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CORPS DE CAVALERIE

Un peu plus tard, quand la 6^ armée, ou armée de Paris, commandée par le général Maunoury, fit sa retraite de la région d'Amiens vers le camp retranché pour s'y établir, le P"^ corps de cavalerie, protégeant son aile gauche, vint sur Pontoise et de là se porta sur Meulan, où il franchit la Seine le 5 septembre pour être rassemblé, le même jour, à l'ouest de Versailles, avec son quartier général à Saint-Cyr.

Au même moment, le 2^ corps de cavalerie comblait le vide qui régnait entre la droite des Anglais et la gauche de notre 5® armée.

D'après les ordres du général en chef français lancés le 4 septembre au soir, le P"" corps de cavalerie devait passer sous la haute direction du commandant de la 6® armée (général Maunoury).

Ce corps de cavalerie reçut, en conséquence, l'ordre, le 5, de se porter, le 6 au matin, de ses cantonnements ouest de Versailles à la gauche de la 6° armée, dans la région deNanteuil-le-Haudoin.

La 5^ division de cavalerie, qui se trouvait à Versailles, s'embarqua en chemin de fer et fut dirigée sur Dammartin, tandis que les P® et 3^ divisions atteignaient sur route Gonesse et allaient se cantonner aux environs.

Le 7 septembre, le P"" corps de cavalerie se porta sur Betz, où il rejoignit la 61® division de réserve vers deux heures du soir. Le 6, le P*" corps de cavalerie avait parcouru 50 kilomètres environ. Le lendemain 7, son étape fut de 50 à 60 kilomètres.

L'ordre de la 6® armée, en date du 7 à une heure du soir, prescrivait au l^^ corps de cavalerie, par un mouvement enveloppant passant au nord de la 61^ division de réserve, de chercher à s'attaquer à l'extrême droite de l'armée allemande et de canonner ses troupes en retraite vers le nord et le nord-est.

Cet ordre a reçu en partie son exécution, dans l'après-midi du 7 et jusqu'à la tombée de la nuit, mais le P^'corps de cavalerie, dont les chevaux étaient exténués à la suite des marches antérieures, n'a pu déloger l'infanterie allemande qui occupait en force les lisières de la forêt de Villers-Cotterêts.

Vers la grande percée

î e communiqué de trois heures du samedi 25 septembre disait :

« En Champagne, des combats opiniâtres « se sont poursuivis sur tout le front. Nos (( troupes ont pénétré dans les lignes alle- (( mandes sur un front de vingt-cinq kilo- (( mètres et une profondeur variant de un à (( quatre kilomètres... »

C'est là un événement de haute importance dont la nouvelle a été accueillie en France avec une joie aussi calme que profonde.

Une large brèche existe donc depuis le 25 sur le front occidental et cette brèche, quand elle aura été rendue praticable sur toute sa largeur (de 25 kilomètres, comprise entre la Suippe et l'Aisne) nous permettra sans doute de faire une grande percée vers le nord. La formidable armature allemande de notre front a été brisée sur une étendue telle que l'ennemi ne pourra la réparer, en

présence de nos troupes occupées à consolider leurs prises et à les étendre.

Déjà, le 9 mai dernier, dans le secteur Carency-Neuville, nous avions fait dans la ligne fortifiée des Allemands une brèche qui aurait pu servir d'amorce à une percée au nord d'Arras, mais on s'aperçut bientôt que ladite brèche était trop étroite et que les Allemands n'auraient pas de peine à la combler. On en conclut qu'une percée n'aurait des chances de réussir que si elle s'effectuait sur un front de 25 à 30 kilomètres, alors que l'attaque du 9 mai avait embrassé seulement une largeur de 10 à 12 kilomètres.

Déjà, devant Carency,le 9 mai, les conditions du succès dans la guerre de siège en rase campagne à nous imposée par les Allemands dès le 13 septembre 1914 avaient été parfaitement remplies, à savoir la liaison des armes, la préparation par une artillerie supérieure, l'ardeur et la vaillance des troupes d'assaut.

Nul doute qu'il en a été de même, le 25 septembre 1915, à l'attaque des travaux allemands de première ligne établis entre la Suippe et l'Aisne.

Le 9 mai, la préparation de l'artillerie avait duré trois heures (de 7 à 10) et l'attaque pro-

prement dite, eatamée à 10 heures précises, était terminée à 11 heures 1/2, contrairement aux prévisions qui voulaient qu'elle durât plusieurs jours.

Cette fois, la préparation de l'artillerie a embrassé les journées du 23, du 24 et la matinée du 25 septembre, jusqu'à 9 heures 15, heure à laquelle l'infanterie s'est élancée à l'assaut.

La préparation de l'attaque par le feu de l'artillerie diffère du tir de bombardement en ce que celui-ci s'effectue sur tout le front pendant les cinq ou six jours qui précèdent l'attaque, tandis que la préparation proprement dite, d'une violence extrême, s'exerce seulement durant quelques heures et, au plus, deux à trois fois vingt-quatre heures, sur les points d'attaque choisis et tenus secrets jusqu'au moment de l'exécution.

L'attaque du secteur Carency-Neuville, le 9 mai, avait nécessité l'emploi de trois divisions d'infanterie appartenant à deux corps d'armée voisins. La prise du secteur Suippe- Aisne a probablement exigé des forces trois fois plus nombreuses, soit la valeur de quatre à cinq corps d'armée.

Sachant que la brèche à produire dans la barrière défensive allemande devait présenter

une largeur de 25 à 30 kilomètres, j'en avais conclu qu'il fallait que le terrain d'attaque fût dépourvu de gros obstacles, que la préparation des attaques par l'artillerie eût à sa disposition un nombre de projectiles dépassant de beaucoup les prévisions d'autrefois, que les attaques d'infanterie fussent entourées du secret le plus absolu, enfin qu'elles se fissent avec rassemblement préalables et une très grande rapidité.

Ces diverses conditions semblent avoir été supérieurement remplies le 25 septembre.

Le 9 mai, lors de l'attaque par les Français du secteur Carency-Neuville, le l^"" corps d'armée anglais devait agir contre les tranchées allemandes voisines de Fromelles et d'Aubert. Les troupes britanniques s'emparèrent de ces deux villages, mais leur artillerie, faute de projectiles en nombre suffisant, n'avait pas préparé l'attaque comme il convenait, d'où pertes excessives et retour sur les positions de départ.

Le 25 septembre, l'attaque franco-anglaise destinée à faire diversion en Artois a obtenu un plein succès, qu'a rapporté le maréchal French dans son communiqué du 26 septembre, dans lequel se trouve cette phrase significative :

« Au nord de La Bassée, nous avons pro- « nonce d'autres attaques, qui ont attiré sur (( ces points de fortes réserves ennemies. »

Revenant sur le même sujet, dans son communiqué du 27, le maréchal anglais a écrit :

« Dans cet engagement (reprise des car- « rières au nord-ouest de Hulluch, près de « Loos), nous avons attiré des réserves enne- « mies, permettant ainsi aux troupes fran- « çaises à notre droite de faire de nouveaux « progrès. »

Le bilan des prises faites par les Français et les Anglais, le 25 septembre, soit en Champagne, soit en Artois, se monte à 23.000 Allemands, y compris 300 officiers, et 70 canons de tous calibres. Pour leur part, les Anglais ont fait 3.000 prisonniers et pris 23 canons, sans compter de nombreuses mitrailleuses.

Une grande attaque comme celle qui s'est produite le 25 septembre sur le plateau de Somme-Py, entre Suippe et Aisne, est préparée, comme je l'ai déjà dit, par une artillerie formidable disposant de projectiles en nombre illimité. Cette artillerie, en deux ou trois jours d'activité extrême, transforme en chaos désertique les travaux accumulés par l'ennemi sur une profondeur de un à quatre

kiiomètres pour constituer sa première ligne de défense.

Pendant ce temps, où se sont réfugiés les défenseurs ?

Ils occupent les caves bien abritées que le tir de l'artillerie a recouvertes de terre et de décombres.

A l'instant où cesse le canonnade, les caves se vident et leurs hôtes sortent à l'air libre, juste à temps pour se faire prendre.

Les premiers blessés venant de Champagne disent que les prisonniers allemands faits le 25 septembre étaient comme abrutis par notre bombardement.

La même constatation avait été faite le 9 mai, lors de l'assaut sur Garency,car, dans le récit officiel publié à ce sujet, on pouvait lire :

« Nous les voyions sortir de leurs trous (nos prisonniers), sordides de saleté, hébétés de notre bombardement, ahuris de notre élan... »

Les Allemands, sur toute l'étendue du front occidental, ont beaucoup travaillé depuis un an. Leur première ligne, qui offre une certaine profondeur, est doublée d'une seconde ligne, dite de repli, aussi fortement

constituée que la première, à cinq ou six kilomètres d'elle.

C'est contre cette deuxième ligne qu'opèrent nos troupes depuis le 25 septembre qu'elles se sont emparées de la première ligne, allant de la Suippe à l'Aisne.

La prise de la deuxième ligne exige un certains temps, à cause des déplacements préalables de matériel qu'elle nécessite.

Quoi qu'il en soit, toutes les difficultés du fait de l'ennemi céderont assez vite devant la supériorité écrasante de nos forces, et bientôt s'ouvrira pour nous la route du Rhin conduisant à la victoire finale.

La force morale

Le 30 septembre dernier, au moment où paraissait mon dernier article intitulé « Vers la grande percée », j'ignorais encore la mort glorieuse d'un fils tombé, en Artois, quatre jours plus tôt, à la tête de son bataillon qu'il entraînait à l'assaut de certaines tranchées allemandes. Un tel malheur ne supporte pas les consolations. Mais, au-dessus de la famille, il y a la France impérissable, à laquelle nos soldats sacrifient sans hésiter ce qu'ils ont de plus cher au monde, à commencer par leur propre existence.

La force qui pousse, depuis plus d'un an, les Français en armes à braver la mort du champ de bataille pour que la France vive, cette force s'appelle la force morale. Elle anime actuellement nos soldats à un degré qui n'a jamais été dépassé ou même atteint, en aucun pays et dans aucun temps.

Si les armées françaises d'aujourd'hui sont incomparables sous le rapport de la force

morale, les causes de leur supériorité exigeraient, pour être bien connues, une étude spéciale se rapportant aux origines de la race française et aux événements qui ont influé sur son évolution à travers les âges.

Qu'il nous suffise de constater l'existence, pour nous, de cette force portée au paroxysme. C'est grâce à la grande force morale de nos armées que nous atteindrons à la victoire définitive, venant couronner la série de succès partiels longuement et patiemment obtenus durant la guerre de siège en rase campagne ou d'usure, commencée au lendemain de la victoire de la Marne et qui dure encore.

J'ai plusieurs fois insisté sur l'importance du succès obtenu par nous au nord d'Arras, du 9 au 24 mai 1915, en vue de prendre possession du massif de Notre-Dame-de-Lorette, lequel domine et commande la plaine de Douai. En mai, notre action devait s'accompagner d'une poussée à notre gauche, mais celle-ci échoua, faute d'une bonne préparation d'artillerie.

Le 25 septembre dernier, trois attaques ont eu lieu, après de longs préparatifs tenus, autant que possible, secrets, l'une, principale, en Champagne, les deux autres, secondaires, dont une anglaise en Artois.

Et ces trois attaques ont été couronnées de succès, en ce sens qu'elles ont refoulé l'ennemi au delà de sa deuxième ligne en faisant tomber entre nos mains de nombreux prisonniers ainsi que beaucoup de trophées.

Ces trois attaques ont été précédées d'un tir de préparation par l'artillerie, qui a complètement nivelé les travaux ennemis de première ligne.

Ensuite, et c'est alors qu'intervient la force morale supérieure de nos troupes, l'assaut a été donné à une heure déterminée à l'avance, après que les montres eurent été réglées, le matin même.

Le système des vagues en usage aujourd'hui dans nos attaques de retranchements, je l'ai vu appliquer pour la première fois, comme procédé d'instruction, au camp de Châlons, en 1880, par le général de Négrier, alors colonel du Id"" régiment d'infanterie. Un officier de mes parents, évacué sur la zone de l'intérieur pour blessure grave reçue le 25 septembre à l'assaut des tranchées allemandes de première ligne, du côté de Souchez, m'a raconté ceci :

« L'attitude des hommes au moment du « départ à l'assaut était splendide. On sen- « tait, à les voir si décidés, si heureux d'agir,

« qu'ils avaient non seulement la volonté, « mais encore la certitude de l'emporter. »

Et, en fait, la première vague, précédée du lieutenant en question, franchit comme un seul homme, au pas de course, les trois cents mètres qui la séparaient des premières tranchées ennemies, et cela au prix de pertes minimes. C'est seulement un peu au delà, quand il fallut s'arrêter devant un réseau de fils de fer barbelés ayant échappé au feu de notre artillerie, que des mitrailleuses allemandes entrèrent en action et produisirent parmi nous des ravages importants.

A la suite des assauts victorieux menés par nos soldats le 25 septembre dernier en Champagne et en Artois, les Allemands qui, en fait d'art, ne sont guère que des copistes, ont adopté nos procédés d'attaque les plus nouveaux et, tout récemment, en Champagne, ils ont dirigé contre nos troupes une contreattaque par vagues successives. Seulement, leurs vagues étaient formées d'hommes coude à coude, ayant derrière eux, pour les soutenir, des petites unités en colonne, tandis que les Français d'une vague d'assaut avancent en tirailleurs, sans s'astreindre à l'alignement et encore moins au coude à coude. Chez nous, on court à l'ennemi pour ainsi dire isolément,

tandis que, dans l'armée allemande, on marche à l'attaque en formation rigide, sans laisser au soldat la moindre initiative.

Qu'en résulte-t-il? Un assaut français, s'exécutant à toute allure, occasionne généralement peu de pertes, alors que chez les Allemands les attaques entraînent presque toujours des hécatombes, en raison des formations plus ou moins rigides et massives inhérentes à la race teutonne, race de barbares, mâtinée d'esclaves.

Depuis le 25 septembre, l'offensive anglofrançaise prise ce jour-là en Champagne et en Artois n'a cessé de faire des progrès qui, pour être un peu lents, n'en sont pas moins efficaces, car ils contraignent l'ennemi à subir notre action, alors qu'à part de rares exceptions, il ne sait que parer les coups.

La guerre actuelle, il ne faut pas l'oublier, est une guerre d'usure, où les Alliés subissent moins de pertes que les Allemands, par suite de leur méthode de commandement plus humaine, et l'emportent sur l'adversaire par le nombre des combattants, par la maîtrise de la mer, par la richesse universelle et surtout par la force morale, la plus puissante de toutes les forces.

Que les objets secondaires ne nous distraient pas de notre but immédiat, qui est de chasser l'ennemi des territoires belge et français qu'il occupe encore!

Mégalomanie

C'est à notre grand tribun Mirabeau qu'est due la définition de la guerre qu'on va lire :

« La guerre est Vinduslrie nationale de la Prusse. »

Mirabeau énonçait cette vérité en 1789, trois ans après la mort de Frédéric 11, roi de Prusse, mais que ne dirait pas aujourd'hui le maître de la tribune française s'il savait les crimes politiques commis par les gouvernants de la Prusse depuis la dernière réunion des Etats-Généraux jusqu'à nos jours.

En 1805, la Prusse cherche à tromper Napoléon, alors occupé à combattre les Autrichiens et les Russes, et son ambassadeur pousse l'impudence jusqu'à féliciter le vainqueur d'Au,sterlitz de son succès de la veille. Ce à quoi il est répondu : « Voilà un compliment qui s'est trompé d'adresse. »

En 1806, les victoires d'Iéna-Auerstaedt suffisent à écraser la Prusse. Cette puissance restera subjuguée jusqu'au jour, à la fin de

1812,011 le général Yorck, chef du corps prussien à la solde de la France, trahira son serment et fera cause commune avec nos ennemis.

En 1813 commence en Prusse la guerre de délivrance, dont le dernier acte se jouera sur le champ de bataille de Waterloo, le 18 juin 1815.

De 1815 à 1864, la Prusse se recueille et travaille sans relâche à préparer contre la France, dénommée l'ennemie héréditaire (erbfeind), une guerre à mort. Nous arrivons à l'année 1864.

L'Autriche, quoique affaiblie de longue date, pourrait entraver l'action de la Prusse contre la France ; on va l'associer à une guerre contre le Danemark qu'il s'agit de dépouiller de ses provinces méridionales sous un vain prétexte.

Après la convention de Gastein, qui suit l'acte de brigandage des alliés, ceux-ci se disputent la possession de leur proie et se préparent à entamer l'un contre l'autre une lutte qui aura pour enjeu la subordination des petits Etats allemands à la Prusse.

La guerre de Bohême éclate au printemps de 1866. Elle est foudroyante, en raison de la supériorité de l'armée prussienne.

A Sadowa, le 2 juillet, les deux armées opposées, fortes chacunes de 200.000 hommes environ, se livrent une bataille, offensive de la part des Prussiens, défensive chez les Autrichiens, qui consacre la supériorité incontestable de la Prusse.

La paix de Prague, signée le 29 août 1866, chasse l'Autriche de la confédération germanique et donne à la Prusse les duchés de l'Elbe, la Hesse et le Hanovre, en portant sa population à quarante millions.

Dès lors, la Prusse est prête à attaquer la France, et l'événement se produira, le 15 juillet 1870, du fait d'un mensonge dont se vantera plus tard le grand chancelier, prince de Bismarck.

La guerre franco-allemande de 1870-1871 est trop conjnue pour qu'il soit nécessaire d'en rappeler les phases principales.

Elle a été pour les Allemands une suite presque ininterrompue de victoires.

La paix de Francfort, en 1871, marque l'apogée de la puissance militaire allemande.

Tant qu'a vécu le vieux roi de Prusse, devenu empereur allemand, la paix a régné sur l'Europe, en dépit des efforts tentés par Bismarck pour allumer une nouvelle guerre destinée, dans son esprit, à paralyser une fois

pour toutes les efforts de relèvement des Français.

Cette paix boiteuse, parce que non acceptée de cœur par la France amputée de l'Alsace-Lorraine, a duré aussi longtemps que le pangermanisme, né des victoires allemandes de 1870-1871, à laissé tranquille l'empereur actuel, dont le règne date de 1888.

Le pangermanisme, on le sait, est une folie collective qui s'est emparée progressivement de la nation allemande toute entière sous l'action d'un orgueil immense.

Lorsque, en 1904, le Kaiser, jusqu'alors pacifiste, fut entraîné dans le mouvement pangermaniste, il songea sérieusement à faire la guerre et prit dès lors des dispositions en conséquence.

Auparavant, l'armée allem^ande devait se composer, en temps de guerre, de vingt-cinq corps d'armée actifs de première ligne et d'un même nombre de corps d'armée de réserve, sous des noms divers.

Mais, la recherche du « kolossal » caractérise l'Allemagne contemporaine.

On voulut être le plus fort par le nombre et, dansce but, toutes les formations de guerre durent passer en première ligne. Au lieu de vingt-cinq corps d'armée actifs, on en aurait

cinquante. La valeur militaire de l'armée nouvelle serait bien inférieure à celle de l'ancienne armée, mais on comptait sur la discipline allemande pour dominer les forces que la France pourrait opposer en ayant, elle aussi, recours à la levée en masse. Seulement, le Kaiser et ses conseillers militaires n'ont pas su se rendre compte de la nature du soldat français, laquelle s'est révélée incomparable au moment du danger.

La France et la Russie étant alliées depuis longtemps, l'Allemagne attaquerait d'abord la France et porterait ensuite son effort principal contre la Russie. Dans ces conditions, la guerre n'excéderait pas une durée de deux mois et, si les attaques successives sur les deux fronts étaient entamées au commencement d'août, elles prendraient fin assez tôt pour permettre le retour triomphal des armées allemandes dans les premiers jours d'octobre.

Or, nous sommes au quinzième mois de la guerre européenne, laquelle a seulement abouti à des luttes d'usure qui sont tout à l'avantage des Alliés.

Les conceptions du Kaiser, qui voulaient être grandioses, ne lui ont donné que des déboires, faute d'avoir été inspirées par des

calculs tenant compte de tous les facteurs en jeu.

Je citerai en exemples : l'invasion de la Belgique sans avoir soupçonné ce qu'il en résulterait, la tentative sur Paris consécutive à notre échec de Charleroi, la tentative sur Calais, les hécatombes de l'Yser et nombre d'essais infructueux pour percer notre front.

Aujourd'hui, le Kaiser s'efforce de prendre le dessus en créant le front des Balkans, avec l'espoir de prendre Constantinople. Il a gaspillé le sang des Austro-Allemands et il caresse l'illusion de combler les vides de ses armées avec un ramassis « kolossal » d'Asiatiques dénués de toute valeur militaire.

Mais patience ! La grande supériorité des Alliés en soldats, leur puissance économique et la maîtrise de la mer qui leur appartient depuis le début achèveront de briser, dans un avenir prochain, les dernières convulsions du Monstre.

A l'assaut

L'infanterie est la reine des batailles^ disait-on au temps de Napoléon P^

Ce dicton est encore vrai de nos jours, malgré les immenses progrès réalisés dans les sciences et dans l'industrie.

Même dans la guerre exceptionnelle de siège en rase campagne, que nous faisons depuis quatorze mois, c'est l'infanterie qui décide, en dernier lieu, du sort des batailles.

Une armée se compose, pour la plus grande part, d'infanterie, ce qui a fait dire au général Morand, un des divisionnaires du maréchal Davoust, de glorieuse mémoire :

« L'infanterie, c'est l'armée ; quand elle « avance, la victoire se dessine, mais si elle « recule, la défaite est proche. »

La bataille de Champagne entamée le 25 septembre dernier, et qui, en peu de jours, s'est transformée en victoire, a été le résultat de trois actions, une principale, en Champagne, sur un front de 25 kilomètres entre la

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Suippe et l'Aisne, et deux secondaires, au nord d'Arras.

Ces trois attaques ont été menées, les deux premières par des troupes françaises, la troisième par des troupes anglaises. Elles ont réussi à gagner sur l'ennemi une profondeur de 3 à 4 kilomètres, à lui infliger une perte de 140.000 hommes en tués et blessés ; à lui faire 30.000 prisonniers, dont 400 officiers, et à lui prendre 150 canons, sans compter un grand nombre d'autres trophées.

De tels succès découlent d'une longue préparation qui, tout en tenant compte des vertus de la race, contribue à développer parmi les troupes les qualités guerrières qui garantissent la victoire.

Cette préparation d'ordre moral et professionnel doit se doubler d'une autre, celle-là d'ordre matériel, dont les événements actuels ont fait ressortir l'importance, ainsi que l'a proclamé notre généralissime dans l'ordre qu'il a lancé, le 23 septembre pour la bataille du surlendemain :

« Derrière l'ouragan de fer et de feu dé- « chaîné grâce au labeur des usines de France, «■ 011 vos frères ont, nuit et jour, travaillé « pour nous, vous irez à l'assaut, tous en- « semble, sur tout le front. »

En général, les travaux de préparation à la guerre devraient être, surtout, l'affaire du temps de paix, mais nous sommes, hélas ! une nation où tout s'improvise, en sorte que nous attendons avant d'agir que les événements nous aient contraints de combler hâtivement les lacunes de notre organisation.

Cela s'est surtout montré vrai dans la préparation matérielle des moyens de lutte, qui s'est montrée si insuffisante au début de la présente guerre. Toutefois, les qualités morales et professionnelles de notre armée, bien loin de souffrir de notre pauvreté en artillerie lourde, par exemple, n'ont fait que s'accroître sous la menace du danger croissant et grâce au dévouement fraternel de tous, petits et grands, les uns pour les autres.

Les rapports entre chefs et soldats, le général Joffre les a décrits, il y a peu de jours, dans les termes suivants, au cours d'une interview accordée par lui à un journaliste américain :

« On enseigne aux officiers à considérer « leurs soldats comme leurs propres enfants ; « ils veillent à leurs besoins et à leur bienc( être, partagent leurs travaux et leurs nour- ((. riture et vivent ensemble comme une grande « famille.

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