COMME EN
reprises : la première à Vilna, la seconde à Vitebsk et la troisième à Smolensk.
Les généraux austro-allemands qui commandent sur le front oriental sont des chefs ayant travaillé l'histoire militaire. Comme tels, ils ont étudié les événements de la guerre de 1812 et savent les fautes qui ont provoqué la destruction de la Grande-Armée.
Sans doute, ces généraux se proposent d'éviter les mêmes erreurs, mais, à la guerre, les facteurs passionnels l'emportent le plus souvent sur les conseils de la prudence.
Le général hollandais Vlijmen, auteur d'une étude récente et fort bien faite sur la guerre de 1812, rapporte que, dans les premiersjours d'août, pendant le séjour qu'il fit à Vitebsk, Napoléon, pour la première fois, réunit en conseil de guerre ses principaux généraux et, après avoir écouté leurs propositions parfois accompagnées et suivies de discussions regrettables, leur tint ce discours :
<( Les Russes, dit-on, battent volonlaire- <( ment en retraite ; ils voudraient nous attirer ^< jusqu'à Moscou!
« — Non ! Ils ne battent pas volontairement « en retraite. S'ils ont quitté Vilna, c'est ^( qu'ils ne pouvaient pas s'y rallier; s'ils ont « quitté la ligne de la Duna, c'est qu'ils
« avaient perdu l'espoir d'y être rejoints par « Bagration.
« Si, dernièrement, vous les avez vus nous « céder les champs de Vitebsk pour se reti- (( rer sur Smolensk, c'est afin d'opérer cette (( jonction tant de fois différée.
« Le moment des batailles approche. Vous « n'aurez pas Smolensk sans bataille, vous « n'aurez pas Moscou sans bataille. »
Ainsi, le plus grand génie des temps modernes. Napoléon, emporté par sa passion de vaincre, a méconnu l'âme russe au point de caresser l'espoir chimérique d'une bataille et n'a pas entrevu l'auto -destruction qui attendait son armée dans le cas où celle-ci continuerait à suivre l'armée russe dans sa marche rétrograde.
Si Napoléon a été poussé à la guerre de 1812 par son orgueil visant à conquérir le monde, que ne peut-on dire de la nation allemande entraînée tout entière à la guerre de 1914-1915 par la folie collective qui a nom : Pangermanisme?
La manœuvre
La manœuvre consiste à tromper l'adversaire, à l'inciter à commettre des fautes et à l'attaquer du fort au faible.
La manœuvre est très diverse dans ses moyens d'action. Par exemple, la manœuvre d'Iéna embrasse Tensemble des dispositions prises par Napoléon, en octobre 1806, au début de la campagne de Prusse, pour déborder l'armée prussienne, la couper de la ligne de l'Elbe et provoquer la bataille d'Iéna- Auerstaedt, double victoire qui réduisit la Prusse aux pires extrémités.
Au mois d'août 1870, les batailles, heureuses pour les Allemands, de Spicheren, de Borny et de Rezonville permirent au maréchal de Moltke d'assurer, à Saint-Privat, l'encerclement de l'armée de Metz.
La manœuvre de Saint-Privat est constituée, au point de vue stratégique, par l'ensemble des opérations des trois armées allemandes d'alors, durant la période comprise
entre le 6 et le 19 août 1870. Bien différente est la manœuvre de Saint-Privat envisagée au point de vue tactique, car, dans ce cas, elle s'applique au mouvement enveloppant du 12^corps d'armée saxon qui,lesoir du ISaoût, détermina la chute du village de Saint-Privat qu'occupait une partie du brave 6® corps d'armée, aux ordres du maréchal Canrobert, méritant de porter, comme le maréchal Ney, le surnom de brave des braves.
L'an dernier, lorsque le général vonKluck, qui commandait l'armée allemande d'aile droite, voulut, après Charleroi, envelopper l'aile gauche française en retraite, il trouva devant lui le général Galliéni, gouverneur de Paris et commandant en chef des troupes du camp retranché.
Ne se méfiant pas assez de la 6® armée française, alors en voie de réunion au sud et près d'Amiens, le général allemand porta, le 3 et le 4 septembre, les colonnes de son armée vers le sud-est en abandonnant la direction de Paris et prêta ainsi le flanc à la 6® armée française, ramenée sur ces entrefaites, à grandes marches, dans la partie nord du camp retranché de Paris.
La faute, saisie au vol par le général Galliéni, provoqua aussitôt de sa part les dispo-