‹ Les conditions de la guerre moderneChapitre 28 sur 53 · A L ASSAUT · texte numérisé non relu

A L ASSAUT

« Quand nous exécutons une charge (à la « baïonnette), l'officier est toujours en tête « de ses hommes et ceux-ci le suivent. »

De telles mœurs militaires honorent l'armée française, expliquent les succès qu'elle a remportés depuis un an et autorisent, mieux que tous les raisonnements du monde, l'ascendant qu'elle a pris sur l'armée allemande, celle-ci composée d'esclaves que mènent, à la trique, des hobereaux pleins de morgue.

Nos mœurs militaires actuelles sont pareilles à celles des armées républicaines de 1794, que le maréchal Soult a décrites en ces termes, il y a près d'un siècle :

« Les officiers donnaient l'exemple du dé- « vouement. Le sac sur le dos, privés de (( solde (c'était l'époque des assignats), ils « prenaient part aux distributions comme les (( soldats et recevaient des magasins les effets « d'habillement qui leur étaient indispen- « sables. On leur donnait un bon pour tou- (( cher un habit ou une paire de bottes. Ce- « pendant, aucun ne songeait à se plaindre <( de cette détresse, ni à détourner ses regards « du service, qui était la seule étude et ((. l'unique sujet d'émulation. Dans tous les « rangs on montrait le même zèle, le même (( empressement à aller au delà du devoir ;

(( si l'un se distinguait, l'autre cherchait à le (( surpasser par son courage, ses talents ; « c'était le seul moyen de parvenir : la mé~ a diocrité ne trouvait pointa se faire recom- (( mander... Dans les rangs des soldats, « c'était le même dévouement, la même « abnégation. . . Jamais les armées (françaises) « n'ont été plus obéissantes ni animées de « plus d'ardeur ; c'est l'époque des guerres (( (de la Révolution et de l'Empire) où il y a « eu le plus de vertu parmi les troupes (fran- « çaises). »

Nos officiers de l'époque actuelle rivalisent de dévouement avec leurs ancêtres de 1794. A l'impécuniosité et aux privations près, ils supportent avec le même courage héroïque les vicissitudes d'une guerre déjà longue et qui met journellement à l'épreuve les plus solides qualités militaires.

Quant aux soldats, ils sont, au dire de nos généraux, « à se mettre à genoux devant ».

Le général Joffre était donc en droit de proclamer dans son ordre de félicitations aux troupes, à la suite de la victoire de Champagne : « Le général en chef est fier de commander aux TROUPES LES PLUS BELLES QUE LA

France ait jamais connues. »

Etudes historiques

La guerre moderne est conditionnée par de nombreux facteurs parmi lesquels l'art militaire joue le rôle supérieur. L'art du général en chef est unique en son genre, mais, sans viser aussi haut, les officiers d'avenir appelés à remplir des fonctions importantes ont le devoir de développer leurs qualités natives par des travaux de l'esprit et par une expérience des choses de la guerre acquise dans l'exercice des fonctions de leur grade en temps de paix et, mieux encore, en temps de guerre.

Dans ce cas, l'expérience directe qui se forme rapidement sous la pression des événements journaliers permet de connaître le poids des responsabilités et d'apprécier la valeur du caractère ; mais, quand elle est acquise par des officiers encore jeunes, lesdits officiers, une fois pourvus d'un grade élevé, courent le risque de ne pouvoir utiliser leur

juvénile expérience, parce qu'elle se rapporte à des détails par trop infimes.

Par exemple, tel général qui a fait la guerre de 1870-1871 en qualité de lieutenant ne peut puiser dans son expérience personnelle, remontant à un demi-siècle, les éléments de la conduite d'une armée.

Mais si un tel général, pendant les années comprises entre 1870 et 1914, a employé ses loisirs à étudier les faits militaires de l'époque moderne, il a pu combler les lacunes de son expérience propre et se bien préparer à remplir les devoirs qui incombent au titulaire d'un grade élevé.

On ne saurait se contenter de l'expérience personnelle et, pour bien faire, il convient d'avoir recours à l'expérience de ceux qui nous ont précédés dans la vie, expérience qui se manifeste dans les écrits, soit des hommes de guerre eux-mêmes, soit des écrivains militaires qui en ont étudié les actions.

Pendant la grande révolution française, les officiers de vingt ans servirent à recruter le corps des généraux, de telle sorte qu'en 1796, Bonaparte, lorsqu'il prit le commandement en chef de l'armée d'Italie, comptait à peine vingt-six ans et avait sous ses ordres, à peu

Page 1