THÉORIES CADUQUES
occidental, cette guerre ayant été improvisée, le 13 septembre 1914, pour enrayer la poursuite victorieuse des Français après la bataille de la Marne.
Le général de Bernhardi, qu'il fautconsulter chaque fois qu'il s'agit de stratégie allemande, écrivait en 1911 :
« Rien n'empêche qu'après une bataille dé- « cisive malheureuse, le parti vaincu, cédant « et reculant devant la loi du vainqueur, ne « recourre à une défense de position pour (( arrêter Tennemi... »
Mais, en dépit de la tendance générale à se terrer, Bernhardi, en 1911, croyait fermement que la prochaine guerre serait bien plutôt une guerre de mouvement qu'une guerre de position.
11 s'est trompé et, avec lui, tous les généraux allemands qui, avant le 13 septembre 1914, ne soupçonnaient pas l'extraordinaire force de résistance que procurent au défenseur des lignes de fortification passagère convenablement pourvues d'artillerie et de défenses accessoires.
Rien d'étonnant donc qu'en Allemagne, aussi bien qu'en France, le haut enseignement militaire officiel n'ait pas donné à la guerre de siège en rase campagne l'importance ré-
sultant des opérations qui se déroulent depuis quatorze mois dans le nord de la France.
Les avantages de l'offensive que faisaient ressortir, avant la période actuelle, les théories des grandes écoles militaires, en Allemagne et en France, n'ont rien perdu de leur valeur, mais, en de nombreuses circonstances, l'offensive pure devra céder le pas à la défensive ou bien attendre que son entrée en action ait été préparée très fortement.
Avant cette guerre, personne, ai-je dit, ne soupçonnait la force extraordinaire des lignes fortifiées en rase campagne.
Un officier supérieur français, le lieutenantcolonel d'artillerie Mayer^ actuellement mobilisé, a seul fait exception en montrant, dès le mois de mai 1902, dans la revue militaire suisse, sous le pseudonyme d'Emile ManceaUy quelles seraient, à son avis, les caractéristiques de la prochaine guerre.
Ce serait, suivant le lieutenant-colonel Mayer, une lutte entre deux lignes fortifiées parallèles, également impuissantes dans le sens du front.
« L'une de ces lignes, prophétisait l'auteur, « ne pouvant réussir (apercer) de front, cherce chera à déborder l'autre. Celle-ci, à son « tour, prolongera son front, et ce sera un