‹ Les conditions de la guerre moderneChapitre 25 sur 53 · KULTUR ALLEMANDE · texte numérisé non relu

KULTUR ALLEMANDE

que ceux de 1870, comme aussi leurs méthodes etleurs mœurs. Laconnaissance approfondie des vices de la race allemande, désormais taxée d'abjecte par le monde civilisé, constitue un des éléments essentiels de la guerre telle que les Allemands nous la font.

Tout le monde sait que les forces morales jouent à la guerre un rôle prépondérant. Ces forces, quand elles sont polluées par des mœurs vicieuses, tendent à devenir négatives et, par cela même, diminuent la valeur de l'armée d'où elles émanent. Par exemple, en 1870, le major d'état-major prussien Hans de Krestmann écrivait à sa femme, pendant l'hiver de 1870-1871 :

« On a expédié de Sèvres et de Saint-Cloud « des caisses adressées chez nous (en Prusse). (( C'est le vol organisé. Moi-même, je ne puis (( nier que j'en use avec le bien des Français « sans plus de scrupules que s'il nous appar- « tenait. C'est un devoir (pour nous) que « d'appauvrir ces gens-là. »

Un lieutenant de dragons qui a conservé l'anonymat vient de publier son carnet de route sous le titre : La victoire de Lorraine.

Cet officier de cavalerie a, en effet, participé aux opérations du général de Castelnau, en septembre 1914, qui ont eu pour résultat

de sauver Nancy de l'occupation allemande.

Déjà, en 1870-1871, je savais par de nombreux récits que les officiers allemands, voyageant en France par étapes, avaient pris l'habitude, en quittant leur chambre, le matin, d'y laisser un souvenir de leur façon sous la forme malodorante de déjection déposée à même le plancher.

Le lieutenant X..., revenant le 9 septembre 1914 d'une reconnaissance aux environs de Lunéville, est interpellé par un officier de chasseurs à pied qui se tient à la fenêtre, dans une grande maison en ruines. Après avoir rejoint son camarade au premier étage, le lieutenant de dragons s'entend dire :

c( Regarde ! Un lieutenant bavarois est assis, (( mort, entouré d'excréments dans le tiroir « ouvert de cette commode ancienne. Ses cu- <( lottes sont abaissées sur ses bottes... 11 est « dans une position ignoble... »

Surpris par l'irruption de nos chasseurs, l'officier bavarois avait été abattu d'un coup de revolver alors qu'accroupi sur le tiroir de la commode il était en train de salir des dentelles anciennes.

Six jours après, le même lieutenant de dragons pénètre à la tête d'un détachement dans un village à l'ouest de Lunéville, auprès

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duquel se trouve un château et, tout auprès, un moulin et la maison du minotier.

Les Allemands, qui l'avant-veille encore occupaient village, château, moulin et dépendances^ ont dû quitter le pays par ordre supérieur, sans se douter qu'il s'agissait pour eux de battre en retraite.

Notre lieutenant de dragons visite la maison du minotier en vue d'y installer le mess des officiers de son régiment. Au rez-dechaussée, tout a été saccagé . Une vieille femme, rencontrée là et qui a servi les officiers allemands pendant les trois semaines qu'a duré leur séjour, conduit le lieutenant dans une chambre du premier étage, où la destruction n'est pas moins complète.

« Avant-hier, dit-elle, ils avaient reçu l'orc( dre de partir au matin. Ah ! ils ne savaient a pas que c'était pour la retraite... Donc, ils « ont pensé que les Français étaient bousc( culés... et qu'ils allaient les poursuivre. »

La bonne vieille raconte ensuite l'orgie à laquelle se sont livrés les officiers allemands et que, par respect pour le lecteur, je ne veux pas détailler.

« Et les bouteilles de Champagne ! Fallait a voir commeelles filaient. Leurs ordonnances « avaient à peine le temps d'en monter de

« nouvelles que les premières étaient bues. » La vieille a vu ces messieurs déposer leurs ordures sur le plancher, puis s'essuyer avec du linge de femme et même une robe de première communion trouvée dans une armoire. « Et ils riaient ! ils riaient ! Oui, ce sont « des cochons, monsieur le lieutenant, de « vrais cochons. »

Elle est propre, la Kultur allemande!

A propos de la Marne

La victoire de la Marne, à laquelle j'ai consacré, ici même, mes articles du 18 et du 25 juin dernier, est la réunion des succès remportés à l'aile gauche et au centre par les forces anglo-françaises depuis le 5 septembre à midi jusqu'au 12 septembre au soir.

Au début de l'action, l'aile gauche des Alliés était constituée, en allant de l'ouest à l'est, par la 6® armée, de récente formation, par l'armée anglaise, par la 5® armée et par la 9® armée, de constitution toute récente.

Au même moment, le centre, composé des 4® et 3^ armées, occupait le front allemand de Vitry à Verdun, tandis que l'aile droite, avec les 2® et P® armées, tenait le Grand-Couronné de Nancy, les Vosges et la Haute-Alsace.

Le 3 septembre 1914, alors que la 6® armée (général Maunoury) achevait de s'établir au nord-ouest du camp retranché de Paris, des colonnes ennemies venant de la région de

Senlis furent signalées comme ayant abandonné la direction de Paris pour appuyer vers le sud-est.

Le lendemain 4 septembre, à neuf heures du matin, le général Galliéni, gouverneur de Paris et commandant en chef des troupes du camp retranché, adressa au général Maunoury l'ordre suivant :

(( En raison du mouvement des armées « allemandes qui paraissent glisser en avant « de notre front dans la direction du sud-est, « j'ai l'intention de porter votre armée (la 6^) « en avant, dans leur flanc, c'est-à-dire dans « la direction de l'est, en liaison avec les c( troupes anglaises... Prenez des maintenant « vos dispositions pour que vos troupes soient a prêtes à marcher cet après-midi et à enta- « mer demain (5 septembre) un mouvement « général dans l'est du camp retranché. »

Dans le courant de la journée du 4, les généraux Galliéni et Joffre eurent, à trois reprises, des entretiens par téléphone, à la suite desquels le général en chef fut amené à prescrire, le soir même, à ses armées d'aile gauche les dispositions qui suivent, dont l'exécution devait commencer le 6 de bon matin.

« P II convient de profiter de la situation

« aventurée de la P*" armée (d'aile droite) alle- « mande pour concentrer sur elle les efforts « des armées alliées d'extrême gauche.

« Toutes dispositions seront prises dans la <( journée du 5 septembre en vue de partir à « l'attaque le 6.

« 2° Le dispositif à réaliser pour le 5 sep- « tembre au soir sera :

« a) Toutes les forces disponibles de la « 6^ armée, au nord-est, prêtes à franchir « rOurcq, entre Lisy-sur-Ourcq et May-en- « Multien, en direction générale de Ghâ- (( teau-Thierry. Les éléments disponibles du « P"" corps de cavalerie (général Sordet) qui « sont à proximité seront remis aux ordres a du générai Maunoury pour cette opération.

« b) L'armée anglaise établie sur le front a Changis-Coulommiers, face à l'est, prête à « attaquer en direction général de Montmi- « rail.

« c) La 5^ armée (général Franchet d'Es- « perey),resserrantlégèrement sur la gauche, « s'établira sur le front général Gourtacon- « Esternay-Sézanne, prête à attaquer en di- « rection générale sud-nord, le 2" corps de (( cavalerie (général Conneau) assurant la (( liaison entre l'armée anglaise et la S'' armée.

« d) La 9® armée (général Foch) couvrira

« la droite de la 5® armée en tenant les débou- « chés sud des marais de Saint-Gond et en « portant une partie de ses forces sur le place teau au nord de Sézanne.

« 3° L'offensive sera prise par ces diffé- « rentes armées dès le matin. »

On remarquera que la 6® armée, pour être prête, le 6 au matin, à franchir l'Ourcq entre Lisy et May, devait, au préalable, refouler la flanc-garde (4® corps de réserve) que le général von Kluck, chef delà P® armée allemande, avait disposée à l'ouest de l'Ourcq, sur les hauteurs de Barcy, de Marcilly et de Puisieux. C'est là ce qui explique que le général Galliéni ait fait entamer la lutte par la 6^ armée, le 5 septembre à midi, en partant de ses bivouacs proches de Dammartin.

Le 5 septembre dans la matinée, les deux armées du centre reçurent du général Joffre les ordres ci-dessous :

e) A la 4^ armée :

« Demain 6 septembre, nos armées de « gauche attaqueront de front et de flanc les « P® et 2® armées allemandes (von Kluck et <( von Biilow). La 4^ armée, arrêtant son « mouvement vers le sud, fera tête à l'ennemi, (( en liant son mouvement à celui de la 3® ar- « mée qui, débouchant au nord de Revigny,

« prend l'offensive en se portant vers l'ouest. »

f) A la 3^ armée :

« La 3^ armée, se couvrant vers le nordce est, débouchera vers l'ouest pour attaquer <( le flanc gauche des forces ennemies qui « marchent à l'ouest de l'Argonne. Elle liera « son action à celle de la 4^ armée, qui a « l'ordre de faire tête à l'ennemi. »

L'aile droite, composée de nos P^ et 2^ armées, ayant un rôle défensif à jouer, ne pouvaient prendre part qu'indirectement à l'offensive générale prescrite aux deux groupes d'armées d'aile gauche et du centre.

Comme on le voit, le plan général de la bataille de la Marne, du côté français, était contenu de façon explicite dans les ordres expédiés du grand quartier général, le 4 septembre dans la soirée, à la 6^ armée, à l'armée anglaise, à la 5® et à la 9® armées, constituant ensemble la masse de gauche et, le 5 dans la matinée, aux 4^ et 3^ armées, formant le centre de notre dispositif général.

Le général Joffre étant le chef suprême des forces anglo-françaises, c'est à lui et à lui seul qu'incombait le devoir d'ordonner les dispositions d'ensemble propres à orienter les divers commandants d'armées sur leurs opérations combinées.

Ce devoir, le général Joffre l'a rempli intégralement. Les personnes étrangères à l'armée ont souvent tendance à discuter la valeur des généraux pour les classer par ordre de mérite. C'est un tort grave. Dans le monde militaire, rien de semblable.

En présence d'une situation nouvelle, le grand chef digne de ce nom accueille très volontiers les propositions de ses subordonnés immédiats ou même les provoque, mais, une fois sa décision prise, il met fin à toute discussion pour redevenir le chef qui ordonne, sans plus.

Pour en revenir à la matinée du 4 septembre 1914, le général Galliéni, de sa personne au nord du camp retranché de Paris, a vu, de ses yeux vu, le changement de direction vers l'est de la P^ armée allemande et il en a conclu à la manœuvre à faire avec la 6^ armée, ou armée de Paris, dans le flanc droit et sur les derrières des colonnes du général von Kluck.

Le général Joffre qui se tenait alors au centre du dispositif d'ensemble, recherchait l'occasion de reprendre l'offensive, mais ne l'avait pas encore trouvée. Cette occasion, le général Galliéni la lui montra en trois conversations au téléphone, qui aboutirent à con-

vaincre le général en chef de la nécessité d'agir sans retard contre la V^ armée allemande comme début de la bataille générale à engager contre l'ennemi.

Les ordres généraux du 4 et du 5 septembre une fois donnés, l'ère des conseils et des discussions était close, ne laissant place qu'à l'exécution.

Corps de cavalerie

En 1812 apparaissent pour la première fois les corps de cavalerie dans la guerre moderne. Ayant pris la résolution d'abattre la Russie, Napoléon, dès l'année 1811, avait commencé à préparer la guerre contre cette puissance avec des forces devant atteindre ie chiffre de six cent mille hommes.

Au commencement de Tannée 1812, les huitgrands corps appelés à composer lagrande armée napoléonienne étaient réunis derrière la Vistule, avec, derrière eux, pour leur servir de réserves, la garde impériale et la réserve de cavalerie, celle-ci étant formée de quatre corps de troupes à cheval.

Ces quatre corps de cavalerie, à trois divisions, présentaient chacun 7.000 à 8.000 chevaux et avaient pour chefs les cavaliers illustres que furent Nansouty, Montbrun, Grouchy et Latour-Maubourg.

En 1813, après l'armistice, on retrouve dans l'armée française de Silésie les 1®^ et

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