LE PANGERMANISME
(( de Vincendie^ du viol et du massacre d'une « population inoff'ensive * ».
La terreur allemande de 1914^ pourquoi at-elle été incomparablement plus atroce et plus cruelle que la terreur inaugurée en 1870 à l'égal d'une méthode de guerre rationnelle?
C'est qu'entre 1870 et 1914 avait sévi, en Allemagne, le genre de folie collective connue sous le nom de pangermanisme.
Avant cette époque, on savait que les gens atteints de la folie des grandeurs sont destinés à finir leur misérable existence dans une maison d'aliénés, mais jamais on n'avait vu une grande nation comme l'Allemagne sombrer dans la folie impérialiste en proclamant cette devise orgueilleuse: « Deutschland liber ailes » (L'Allemagne au-dessus de tout).
Les anciens ne disaient-ils pas :
« Quos vult perdere, Jupiter dementat » ?
(Jupiter prive de la raison ceux qu'il veut perdre.)
Les Allemands, dont les événements de la guerre de 1870-1871 avaient fait des parvenus, ont complété les victoires militaires par des
1. Réponse du gouvernement belge aux mensonges proférés, le 2 décembre 1914, par le chancelier allemand devant le Reichstag.
68 LES COKDITIOrsS DE LA GUERRE MODERNE
succès économiques sans précédents qui leur procurèrent la richesse.
L'orgueil allemand, exaspéré par la caste militaire, si puissante outre-Rhin, n'a donné des craintes sérieuses pour le maintien de la paix qu'à partir de l'année 1911, époque oii s'est manifesté le réveil du patriotisme français consécutif à l'humiliation d'Agadir.
Jusque vers cette époque, Guillaume II était un pacifiste en apparence convaincu, mais alors, sa faiblesse de caractère aidant, il s'est converti au pangermanisme et n'a pas tardé à prendre la tête du mouvement, ne fûtce que pour faire échec à la popularité croissante du « kronprinz », lequel représentait les idées belliqueuses du parti militaire.
Le grave défaut d'équilibre mental constaté chez les Allemands au cours des trois années qui ont précédé la guerre de 1914 semble avoir eu sa répercussion dans les derniers travaux de préparation à la guerre.
Avant les événements d'août 1914, en Belgique et dans le nord de la France, notre état-major général, au cas d'une nouvelle guerre franco-allemande, ne comptait rencontrer sur les premiers champs de bataille que les vingt-cinq corps d'armée actifs de l'ennemi, et cette conviction de notre part