SUR LE FRONT ORIENTAL
jugement porté par un de ses colonels fédéraux les plus en vue de l'armée suisse sur la retraite en cours d'exécution de la grande armée russe vers le nord.
a L'armée russe, lit-on dans la Gazette de (( Lausanne sous la signature du colonel fé- « déral Secrétan, résiste du mieux qu'ellepeut « à la pression ennemie, défendant pied à pied « le terrain dans une retraite admirablement a conduite, cherchant à maintenir intact son (( immense front. »
Et le colonel Secrétan d'ajouter :
(( Reculer pour mieux sauter est une tac- (( tique que les Russes peuvent se permettre « mieux que d'autres (comme le montre la (( campagne de 1812)... Le but des Allemands (( n'est pas de conquérir la Russie. Pour (( l'heure, ils entendent seulement refouler « l'ennemi hors de Pologne et de Galicie... »
Tel est aussi mon avis et je présume qu'instruit par la guerre de 1812, le maréchal Mackensen ne renouvellera pas la faute commise par Napoléon, allant s'emparer de Moscou.
Son ambition, plus modeste, est de refouler les forces russes assez loin au nord pour qu'un important transport de troupes allemandes puisse s'effectuer sans danger du front
oriental vers l'un des deux autres fronts avec l'espoir d'y provoquer un événement.
Si réellement le maréchal Mackensen, d'accord avec le Kaiser, a formé un tel projet, il ne pourra vraisemblablement pas le mettre à exécution, parce que le grand-duc Nicolas, attentif aux dispositions de l'adversaire, ne lui permettra pas de retirer des masses du front oriental sous le couvert d'un simple rideau de troupes.
La grande armée russe recule pied à pied sous la pression des Allemands, et cela sans limite de temps et d'espace, en vertu de la tactique qui lui est propre, mais, le jour où cette pression faiblira, le mur d'airain moscovite aura tôt fait de la rompre et d'en refouler au loin les débris.
Une erreur très répandue chez nous à l'heure présente consiste à juger les opérations russes comme si elles devaient ressembler en tous points aux opérations françaises.
De là une tendance au pessimisme lorsque les Russes, s'inspirantdu génie de leur race, préfèrent les avantages lointains mais sûrs d'une retraite bien ordonnée aux incertitudes d'une grande bataille acceptée d'un adversaire ardent, riche de munitions et très manœuvrier.
D'ailleurs, ne devons-nous pas la victoire