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LA MANŒUVRE

avec des forces très supérieures à celles quo nous pensions et sans avoir besoin d'effectuer la feinte vers le sud dont parle Bernhardi. Elle a conduit nos adversaires à remporter la victoire de Charleroi qui a mis la France à deux doigts de sa perte.

Fort heureusement, la victoire de la Marne a rétabli l'équilibre en notre faveur. 11 n'est pas moins vrai que le projet d'opérations offensives conçu par Bernhardi, en 1911, au cas d'une guerre contre la France, méritait qu'on l'approfondît chez nous, ce qui aurait probablement amené des modifications à notre plan de concentration lorsqu'il en était encore temps.

Il y a un an

Le 3 septembre 1914 ont apparu les premiers indices de la manœuvre entamée par l'armée allemande d'aile droite, sous les ordres du général von Kluck, dans le but d'envelopper l'aile gauche des armées anglo-françaises qui reculaient du nord vers le sud en laissant le camp retranché de Paris à l'ouest.

On sait que le général Galliéni avait été désigné, le 26 août, comme gouverneur de Paris et commandant en chef des troupes de la défense.

Le 3 septembre au matin, après avoir observé, soit par lui-même, soit à l'aide de ses avions, les nouvelles lignes de marche de l'armée von Kluck, orientées vers le sud-est, le général Galliéni a su interpréter comme il convenait les mouvements de l'ennemi et, surle-champ, il a conçu le plan offensif destiné dans son esprit à faire échouer la manœuvre

von Kluck, mieux encore, à la transformer en défaite.

Dans mon article du 4 juin dernier, consacré au récit de la bataille de l'Ourcq, j'ai résumé les cinq journées de combats soutenus par l'armée de Paris, luttant de concert avec les autres armées du front occidental pour arrêter l'invasion et la changer en déroute à la suite de la victoire de la Marne rendue possible par la bataille de l'Ourcq.

Je ne reviendrai pas aujourd'hui sur cette bataille, mais je désire en compléter le récit par quelques observations s'y rapportant.

La 6^ armée, créée le 27 août au moyen d'éléments prélevés sur les V^ et 2^ armées, commença de débarquer le P'' septembre au sud et près d'Amiens, en vue d'assurer la défense active de la capitale, suivant le désir exprimé par le nouveau gouverneur militaire de Paris.

Les armées de poursuite allemandes, activant leur marche, surtout à l'aile droite (armée von Kluck), la reprise de l'offensive française, que le général Joffre avait espérée pour le 2 septembre, ne put avoir lieu à cette date, et la G*" armée dut reculer, comme les autres, vers le sud, avec cette différence qu'elle irait occuper la partie nord du camp

retranché tandis que l'armée anglaise, sa voisine, se dirigerait sur Meaux et au delà sur Melun, en laissant le camp retranché à l'ouest de ses lignes de retraite.

Quoi qu'il en soit, le général Galliéni avertit officiellement ses troupes, le 3 septembre à midi, qu'un corps d'armée allemand, en mouvement de Senlis sur Paris, avait changé la direction de sa marche le matin même en se portant vers le sud-est.

A ce moment, la 6® armée avait quatre divisions réunies dans la partie nord du camp retranché, entre l'Oise et la Marne, de l'Isle- Adam à Claye, par Dammartin, et l'armée anglaise se trouvait au sud de la Marne et du Petit-Morin, entre Grécy et Montmirail.

Les armées allemandes, au début de la présente guerre, semblent avoir confié leur service d'exploration bien plus aux autos-canons et aux autos-mitrailleuses dont elles sont abondamment pourvues qu'à la cavalerie en grandes masses, comme en 1870.

Les autos, transportant des fantassins armés du fusil, ont pu semer la terreur dans les campagnes de Belgique et de France en précédant de loin les colonnes de troupes, mais elles n'ont pas remplacé les investigations minutieuses de la cavalerie d'antan.

Et la preuve, c'est que, du 27 août au P"" septembre, les avant-gardes de l'armée von Kluck n'ont pas découvert la réunion, par chemin de fer, de quatre divisions françaises au sud et près d'Amiens, ni leur marche du 2 septembre pour atteindre la partie nord du camp retranché de Paris.

Quand, donc, le général von Kluck prescrivit, le 2 septembre au soir ou le 3 au matin, au corps d'armée de Senlis de modifier sa marche en l'inclinant vers le sud-est, il ignorait la présence de la 6^ armée française en voie de concentration dans la partie nord du camp retranché.

Le général von Kluck a subi la conséquence d'un vice d'organisation résultant de la tendance qu'ont les Allemands à tout demander au machinisme, mais on ne peut dire qu'il ait mal manœuvré.

Il a cherché l'enveloppement de la gauche anglo-française en forçant de vitesse avec son aile droite brusquement orientée vers le sud est. En outre, afin de se préserver, à tout hasard, d'une attaque venant du nord-ouest, il a disposé tout un corps d'armée, le 4® de réserve, en position de flanc garde sur les hauteurs à l'ouest de la Marne, entre Meaux et Nanteuil-lc-Haudouin.

Dès qu'il eut constaté, dans la soirée du 5 septembre, l'entrée en action d'une force ennemie importante à l'ouest de l'Ourcq, le général von Kluck rappela pour le lendemain son 2° corps envoyé sur Coulommiers. Le 7 septembre, ce fut le tour du 4® corps d'armée actif, alors à Rebais, de revenir à l'ouest de rOurcq ; en sorte que le 8, trois corps d'armée allemands (4^ corps de réserve, 2^ corps et 4® corps actifs) se trouvèrent aux prises sur la rive droite de l'Ourcq avec les six divisions de la 6^ armée française, combattant sur la même rive, avec tendance à appuyer vers le nord-est dans le dessein formellement et à plusieurs reprises indiqué par le général Galliéni d'envelopper l'aile droite allemande par Beltz.

On sait que, pendant la nuit consécutive à la journée du 9 septembre, particulièrement dure pour nos troupes, les trois corps d'armée d'aile droite de la V^ armée allemande furent rassemblés par les soins du général Kluck et entamèrent une retraite vers le nord qui ne tarda pas à dégénérer en déroute, avec pertes nombreuses en matériel et en prisonniers.

Cette fuite était due à la crainte d'être pris à revers par l'armée anglaise, laquelle, après

avoir franchi la Marne, le 9 à partir de midi, sur des ponts de bateaux jetés entre M eaux et Château-Thierry, avançait dans la direction de Soissons.

En résumé, la bataille de l'Ourcq, qui a préparé et rendu possible la victoire de la Marne, a été provoquée par une faute allemande imputable au service d'exploration, faute que le général Galliéni a saisie sur-lechamp et qui a été exploitée d'abord par la 6^ armée et ensuite par les autres armées, grâce aux ordres lancés le 4 et le 5 septembre par le commandant en chef des armées anglo-françaises, le général Joffre.

Kultur allemande

Plusieurs années après la guerre de 1870- 1871, on avait surtout gardé de l'invasion allemande le souvenir des innombrables pendules volées. Pour beaucoup de Français, ce fut un sujet d'étonnement, au début de la guerre actuelle, de lire dans les journaux le récit des scènes de pillage auxquelles s'étaient livrés, non seulement les soldats allemands, mais de nombreux officiers et même un prince de la famille royale de Prusse.

Je passe sur les massacres qui ont marqué l'invasion de la Belgique et l'occupation par l'ennemi de sept départements français du nord et du nord-est, soumis depuis lors au joug allemand.

Mais, pour les anciens combattants de 1870- 1871, la surprise a été nulle quand ils ont appris les horreurs dont a été accompagnée l'invasion allemande de 1914.

Les Allemands de 191 1 sont bien les mêmes

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