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SUR LE FRONT ORIENTAL

libératrice de la Marne à la retraite voulue et ordonnée consécutive à l'échec de Charleroi, retraite qui nous à offert l'occasion de reprendre l'offensive avec l'espoir de vaincre.

Selon toute vraisemblance, les Austro-Allemands de Mackensen, avant de parvenir sous les murs de Varsovie, subiront à leur tour la contre-offensive des Russes et, pour en limiter les effets, seront amenés à recourir au système des tranchées.

Pour conclure, continuons à faire confiance au grand-duc Nicolas, lequel joue supérieurement son rôle dans l'ensemble et, dans la victoire finale qui ne saurait beaucoup tarder, nous accorderons une grande part à la tactique traditionnelle de nos bons et braves amis les Russes.

Diables bleus

Un document officiel en date du 11 juillet fait connaître les circonstances d'un beau fait d'armes accompli en haute-Alsace, du 14 au 21 juin, par la 6^ compagnie du 7^ bataillon de chasseurs à pied.

Pour glorifier cette action d'éclat, le commandant de l'armée des Vosges, lui-même ancien officier de chasseurs, a décidé que la compagnie en question serait désignée, à l'avenir, sous le nom de compagnie de Sidi- Brahim en souvenir de Théroïsme montré, en 1844, par la compagnie de chasseurs réfugiée dans le marabout de Sidi-Brahim.

Au cours des opérations ayant pour objet la prise de la hauteur de l'Hilsenfirst, au sud de Metzeral, la 6^ compagnie, en avant-garde du 7^ bataillon de chasseurs, après avoir percé la ligne des avant-postes allemands, s'est trouvée cernée pendant quatre jours, durant lesquels elle a su résister victorieusement à toutes les attaques de l'ennemi.

C'est bien de connaître les hauts faits d'une compagnie livrée à ses propres forces, mais on aimerait savoir le nom de son capitaine, car enfin, cette compagnie, à en juger par le résultat obtenu, était supérieurement commandée. La guerre anonyme, telle que la fait notre armée depuis onze mois, offre des avantages et des inconvénients inutiles à discuter, quant à présent.

Dans l'après-midi du 14 juin dernier, la compagnie commandée par le capitaine X... se porte à l'attaque d'une lisière de bois sous un feu de mousqueterie intense. Une tranchée allemande qui borde la lisière est enlevée par le peloton de tête, lequel s'y empare de deux mitrailleuses et continue sa marche au delà.

Bientôt, le capitaine apprend, par un chasseur de liaison, que des patrouilles allemandes circulent en arrière de la compagnie, entre elle et le gros du 7^ bataillon.

De fortes patrouilles envoyées par le capitaine X..., sur les derrières, signalent, un peu plus tard, la réoccupation, par l'ennemi, de la tranchée précédemment prise par nous et la perte d'une des mitrailleuses conquises.

La compagnie est cernée : il est alors cinq heures et demie du soir. Le capitaine X...

dispose, à ce moment, de cinq officiers, dont unblessé, etde 137 chasseurs, dont24blessés.

Sans perdre une minute, le capitaine trace un carré dont les dimensions ne figurent pas dans le récit officiel et que je présume avoir mesuré 60 à 80 mètres de côté. Sur les quatre faces du carré on creuse des tranchées.

Le 15 juin, à la pointe du jour, des colonnes allemandes s'avancent contre les tranchées, mais une rafale du canon de 75 détruit l'une d'elles et provoque la fuite des autres. Le soir, l'ennemi fait une nouvelle tentative pour s'approcher du carré ; elle échoue sous le feu de nos patrouilles.

Le 16, de bon matin, le sous-lieutenant Y..., à la tête de quelques chasseurs (combien ?) surprend un groupe d'une vingtaine d'Allemands commandés par un sous-officier, lui tue trois hommes, en blesse deux, en prend trois et met les autres en déroute. Un moment après, un chasseur brancardier sans armes, parti sous bois pour donner des soins à un blessé, rencontre inopinément un soldat allemand armé, lui met la main au collet et le ramène prisonnier.

Dans la journée, on renforce les tranchées et on y construit des abris pour tous. Des communications s'établissent, en langue pro-

vençale, entre la compagnie et le bataillon, lequel a signalé son emplacement, la veille, par des sonneries de clairons. On apprend ainsi que, le soir même, le 7^ bataillon, après une solide préparation par l'artillerie, attaquera afin de dégager sa 6® compagnie.

Vers huit heures du soir, on entend une forte canonnade à laquelle fait suite un violent tir de mousqueterie, puis le silence se fait. Une heure plus tard, nouveaux bruits annonçant une attaque prochaine qui ne se produit pas. Dans le courant de la nuit, des Allemands s'approchent de l'une des faces du carré et provoquent de la part du défenseur l'emploi d'un certain nombre de grenades à main.

Le 17 au matin, l'investissement du carré de la 6^ compagnie du 7^ bataillon se resserre de plus en plus. A dix heures, le gros du bataillon fait savoir, par signaux, qu'une nouvelle canonnade plus forte que les précédentes aura lieu le soir même. Notre feu d'artillerie se déclanche vers quatre heures du soir, provoquant la fuite de nombreux groupes d'Allemands et, à six heures, il s'allonge en tir de barrage.

Un peu après, une compagnie envoyée par le 7^ bataillon au secours de la G® compagnie

arrive à proximité de la quatrième face du carré et assure la délivrance.

(( Chose à peine croyable, dit le récit officiel, pendant ces quatre jours d'investissement (14, 15, 16 et 17juin) nos braves (chasseurs) n'ont eu que deux tués et trois blessés. Le détachement n'a laissé aucun homme entre les mains de l'ennemi, lui a infligé des pertes sévères, fait dix prisonniers, pris une mitrailleuse, plusieurs fusils et quatre mille cartouches. »

Labelleconduitedes chasseurs delà 6^compagnie du 7^ bataillon pendant les journées du 14 au 17 juin dernier, alors que ces braves étaient cernés par un ennemi supérieur en nombre, autorisait le général de M... à les comparer aux chasseurs de 1844, bloqués dans le marabout de Sidi-Brahim et poussant le stoïcisme jusqu'à boire leur urine plutôt que d'accepter la capitulation que leur offrait l'émir Abd-el-Kader.

Le chef de l'armée des Vosges a bien fait d'exalterunefraction déterminée des « Diables bleus » sous ses ordres, car il sait par expérience tout ce qu'on peut attendre d'une troupe animée à un haut degré de l'esprit d'arme. Napoléon, en psychologue incomparable, prévoyait l'accroissement de force qui résul-

terait de Tinstitution de compagnies d'élite quand, au début de la campagne de 1805, il ordonna de former une compagnie de voltigeurs, par bataillon.

Pourquoi n'aurions-nous pas, dans chaque régiment d'infanterie, un bataillon de grenadiers, un de carabiniers et un troisième de voltigeurs, différant entre eux par certains détails d'uniforme et ne conférant aucun privilège ?

On ne se fait pas une idée, dans le public, du parti que les bons officiers sauraient tirer de ces différences d'appellation et de tenue.

Lé sens psychologique

En juillet 1914, tandis que s'effectuait la mobilisation clandestine de l'armée allemande, le grand éLat-major de Berlin se disposait à envahir la Belgique avec la totalité des forces disponibles, en vue de tourner stratégiquement les armées françaises que l'on savait devoir se réunir en majorité, face à l'est, sur la frontière d'Alsace-Lorraine, et de les accabler sous le nombre.

On croyait à Berlin que l'armée belge se bornerait à « sauver la face », que Paris tomberait vers le 20 août et que les Allemands pourraient alors se porter en grandes forces contre les Russes avec le concours des Autrichiens, de manière à terminer la guerre entre le 15 et le 30 septembre.

Le plan du grand état-major teuton avait été étudié dans tous ses détails, sans rien laisser à l'imprévu, mais il ne tenait pas compte de ce que Napoléon appelait la par

fie divine de la guerre, je veux dire le moral, variable chez chaque peuple suivant les temps et les circonstances.

Privés de sens psychologique, les auteurs du pian de guerre allemand de 1913-1914 n'ont pas su deviner la réaction que produirait en Belgique, puis en Angleterre, la violation de la neutralité belge.

On sait que. devant la menace d'invasion, le Gouvernement du orand roi Albert s'est résolu à combattre sans espoir de vaincre et seulement pour l'honneur.

Quant à IWngleterre, elle a répondu, le jour même de l'invasion de la Belgique, par la déclaration de guerre à l'Allemagne.

En général, les déboires essuyés par les forces militaires de l'xVllemagne, au début de la présente guerre, ont eu pour cause profonde l'incapacité psychologique des dirigeants de l'empire à discerner la valeur morale de leurs voisins.

Si l'on suppose, parla pensée, que la neutralité de l'Angleterre ait été maintenue, en dépit de Tenvahissement de la Belgique, la guerre actuelle aurait changé de caractère et nous aurions eu à compter avec les escadres allemandes de haute mer.

Par le fait des erreurs initiales de psycho-

logie commises par les hommes qui gouvernent l'Allemagne, la guerre de 1914-1915, à ses débuts, n'a pas présenté, soit sur la Meuse et la Sambre, soit sur la Marne, les actions décisives qu'on pouvait en attendre et, dès le 13 septembre, s'est transformée, au moins sur le front occidental, en une guerre de siège qui dure encore.

Les Allemands même les plus instruits ou les mieux doués ne sont, à aucun degré, psychologues, ainsi qu'ont permis de le constater les événements actuels. C'est ainsi que le général de Bernhardi, dans son étude consacrée aux facteurs de la victoire, néglige complètement l'art qui consiste à déterminer l'effet que produira sur le haut commandement opposé telle ou telle détermination de notre propre haut commandement.

Pour cet officier général, véritable champion de la science militaire d'outre-Rhin et que pour cela le Kaiser tient à l'écart, la victoire assurée de l'Allemagne sera due aux qualités professionnelles de son armée comme à la puissance du matériel de guerre dont elle dispose.

Bernhardi tablait, en 1911, sur une guerre prochaine de la France et de la Russie contre l'Allemagne, guerre dans laquelle les Franco-

Russes, possédant la supériorité numérique, il fallait que l'Allemagne eût recours à la levée en masse, c'est-à-dire à l'utilisation en première ligne de toutes les formations actives, de réserve et de landv^ehr préalablement mises sur pied de guerre.

Le promoteur de la levée en masse des Allemands ne se faisait pas d'illusions sur la valeur très relative des armées ainsi constituées, mais il pensait que, grâce à sa forte discipline, le peuple allemand l'emporterait sur un autre peuple (celui de France), « physiquement affaibli, contaminé par l'esprit révolutionnaire et que le bien-être croissant a déshabitué des armes ».

C'est tout le contraire qui s'est produit, parce que, devant le péril menaçant, les Français ont acquis le pouvoir inattendu de se sacrifier au bien commun et ont retrouvé les vertus ancestrales de 1792.

Les dirigeants de l'Allemagne n'avaient donc pas prévu, au commencement de cette guerre, la résistance que la France opposerait à sa perte. Là encore il y a eu défaut de psychologie de la part des promoteurs de cette guerre.

Au moment où le Kaiser lançait contre nous la presque totalité de ses forces, en

août 1914, il avait la conviction qu'il allait nous faire une guerre décisive et, par suite, de courte durée.

La victoire française de la Marne, en faisant évanouir les illusions impériales, a contraint les armées allemandes du front occidental à prendre l'attitude défensive d'où est résultée la guerre de siège qui dure depuis le 13 septembre 1914.

Bernhardi avait en vue les conséquences d'une longue guerre d'usure, quand il écrivait, en 1911 :

« Lorsque les efforts des deux adversaires « se contrebalancent dans une série de luttes « indécises, le succès est pour celui qui a manifesté la plus haule valeur morale et, en « cas d'égalité sur ce rapport, pour celui c( qui est capable de soutenir financier emenl a la lutte plus longtemps que l'autre. »

Le raisonnement qui précède est irréprochable, mais son auteur, en tant que pangermaniste militant, ne se doutait guère en le faisant qu'il se tournerait un jour contre l'Allemagne.

La supériorité morale de l'armée française sur l'armée allemande s'est affirmée lors de la victoire de la Marne et n'a cessé de se

manifester depuis dans les opérations de siège qui durent encore.

Pour ce qui est de notre puissance financière, les neutres, et en particulier les Américains, la jugent incomparablement supérieure à celle de l'Allemagne, ainsi que l'a fort bien montré Léon Bailby dans son article du 18 juillet courant, ayant comme titre : « Précisions financières ».

Dans la guerre d'usure que nous subissons, la supériorité morale et financière de la France est donc pour elle, si l'on en croit un de ses ennemis acharnés, la plus sûre garantie de victoire finale.

En haute Alsace

Aux premiers jours d'août 1914, la direction supérieure des armées françaises ayant porté la guerre en haute Alsace, nos troupes s'emparèrent d'Altkirch et de Mulhouse.

On crut devoir abandonner ces prises à partir du 26 août, afin de répondre à la situation résultant de la bataille de Gharleroi.

Après notre victoire de la Marne, celles des forces françaises qui avaient été maintenues en position face à l'est tenaient une ligne passant par Pont-à-Mousson, Nancy, Lunéville, Saint-Dié, le col de la Schlucht, Saint-Amarin, Thann, Masseveaux et Dannemarie.

Il y a quelques mois, nous nous sommes emparés de Cernay, et cette opération de guerre a déterminé les Allemands, en guise de représailles, à bombarder Thann dont les habitants ont dû, par suite, chercher un refuge à l'intérieur de la France.

Actuellement, nous menaçons, par le nord,

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