‹ Les conditions de la guerre moderneChapitre 2 sur 53 · LE GÉNÉRAL VON BERNHARDI · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL VON BERNHARDI

mandes aux mois d'août et septembre 1914 étaient prévues, je dirai même excusées d'avance par Bernhardi, quand il a écrit :

« Seules la défaite écrasante de la Prusse en 1806 et sa résurrection dans la glorieuse année 1813 permettent de mesurer les sacrifices qu'une guerre d'aujourd'hui exigera et les violences qu'un peuple aura peut-être à supporter si la lutte aboutit à une défaite et à l'invasion étrangère. Si la France, en 1870- 1871, n'a rien eu de tel à souffrir, elle le doit à la façon magnanime et humaine (?) dont nous avons conduit la guerre. »

11 faut posséder une fameuse audace pour écrire, en 1911, que la guerre de 1870 a été, du côté allemand, une guerre magnanime et humaine. L'incapacité psychologique des plus vigoureux esprits allemands dépasse toutes les bornes. Elle a été constatée en maintes circonstances, en particulier à l'occasion de la guerre actuelle, et Bernhardi ne fait pas exception à la règle. 11 a analysé les campagnes de la République et du Premier Empire sans dégager de cette étude une notion juste du caractère français. Aussi a-t-il prévu faussement les conséquences de la guerre en cours, sans tenir compte des forces morales de nos soldats, comme si le succès devait aller infail-

liblement aux troupes (allemandes) animées, plus que les autres, du sentiment de la discipline et de la subordination.

Le général Bernhardi, avec tous ceux qui ont étudié la guerre, accorde toutes les vertus à l'offensive, mais, en étant trop exclusif, il a émis une contre-vérité en écrivant :

a Quant à nous, nous ne nous défendrons sûrement pas derrière des remparts et des fossés. Le génie du peuple allemand (!) nous en préservera. »

Toutefois, le général penche à croire que le parti vaincu, cédant et reculant devant la loi du vainqueur, exécutera une défense de position pour arrêter l'ennemi et gagner du temps.

C'est ce qu'allaient faire nos armées, après leur échec de Charleroi suivi de leur retraite vers le sud, quand le combet de l'Ourcq, engagé inopinément le 5 septembre par l'armée de Paris, provoqua une grande bataille, laquelle se termina le 12 par la victoire de la Marne,

Inversement, les Allemands, battus sur la Marne, ont pris position sur l'Aisne et, renonçant à la guerre de mouvements, ont progressivement étendu, depuis les Vosges jusqu'à la mer du Nord, la guerre de siège en rase

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