LA VICTOIRE DE LA MARINE
était fixée au 6 septembre dès le matin.
Elle commença, on s'en souvient [Intransigeant du 4 juin dernier), le 5 de très bonne heure, à la 6^ armée par l'attaque de la flancgarde allemande (4® corps de réserve), reconnue la veille en position défensive à l'est et près de Dammartin.
On n'appréciera jamais assez l'héroïsme des soldats de la 6^ armée (général Maunoury) , luttant depuis le matin du 5 septembre jusqu'au 9 septembre dans la soirée contre des forces progressivement portées à quatre corps d'armée (douze divisions), alors que la 6^ armée, elle, ne comportait que des forces moitié moindres. On a reproduit ici-même, le 4 de ce mois, le passage de la proclamation du 10 septembre 1914 dans laquelle le général Maunoury reconnaît les efforts surhumains déployés par ses troupes.
Une telle proclamation, écrite en fin de luttes par celui-là même qui a conduit les engagements de son armée, constitue un document de première valeur qui ne peut se comparer avec les rapports écrits un certain temps après les événements.
La bataille de la Marne, d'une durée de sept jours (du 6 au 12 septembre 1914), a commencé vingt-quatre heures après les atta-
ques par lesquelles avait débuté la bataille de rOurcq, mais, depuis le 6 dans la matinée jusqu'au soir du 9, les deux batailles se sont confondues en une seule, qui est la bataille de la Marne devenue la victoire de la Marne.
Le 5 septembre, pendant que la 6® armée entamait la lutte à l'ouest de l'Ourcq, l'armée anglaise (2° corps d'armée), dont le quartier général était à Melun, se préparait à marcher sur La Ferté-sous-Jouarre et Montmirail.
Les incidents de la lutte engagée par la 6^ armée à l'ouest de l'Ourcq amenèrent le 9 l'armée anglaise à franchir la Marne sur des ponts de bateaux jetés entre La Ferté-sous- Jouarre et Château-Thierry.
A cette nouvelle, le général von Klûck, dont l'armée tout entière était engagée contre notre 6^ armée, se rendit compte du danger de sa situation et, avec une dextérité peu commune, dirigea la nuit suivante (du 9 au 10) sur Soissons tous les éléments de son armée.
Cette retraite jusqu'à l'Aisne, improvisée le 9 au soir et faite pendant la nuit du 9 au 10, s'effectua au prix de désordres offrant les apparences d'une déroute. Les Anglais en profitèrent pour avancer d'une seule traite jusqu'à Soissons.
L'Allemand, par essence méthodique et
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calculateur, répugne à l'improvisation et n'y réussit pas.
En apprenant, le 10 septembre, que leur armée d'aile droite (von Kliïck), chargée d'envelopper l'aile gauche française, se retirait à toute vitesse des environs deMeaux sur Soissons, les généraux allemands et leur kaiser, leur chef, subirent une dépression morale d'autant plus forte que, depuis le 6 au matin, les armées françaises attaquaient avec fureur, et aussi avec succès, les forces allemandes du front Esternay-Sainte-Menehould, tandis que les troupes françaises établies au grand couronné de Nancy et sur la Meurthe faisaient échouer les attaques allemandes dirigées contre elles.
Les progrès des armées alliées d'aile gauche et du centre se manifestèrent principalement, du 10 au 12 septembre, après l'échec deyon Klûck.
Sur la Marne, les facteurs moraux ont joué un si grand rôle que la plus grande bataille des temps modernes passe déjà aux yeux des professionnels pour une bataille plutôt stratégique que tactique.
Il faudrait un volume pour exposer, même sommairement, les faits d'armes provoqués
par notre commandement et exécutés par ses admirables troupes.
En toute justice, le général Joffre a pu proclamer, le 12 septembre :
« La bataille qui se livre depuis cinq jours « s'achève en victoire incontestable. La re- « prise vigoureuse de l'offensive a déterminé « le succès. »
Le pangermanisme
En mars 1876, quand fut fondée l'Ecole supérieure de guerre, le général de Cissey, alors ministre, lui attribua comme professeur de tactique le lieutenant-colonel Pierronavec, pour adjoint, le commandant Canonge.
Je m'honore d'avoir été un des élèves de ces deux officiers supérieurs, devenus l'un et l'autre généraux.
Le général Pierron est mort, mais le gêné rai Canonge continue à publier des travaux d'histoire et d'érudition militaire fort appréciés, dont le plus récent, qui date du P"" mars 1915, traite de rinvasion allemande en 1870-
Le présent article s'inspire, dans une certaine mesure, de cet ouvrage et, en particulier, du parallèle établi par le général Canonge entre les méthodes de guerre allemandes de 1870-1871 et celles de 1914-1915.
L'Allemand, surtout le Prussien du nord,
est relativement peu civilisé. Ses goûts sont vulgaires, ses manières communes, et rien ne prête à rire comme de le voir se donner les apparences d'un homme distingué.
Il y a quelque cinquante ans, les Allemands formaient des peuples aux mœurs douces et modestes.
La guerre victorieuse de 1870-1871 a été pour eux la fortune inespérée qui enrichit subitement de pauvres gens et en fait des parvenus.
Pendant cette guerre, les instincts grossiers, voire même barbares, de nos voisins de l'Est se manifestèrent avec une intensité inconnue jusqu'alors et qui, se combinant avec le rationalisme cher aux Allemands, les poussèrent au régime de la terreur dans le but d'inciter l'ennemi à demander bien vite la paix. Mais les Allemands, en pauvres psychologues qu'ils sont, au lieu de terroriser l'ennemi, ne firent qu'exaspérer sa résistance et reculèrent ainsi le moment oij il fût disposé à demander la paix.
En août et septembre 1914, quarante-trois ans après le traité de Francfort, le régime de la terreur fut appliqué par les Allemands en Belgique et en France, « au milieu d'incroyables « raffinements de cruauté, du vol, du pillage,