THÉORIES CADUQUES
a concours qui s'étendra le plus, dans la me- « sure où son effectif le lui permettra. Ou, « du moins, les choses se passeraient ainsi si « on pouvait se développer indéfiniment. Mais « la nature présente des obstacles. La ligne « s'arrêtera à un point d'appui, à une mer^ à « une montagne, à la frontière d'une nation « neutre. »
L'article prophétique du lieutenant-colonel Mayer, publié en 1902, se terminait ainsi :
(( ... On dépensera encore du sang, beau- « coup de sang, et non pas seulement de l'arec gent. 11 faudra encore de la prévoyance, du « calme, de la hardiesse et même de l'esprit (( d'offensive jusque dans la défensive. Plus « que jamais, la troupe, le commandement, « la population auront à déployer d'énergie. « Plusquejamais, le savoir professionnel sera « nécessaire au chef et à la troupe. Et il faut « se préparer, avec un redoublement d'arec deur, aux pires éventualités. Mais il n'est « pas douteux que la physionomie des batailles « se trouvera métamorphosée. »
Les citations qui précèdent se passent de commentaires.
Galliéni
La première des conditions de la guerre moderne se trouve réalisée quand le chef de l'Armée est un grand chef militaire de la valeur de Galliéni.
Certes, le prédécesseur du général au ministère de la Guerre, M. Millerand, a rendu au pays d'immenses services, que l'on reconnaîtra encore mieux avec le recul du temps. C'est lui qui nous a mis en possession du matériel immense qui nous faisait défaut avant la guerre et qui nous a outillés pour en fabriquer autant qu'il en faudra.
Mais^ comme le dit le sénateur Charles Humbert dans le Journal^sM sujet de la première manifestation oratoire du nouveau ministre de la Guerre à la tribune de la Chambre : « Enfin, nous entendons le langage d'un « chefl C'est le général Galliéni qui le tient à « tous les collaborateurs relevant directement (( de son autorité, et ces paroles de soldat
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(( sonnent avec une clarté, une vigueur, une « netteté vraiment réconfortantes.
(( Sa circulaire sur la simplification des « services, ses instructions pour le renvoi (( immédiat des embusqués à leurs dépôts (( est le ton du commandement, qui n'admet (( ni les discussions ni les faux-fuyants. On « sent une volonté résolue à obtenir des ré- « sultats, et qui les obtiendra. »
Il y a deux jours, un capitaine de l'armée territoriale a été puni par le ministre de la Guerre de soixante jours d'arrêts de forteresse pour avoir embusqué un soldat du service armé en le faisant désigner comme ordonnance et avoir utilisé dans son service personnel la voiture automobile que possédait ledit soldat.
Il était bon qu'un tel abus fut corrigé avec une extrême rigueur, afm de servir d'exemple.
Plus récemment encore, le général Galliéni, non content de retirer des sections d'étatmajor leurs hommes du service armé pour les remplacer par des auxiliaires, a donné Tordre de diriger sur leurs dépôts les fonctionnaires de son ministère mobilisables, sans en excepter les chefs et les sous-chefs de bureau.
De telles mesures assurées avec une éner-
gie toute militaire feront disparaître en peu de jours la plaie honteuse de l'embuscade qui, en ces derniers temps, avait fait des progrès donnant de graves inquiétudes aux personnes clairvoyantes.
Le général Galliéni vient donc de faire des débuts particulièrement favorables dans le ministère Briand surnommé, par anticipation, le ministère de la victoire. Avec beaucoup d'autres Françaisje partage la conviction que la présence de Galliéni à la tête de l'armée française est une forte garantie de succès militaires sur les divers théâtres d'opérations qui s'offrent à l'activité de nos armes.
Notre nouveau ministre de la Guerre a derrière lui un passé magnifique.
Le P'' septembre 1870, le sous-lieutenant Galliéni combat, à Bazeilles, dans les rangs de la division de Voissoigne composée des quatrebeauxrégiments d'infanterie de marine. Après le désastre de Sedan, le jeune officier est en captivité à Magdebourg, où j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec lui.
Ensuite, c'est pour lui le début des campagnescolonialesau Sénégal. Plus tard, quand l'amiral Gourbetcontinue, suruneplusgrande échelle, les exploits du commandant Rivière en Indo-Chine, Galliéni est au nombre des
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pionniers de la nouvelleconquête. Encore plus tard, dans le grade de colonel, il organise défensivement le haut Tonkin en ayant sous ses ordres immédiats à titre de disciple en colonisation le futur pacificateur du Maroc, le capitaine Lyautey, aujourd'hui général.
Tout le monde sait le magnifique rôle joué par Galliéni en tant que gouverneur de l'île de Madagascar. Là, en quelques années, avec des moyens fort réduits, il a su mettre en valeur cette terre de Madagascar devenue, grâce à lui, un des joyaux les plus précieux de notre empire colonial.
Je ne dirai que ceci des situations militaires du temps de paix occupées par le général Galliéni avant la guerre de 1914-1915. Soit à Marseille, soit à Lyon, soit au Conseil supérieur de la Guerre, soit enfin aux grandes manœuvres d'armées de 1912, notre nouveau ministre de la Guerre s'est montré supérieur à ses fonctions et, en 1913, quand il a déposé le harnais, nombreuses ont été les manifestations de regret de ses anciens subordonnés.
Mais, de graves événements n'allaient pas tarder à occasionner, pour le général Galliéni, maintenant en activité sans limite d'âge, une prise de commandement en rapport avec ses hautes capacités.
C'est ainsi que, lors du remaniement ministériel du 26 août 1914, le général Galliéni devint gouverneur de Paris.
Qui ne connaît sa belle et forte proclamation du 3 septembre 1914 aux habitants de Paris contenant ces deux phrases, désormais historiques ? « J'ai reçu le mandai de défen- « dre Paris conlre l'envahisseur. Ce mandai, « je le remplirai jusqu'au bout. »
A ce moment, et alors que les membres du gouvernement de la République venaient de quitter Paris pour donner une impulsion nouvelle à la défense nationale, la capitale de la France était à la veille d'être attaquée, ou tout au moins investie, par les armées allemandes victorieuses à la bataille de Charleroi (21 au 24 août) et qui, depuis lors, n'avaient cessé de progresser vers le sud.
Le 1^"" septembre, la sixième armée, mise à la disposition du général Galliéni, était réunie au nord de Clermont, où elle reçut du gouverneur de Paris l'ordre de couvrir, au nord, les défenses de la capitale.
La sixième armée dépendait également du général Joffre, commandant en chef de toutes nos forces, qui s'occupait alors de ramener ses armées principales au sud de la Seine en amont de Paris.
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C'est la sixième armée, ou armée de Paris, commandée par le brave général Maunoury, successeur actuel de Galliéni au gouvernement militaire de Paris, qui a permis à celuici de préparer la bataille de TOurcq, puis de la diriger de telle sorte que les succès remportés du 7 au 10 septembre 1914 par l'armée de Paris ont entraîné ceux qui ont décidé de la victoire de la Marne.
La bataille de l'Ourcq est aussi et surtout une bataille-manœuvre dont l'inspiration est toute à rhonneur du général Galliéni, comme on peut s'en convaincre par la lecture de l'étude que j'ai publiée de cette bataille, dans La Renaissance du 4 septembre dernier.
Cela est loin de signifier que la gloire acquise par Galliéni sur l'Ourcq soit de nature à obscurcir la gloire plus grande encore du général en chef sur la Marne.
Je ne veux pour preuve de ce que j'avance que les lignes suivantes de La Renaissance du 13 novembre dernier, oii son excellent directeur, mon ami Henri Lapauze, raconte ceci :
c( Lorsque le général Joffre apprit que « M. Briand faisait appel au général Galliéni, « il déclara :
« On ne peut pas faire un meilleur choix.
« Quelques jours après, les deux frères « d'armes se rencontrèrent. Sait-on quel fut « leur premier mouvement à tous deux?
« Ils se donnèrent l'accolade. »
Tromperies impériales
Aussi longtemps que l'auteur responsable de la guerre actuelle a cru au succès des formidables attaques allemandes dirigées contre la Belgique et le nord de la France, il a hautement manifesté ses sentiments mégalomanes, ne tendant à rien moins qu'à placer le monde civilisé sous la domination du peuple allemand, considéré comme l'élu du vieux Dieu.
Après la victoire française de la Marne et le succès de nos armes en Flandre et sur l'Yser, quand il eut constaté les échecs successifs de ses armées sur le front occidental, le Kaiser adopta une autre antienne, jurant, mais un peu tard, que, loin d'avoir voulu la guerre, il n'avait fait que repousser l'agression des ennemis de l'Allemagne et que ses troupes, aux derniers jours de juillet 1914, étaient parties pour une guerre défensive.
Ainsi que les Allemands du temps présent, tous plus ou moins inféodés à l'école de Bis-
marck, Guillaume liment comme il respire, sans y penser et pour répondre à un besoin naturel. Pour lui, la vérité n'existe que si elle se confond avec le but du moment.
A défaut de succès sur le théâtre principal, qui est le front occidental, le Kaiser en invente, dans l'espoir de maintenir au plus haut point le moral de ses sujets. Et cet espoir se réalise assez bien^ grâce à l'incroyable crédulité des Allemands et à leur fétichisme pour l'empereur.
Le moyen jugé le plus efficace pour répandre les mensonges du gouvernement allemand sur la guerre consiste à truquer les communiqués du grand état-major.
C'est ainsi que, pendant la retraite de Gharleroi, les communiqués allemands ont passé sous silence l'affaire de Guise, si glorieuse pour l'armée que commandait alors le général Lanrezac, et que, même après notre grande victoire sur la Marne, le grand étatmajor allemand est resté muet sur ce fait de guerre.
Non content d'imposer au grand état-major le devoir de rédiger des communiqués manifestement inexacts dans le but de répandre dans le public la conviction que les armées allemandes sont invincibles, l'empereur s'est