnons avant toute chose, monsieur le duc 1
— Pardieu! vous aurez mieux que cela, monsieur, dit le Gascon ; le roi est tout vôtre à partir d'aujourd'hui , tâchez que cela dure longtemps, mais prenez garde : qui terre a, guerre a, et des ennemis demain si la faveur aujourd'hui.
— Ohl nous ne les craignons pas, répondit le jeune présomptueux, et si l'on nous attaque,
LES GONCINI. 3^9
nous trouverons des défenseurs, oui, des défenseurs!... vous, tout le premier, monsieur, qui hochez de la tète, en souriant d'un air de doute.
— Moi, monsieur! dit d'Épernon d'un air moqueur ; certes je vous ai en grande estime et en amitié grande, et cela durera tant que le ciel vous rira; mais après,... tenez, je suis franc, quoique gascon, et je me suis soustrait à de plus sûres attaches que les vôtres.
— A des services, peut-être,... mais à la crainte, monsieur?
— A la crainte! dit le vieux courtisan, en mettant la main sur la coquille de son épée.
— Oh ! entendons-nous, monsieur le duc, dit de Luynes ; ce n'est pas l'épée à la main, que je prétends vous forcer à rester des nôtres; mais enfin il y a plusieurs sortes de craintes , parce que pour un grand personnage long-temps mêlé aux intrigues des cours, aux complots de l'ambition, de la vengeance et encore de la jalousie, il peut y avoir d'autre danger que celui de se trouver devant une épée bien affilée. Commencez-vous à comprendre, monsieur?
— Ah ! dit le duc négligemment , ce serait donc en le menaçant, ce grand personnage, de se servir conire lui de quelque secret découvert?
— Eh, eh ! que vous en semble? et que diriez-vous d'un apprenti forg;eron qui, d'un morceau de fer qu'il a su trouver , forgerait d'un seul coup une arme pour se défaire de ses ennemis, et des chaînes pour s'attacher des protecteurs aussi puissants que vous, monsieur le duc?
— Beau coup de marteau, monsieur 1 répondit d'Épernon en déguisant assez bien son inquiétude croissante ; mais cette arme , mais ces chaînes...
— Cachées dans le coffret noir garni de clous dorés , long-temps renfermé dans le cabinet de la Galigaï, dit de Luynes à voix basse. Je tenais hier, à cette heure, les lettres de Concini à la date du mois de mai 1610 ; je l'en ai tué ce matin, car, sans elles, comment aurais-je pu décider le roi?
— Quoi, le roi a vu — ?
— Ce qu'il fallait qu'il vît ; assez pour perdre les Italiens, et pas assez pour que vous me refusiez, après cette courte explication, votre crédit, votre assistance et celle de vos amis!
— Vous les avez, monsieur, en vérité! Et disposez-en dès aujourd'hui, dit d'Epernon; nous nous comprenons à demi-mot, et voilà qui est bien! Mais à qui accepte les chaînes, l'un doit
LES COXGIJNI. 58 i
ôter la crainte de l'arme. Est-elle encore en votre pouvoir, pour que nous la brisions?
■ — Hélas, non! Hier par un hasard qui serait trop long à vous raconter, la cassette et les papiers sont retombés entre les mains des Goncini.
D'Épernon regarda de Luynes, avec l'air d'un homme qui craint de s'être laissé prendre à un piège.
— Mais quels papiers? dit-il à tout hasard. C'était un pas qu'il faisait en arrière.
— Vous compreniez à demi-mot tout-à-l'heure, monsieur le duc ! Toujours est-il vrai que la cassette renfermant les papiers, où votre nom se lit en compagnie de ceux de Concini et d'une autre personne, n'est plus en mon pouvoir. Où estelle à présent? Cachée dans la maison de l'Italien, près du Louvre; car ils n'ontpaseule temps de la transporter ailleurs. Et je vous en préviens, le peuple pourrait bien, ce soir, faire quelque bruit autour de leur logis. Je ne pense pas qu'il y trouve d'obstacle; et étant là, sur les lieux, vous pourriez peut-être...,
— Quoi donc faire, monsieur de Luynes? Je n'ai jamais écrit à Concini de lettres qui vaillent la peine que je fasse de grands efforts pour les retrouver; je n'ai rien écrit, rien qui plie mes af-
38a LES CONCINI.
fections en les attachant où je ne voudrais pas les voir.'.i. Je n'^n suis pa^;inoins des vôtres^ comme! je le disais tout-à-l'îleure ; mais par un dévoiieinent bien désintéressé^ eroyez-le , monsieur, et surtout sans crainte de lettres, de papiers qui puissent me cotnpromeUre.
— r Mais jv (monsieur le dtic, vo-us oubliçaque j'ai vu.... Mn.:,,
— Ge4ue<vojias ne pouvez ni voir ni faii-e voir à l'heure qu'il, est, et c'est 1;\ l'essentiel.... Rappelez-vous le, monsieur : il fautbien tenir de que l'on tient. J;e né puis vous donner un. meilleur conseilv à; votus qlii tenez la faveur du maître en ce moment;. et là-dessus, je vous baise les mains.
Il se perdit dans la foule, et, sans précipitation, gagna la porte de la salle. Il alla plus vite quand il:fut. sorti : il rejoigiiait ses affidés pour les; diriger vers les maisons des Çpneini. Il sentait plus que jamais la nécessité de rentrer en possession de ses lettres. Quant à l'homme rouge, il s'était. brusquenient éloigné avant la fm delà conversation, qu'il, noyait pas toute entendue, mais dont il avait saisi la portée et le sens.
C'est aussi vers la maison des Concini qu'il se porte en pensée : la cassette y est, il -saura bien la retrouver.
LES CONCINL. 583
En traversant la cour, il retomba entre les mains de Marcillac et de ses deux acolytes. Le sieur Baudry , qui l'avait accompagné jusque dans la salle de billard, et en était sorti en même temps que lui, assura le patron qu'il était impossible de parler à M. de Luynes, et que celui qu'il avait suivi se retirait sans lui avoir dit un mot, et sans avoir rien reçu de lui. Marcillac voulut s'en assurer lui-même, et tàta jusque sous le manteau. Sa consigne était positive : arrêter l'homme qui sortirait avec la cassette; ne la voyant pas, il le laissa passer.
— Ouais! dit celui-ci en s'éloignant sans demander son reste, le coffre, si je l'avais emporté, eût pu me jouer un mauvais tour! et ces trois escogriffes semblaient là placés tout exprès pourme témoigner la reconnaissance de îeurmaître. Il paraîtquele forgeron du Louvre, en pensée, avait aussi préparé des chaînes pour moi, pauvre diable. Mais, n'étant pas de la cour, je n'en acceptepas plus les dons que je n'en adopte les lâches ménagements. S'adresser à la cour pour faire triompher une vérité!... Triple sot que j'étais! Pour avoir un épi, est-ce devant les poules que tu jetteras ton grain de blé?