EN HAUTE ALSACE
Sidi-Brahim et la musique d'infanterie la Marseillaise^ à l'instant choisi pour l'assaut.
Ainsi fut fait.
Les cuivres des fanfaristes, rapporte le récit officiel, « réveillent l'écho des vallées d'Alsace de leurs rythmes français », tandis que la musique de ligne jouelaJ/arsezV/a/se avec un tel entrain que les coups de Mailloche crèvent la grosse caisse, désormais inutilisable, et que, pour cela, un prisonnier boche rapportera sur son dos.
Nos soldats, excités par la musique guerrière, surmontent les obstacles accumulés sur leurs pas, mais non pas tous, car il leur faut renouveler quelques-unes de leurs attaques, le 16, le 17, le 18 et, en dernier lieu, le 20juin^ avec l'appui d'un nouveau bataillon de ligne vosgien. Enfin, le 21 juin, le village de Metzeral, incendié par les Allemands, reste tout entier en notre pouvoir.
Cette série d'actions offensives a fait tomber entre nos mains 20 officierset686 hommes de troupe ainsi qu'un nombreux butin.
Là encore se sont affirmées l'excellence de préparation des attaques par le feu de l'artillerie et la supériorité morale de nos fantassins.
Avantages de l'attaque
A la suite des guerres du premier Empire, le général Morand, un des divisionnaires du maréchal Davout, écrivait : « L'infanterie, c'est l'armée ; quand elle avance, la victoire est proche... »
D'autre part, jusqu'à la veille de cette guerre, il était admis, aussi bien en Allemagne qu'en France, que l'infanterie constituant la masse principale des armées, c'est à elle qu'est réservée la décision sur le champ de bataille. Cela est encore vrai, depuis le 13 septembre 1914 que la guerre de siège s'est substituée à la guerre de mouvements, avec cette différence qu'avant les événements de 1914-1915 on admettait que la décision de la bataille s'obtenait par la supériorité du feu de l'infanterie tandis qu'aujourd'hui, quand l'infanterie a pris possession comme par le passé du terrain en litige, on constate que son feu a été insignifiant en comparaison du
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tir intensif de l'artillerie préparatoire à l'attaque d'infanterie, qui, le plus souvent, se réduit à courir à l'assaut.
Depuis un siècle et plus, la supériorité de l'attaque sur la défense n'a pas été sérieusement contestée. La science militaire allemande, qui se dit appelée à mettre en œuvre les enseignements de Napoléon, n'hésite pas à proclamer que l'assaillant menant son offensive avec des forces supérieures à celles que l'ennemi peut lui opposer en temps utile, c'est lui, assaillant, qui bénéficie des avantages de la surprise, alors que la défense, plus lente à se décider, arrive presque toujours trop tard à la parade et à la riposte.
L'attaque développe le moral de l'assaillant, dont toutes les forces sont dirigées vers un but clairement désigné, et elle favorise l'éclosion de cette précieuse vertu guerrière qu'on nomme l'audace.
« Audaces foriuna juv ai )) ^ disdiient les anciens, et ils avaient raison.
Bien que la guerre de siège en rase campagne que nous faisons actuellement se prête assez médiocrement aux combinaisons de la tactique générale et, dans tous les cas, en limite le nombre, cette guerre a permis de mettre en évidence l'importance capitale d'une
excellente préparation par l'artillerie quand il s'agit d'enlever à l'ennemi un poste fortifié ou même une position étendue que renforcent des travaux défensifs.
Si l'on se reporte au récit officiel de l'attaque du village de Carency effectuée le 9 mai, au début de la bataille d'Arras, on y voit que « l'artillerie avait préparé l'assaut avec une puissance magnifique. Plus de vingt mille projectiles de tous calibres avaient écrasé Carency et ses défenses pendant trois heures (de 7 heures à 10 heures). »
Les succès obtenus depuis lors par nos troupes sur le front occidental sont venus confirmer l'excellence des procédés de préparation par l'artillerie, si bien mis en œuvre le 9 mai dernier dans l'attaque de Carency.
On sait que, ce jour-là, les troupes d'attaque de l'infanterie, après avoir bondi hors de leurs tranchées à dix heures précises (montres réglées), avaient rempli leur tâche dès onze heures et demie.
Le combat de la Fonlenelle^ livré le 8 juillet dernier au Ban-de-Sapt^ à quinze komètres au nord de Saint-Dié^ dans le but de nous emparer de l'observatoire très fortement organisé par les Allemands sur la hauteur 627, a fait ressortir une fois de plus l'heu-
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reuse combinaison des procédés actuellement employés par notre artillerie et par notre infanterie, en vue de préparer, puis d'effec tuer la conquête d'un poste fortifié. Mais l'analyse du récit officiel de cette petite attaque me conduirait à répéter des considérations déjà produites au sujet de la bataille d'Arras,à laquelle j'ai consacré deux articles publiés par Vlntransigeanî^le 17 et le 21 mai dernier.
En outre, après s'être élevé sur un sommet permettant d'embrasser les avantages de l'attaque en général, il ne convient pas de descendre jusqu'aux procédés d'exécution d'une très petite opération. Ce serait comme la réédition de la fable : « La monîagne qui accouche d'une souris. »
Du récit officiel du combat de la Fontenelle livré le 8 juillet, qui a déterminé la prise du belvédère fortifié de la cote 627, je retiendrai seulement deux faits particulièrement intéressants.
En premier lieu, l'attaque d'infanterie, composée de trois colonnes d'assaut convergentes, a été lancée le 8 juillet, à sept heures du soir, après une forte préparation d'artillerie dont la durée n'a pu être inférieure à deux longues heures.
Pourquoi l'attaque à sept heures du soir ? C'est que, promettant d'aboutir rapidement, il lui suffisait d'une heure de jour pour assurer le succès.
En règle, on attaque de bonne heure quand on pense rencontrer de grandes difficultés, tandis qu'on attaque le soir si l'objectif paraît devoir être atteint en peu de temps.
Pour en revenir au combat de la Fonlenelle^ l'attaque lancée du 8 juillet au soir réussit à souhait.
« Au lever du jour (suivant), non seulece ment la totalité de la hauteur (627) était (( prise, mais encore l'ensemble de l'organi- <( sation défensive allemandejusqu'à la route c( Launois-Moyenmoutier était tombée. »
En second lieu, l'enlèvement des défenses allemandes du « Ban-de-Sapl » par les trois colonnes d'attaques françaises, en faisant tomber entre nos mains près de 900 prisonniers, dont 21 officiers, a permis de constater que tous « étaient encore sous l'impression de la commotion nerveuse du bombardement. On ne peut imaginer pareil enfer, disaient-ils. »
Les batailles d'autrefois, à ciel ouvert et en rase campagne, ne peuvent donner qu'une faible idée de l'ébranlement nerveux occa-
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sionné par le bombardement intensif qui, dans la guerre de siège actuelle, précède l'attaque d'une position fortifiée.
Cette constatation fournit un élément de plus à la supériorité de l'attaque sur la défense.
Sur le front occidental, depuis que les Allemands ont subi surl'Yserles graves échecs d'octobre et de novembre 1914, c'est nous qui tenons l'offensive, tandis qu'eux, à part certains cas particuliers, en sont réduits à se défendre. Concluez !
L'École du Mensonge
La grande revancharde qu'est Mme Adam vient de faire rééditer, sous le titre : L'heure vengeresse des crimes bismarckiens^ ses lettres sur la politique extérieure qu'elle a publiées dans La Nouvelle Revue durant les années qui ont suivi la guerre de 1870-1871, dans le but de démasquer « le teutonisme diabolique de Bismarck ».
« Parler de Bismarck, écrit M"'^ Adam, le (( suivre dans ses combinaisons louches, c( dans ses mensonges, dans l'avilissement « qu'il exige de ses créatures, dans l'abais- « sèment qu'il impose à ses alliés, dans sa « férocité criminelle et lâche contre ceux qui « lui résistent, c'est faire l'histoire de la lutte « du bien conti-e le mal. »
Les lettres rééditées de M™® Adam sur la politique extérieure ont pour mission, suivant leur auteur, de contenir « pour l'heure de la victoire une leçon éclatante de haute
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moralité politique», et cette heure-là, d'après moi, ne saurait tarder.
« Mentir à chacun et à tous, faire mentir, « tel est le dogme bismarckien. » (Lettre de décembre 1887.)
(( Pétri, formé, mis au point par M. de Bismarck, le jeune prince Guillaume (le kaiser actuel) est le souverain des rêves du chancelier... Il a tous les mépris, toutes les haines du maître. Il veut comme lui une Allemagne énorme, dévorante, brisant toute entrave par tous les moyens, culbutant tous les obstacles, se frayant des chemins allemands au cœur de tous les pays, amis ou ennemis, étreignant le monde. » (Lettre du 15 mars 1888.)
En mars 1890, Guillaume II, impatient de régner seul, en étant son propre chancelier, contraignit Bismarck à se retirer des affaires publiques.
Depuis lors et jusqu'à notre affront d'Agadir (1911), le kaiser a maintenu la paix européenne, mais ensuite, quand l'assassinat du prince héritier d'Autriche lui eût offert l'occasion de déclarer la guerre à la Russie et à la France, il n'a pas hésité à commettre les pires mensonges dans l'espoir de mettre de son côté l'opinion des neutres
BIBLlOThlECA
A l'occasion de l'anniversaire des premiers événements de la guerre actuelle, qui ont fait évanouir tous ses espoirs, le kaiser n'a-t-il pas écrit: « Devant Dieu et devant l'Histoire, « je jure que ma conscience est nette : je (( n'ai pas voulu la guerre » ?
Jamais prince n'a émis une contre-vérité aussi flagrante. Chez Guillaume II, la perversion des idées s'est étendue aux mots euxmêmes. C'est ainsi que, dans son manifeste au peuple allemand lancé à l'occasion de l'anniversaire du début de la guerre actuelle, il déclare que « ses troupes sont parties aux derniers jours de juillet pour la guerre défensive », comme si l'invasion de la Belgique correspondait en quelque façon que ce soit à la guerre défensive!
Le kaiser a donc cherché à convaincre ses sujets que, loin de mener une guerre offensive, il n'avait voulu que repousser les agressions de ses adversaires.
Fidèleau dogme bismarckien, Guillaume II ne se borne pas à tromper le peuple allemand, il fait mentir des ministres et va jusqu'à déshonorer les officiers de son état-major chargés d'établir les communiqués, en les contraignant à publier des récits de guerre qu'ils savent être faux.
l'école du mensonge 101
L'union sacrée des Français, qui fait l'admiration du monde civilisé, excite à tel point la jalousie du kaiser qu'il a cru habile de l'attribuer, cette union sacrée, au peuple allemand en lui attribuant une cause mensongère.
« Le sentiment que la lutte nous était im- (( posée {!), dit l'empereur dans son manifeste, « a réalisé des miracles. Les conflits politi- « ques se sont tus ; d'anciens adversaires ont (( commencé à se comprendre et à s'estimer ; « un esprit de vraie camaraderie a régné dans « le peuple entier. »
En terminant son manifeste, le fils spirituel de Bismarck, élevé à l'école du mensonge, ne craint pas de proclamer que l'Allemagne sortira honorablement (?) de cette guerre pour le droit {^.) ei pour la liberté (?).
Ce souverain, qui n'est pas brave, nous donne l'impression qu'il redoute les effets de la justice immanente.
On sait les atrocités commises par les troupes allemandes, aux mois d'août et de septembre 1914, en Belgique et dans la partie de la France envahie.
Aussitôt après le sac de Louvain,le kaiser, craignant la réprobation de l'Amérique, adressa au président Wilson un télégramme,
qui n'est qu'un tissu de mensonges, pour disculper les généraux allemands des horreurs commises à leur instigation.
Le 19 août 1914, l'empereur allemand, dans un ordre du jour à ses armées inspiré par l'orgueil et l'infatuation de lui-même, parlait « d'exterminer tout d'abord l'Anglais félon, et de bousculer et d'annihiler la méprisable petite armée du général (maréchal) French ».
Une telle phrase, le kaiser donnerait beaucoup pour ne l'avoir pas rédigée, car il sait mieux que personne les prodiges réalisés par le ministre delà Guerre anglais, lord Kitchener, pour faire de « la méprisable petite armée de French » une grande armée comparable aujourd'hui, sous le rapport du nombre et de l'organisation, à l'armée du général Joffre.
Le 2 septembre 1914, trois jours avant les premiers combats de la bataille réparatrice de la Marne engagés sur l'Ourcq, le chef suprême des armées allemandes disait aux troupes de son quartier général réunies à Dortmund :
« Nous devons, avant tout, notre victoire « (de Charleroi) à rzo/re vieux Dieu. »
Ce vieux Dieu serait donc le dieu des Allemands et non celui de tout le monde. C'est