‹ Les conditions de la guerre moderneChapitre 34 sur 53 · TROMPERIES IMPÉRIALES · texte numérisé non relu

TROMPERIES IMPÉRIALES

mais elle l'a autorisé dans une certaine mesure à tenter la fortune des armes dans une grande action offensive.

La bataille deCharleroi a répondu. Si cette bataille a procuré aux Allemands un succès passager, notre capacité combative n'en a pas été diminuée, à preuve la victoire de la Marne, précédée de la bataille-manœuvre de rOurcq, quia fait ressortir de façon indiscutable la supériorité morale des troupes anglofrançaises sur les troupes allemandes.

L'incorporation de la classe 1917

La classe 1916, appelée le 12 avril dernier, compte sept mois de services, mais elle n'a pas encore été au feu et restera encore un certain temps aux dépôts avant d'être versée dans les formations de guerre.

C'est maintenant à la classe 1917 d'être incorporée, en vue de jouer dans l'ensemble le rôle de réserve de recrutement dévolu, depuis sept mois, à la classe 1916.

Il avait d'abord été question d'incorporer la classe 1917 au mois de novembre 1915, mais des questions d'hygiène ayant fait reporter cette opération à une date ultérieure, le nouveau ministre de la guerre — général Galliéni — a dû insister pour que la date du 15 décembre fût proposée par la commission de l'armée, de façon à permettre aux jeunes soldats de la classe 1917 de participer aux opérations actives à partir du mois de mai

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En fait, l'incorporation de la classe 1917 aura lieu le 5 janvier 1916.

« On ne saurait assez répéter, a dit le rap- « porteur de la loi, qu'en demandant l'incor- « poration le plus tôt possible, le gouverne- (( ment (ministre de la guerre) n'a pas pour « cela l'intention de jeter, dès le moi de mai^ « ces jeunes gens sur la ligne de feu et, la « preuve, c'est que la classe 1916 est encore « intacte. »

L'instruction militaire de la classe 1917 sera faite, comme pour la classe 1916, avec beaucoup de ménagements, le haut commandement ayant le plus grand intérêt, dit le rapporteur, à ménager le merveilleux appoint fait d'enthousiasme et de jeunesse que donne une classe composée de pupilles dont le plus vieux n'a pas encore vingt ans.

Le rapporteur, le lieutenant-colonel Driant, depuis quinze mois sur le front, a fait ses preuves d'éducateur, alors qu'il commandait le P"" bataillon de chasseurs. Les conditions qu'il préconise pour le casernement, l'habillement, l'alimentation, l'instruction des jeunes gens de la classe 1917 et les soins hygiénique à leur donner, sont chez lui le fruit d'une longue expérience et méritent qu'on s'y attache.

Mais, en toutes choses « la lettre tue et r esprit vivifie ».

Les officiers désignés, dans chaque dépôt, pour assurer l'instruction et l'éducation militaires des jeunes soldats de la classe 1917 devront s'inspirer de l'esprit des règlements en vigueur pour cultiver, au mieux des circonstances et des moyens dont ils disposent, les qualités de dévouement et d'entrain qui sont l'apanage des jeunes Français de l'heure présente. L'administration militaire fera tous ses efforts, dans le sens des précautions d'ordre matériel, pour maintenir les jeunes soldats en bonne santé et leur faciliter un entraînement efficace, qui soit exempt de longues marcheset, en général, de toutes performances athlétiques.

L'entraînement physique d'un groupe de jeunes hommes n'a pas pour objet de faire ressortir les qualités brillantes des plus aptes. Son but, plus modeste et aussi plus pratique, consiste à éleverleniveauduplus grand nombre en se basant sur les aptitudes des moins bien doués.

Les jeunes soldats de la classe 1917 seront préparés aux diverses missions qu'ils auraient à remplir si la guerre de mouvement succédait prochainement à la guerre de siège en

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rase campagne que nous subissons depuis la mi-septembre 1914.

Cette guerre de siège est, à mes yeux, une exception qui n'enlève rien aux principes et aux procédés de la grande guerre.

Toutefois, l'activité combative de nos troupes pouvant avoir à s'exercer longtemps encore en des opérations de tranchées, il me paraît nécessaire d'initier pratiquement les jeunes soldats au rôle qu'ils auront à jouer ^ soit comme guetteurs, soitcomme sentinelles avancées, soit comme patrouilleurs, en ayant à se porter d'un point à un autre par un cheminement défilé aux coups et aux yeux de l'ennemi. C'est aux officiers éducateurs à se mettre en frais d'imagination pour donner à l'instruction guerrière une variété et un intérêt qui en doubleront le prix.

Les exercices pratiques, pour porter tous leurs fruits, doivent se rapprocher autant que possible de la réalité. Ainsi, le port du sac avec chargement progressif exige une grande attention de la part des instructeurs. Je dirai de même que le port du casque Adrian n'est pas indifférent, car il répond, bien ou mal, à son objet, suivant qu'il est coiffé d'une façon ou d'une autre.

M. Maurice Barres, dont la sollicitude pour

nos soldats se traduit par de si beaux accents, a écrit :

« Le casque protecteur de la tête, c'est bien, « mais il faut accroître encore la protection « individuelle du fantassin. Tout doit être « étudié, tenté pour ceux que cette guerre <( effroyable oblige à des attaques si meur- « trières. »

Le « paraballe Lacrotte », protégeant le cœur et le creux de la poitrine, et dont le poids n'excède pas trois kilogrammes, semble répondre au vœu qui précède, sous la réserve que cet appareil de protection soit réservé à la guerre de tranchées.

Un autre objet de haute importance consiste à donner connaissance aux recrues des principaux événements de cette guerre et aussi de ceux qui ont marqué dans la guerre de

Ces deux guerres ont pour lien commun la haine que les Allemands portent à la France depuis plus d'un siècle. Il est bon que nos jeunes soldats soient instruits des iniquités de la race abjecte constituée par le peuple allemand.

A ce titre, les officiers éducateurs militaires auront intérêt à faire connaître autour d'eux la récente brochure de M. Paul de Leoni,in-

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titulée : Deux dales^ où sont décrites sommairement les ignominies de l'Allemagne à l'égard de la France en 1870 et en 1914, avec cette différence qu'en 1870 les Allemands étaient assm'és du succès tandis qu'en 1914 c'est le contraire.

L'unité de direction

Napoléon a écrit : « Rien n'est plus impor- « tant à la guerre que l'unité dans le com- « mandement. Aussi, quand on ne fait la « guerre que contre une seule puissance, il « ne faut avoir qu'une seule armée n'agis- « sant que sur une seule ligne et conduite « par un seul chef. »

Et le maître de la guerre moderne a cru devoir ajouter :

« A force de disserter, de faire de l'esprit, de tenir des conseils, il arrivera ce qui est arrivé dans tous les siècles en suivant une pareille marche, c'est qu'on finit par prendre le plus mauvais parti, qui, presque ( toujours, à la guerre, est le plus pusillanime ou, si l'on veut, le plus prudent. La vraie sagesse, pour un général, est dans une détermination énergique. »

En affirmant qu'il ne faut avoir qu'une seule armée contre un adversaire unique. Napoléon raisonnait d'après les moyens d'ac-

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tion de l'époque où il vivait. Mais, quand parut le décret du 28 octobre 1913 sur la conduite de la guerre, ses auteurs eurent en vue la désignation d'un général en chef par théâtre d'opérations, sous la réserve que « la majeure partie des forces nationales serait dirigée contre l'adversaire principal ». Et cet adversaire, dans l'esprit des auteurs du décret, serait, inévitablement, l'armée allemande.

C'est dans ces conditions que, du fait de l'Allemagne, la guerre actuelle a éclaté, en août 1914.

Les opérations ont été dirigées, de notre côté, par le général Joffre, investi du commandement en chef des armées du Nord-Est qui forment la majeure partie de nos forces nationales.

Tant que cette guerre n'a eu qu'un seul théâtre, l'organisation du haut commandement français résultant du décret du 28 octobre 1913 a paru suffire à tous les besoins ; mais notre alliance avec l'Angleterre, la Russie et, un peu plus tard, l'Italie, a fait naître des théâtres d'opérations secondaires, sur lesquels ont commandé en chef des généraux indépendants du généralissime français. 11 en est résulté des divergences de vues et de

moyens, préjudiciables à la poursuite du but commun auquel tendent les forces alliées, je veux dire la victoire finale.

Ces inconvénients n'ont pas échappé à notre nouveau ministre de la Guerre, le général Galliéni, lequel a présenté, à la date du 2 décembre dernier, au président de la République, un rapport aux termes duquel l'unité de direction indispensable à la conduite de la guerre ne pouvant être assurée que par un seul, le général Joffre doit être investi du commandement en chef des armées françaises.

En fait, nos armées opèrent sur deux théâtres fort éloignés l'un de l'autre, qui sont le théâtre des opérations occidentales et celui du front balkanique.

Les opérations sur le front occidental sont communes aux Français, aux Anglais et aux Belges, étroitement unis, et répondent à leur effort principal. On peut donc penser, suivant l'expression de M. Maurice Barrés, que « la guerre en Orient est fonction de la guerre en France », ce qui revient à dire que l'une est subordonnée à l'autre.

A ces trois puissances, il convient d'ajouter l'Italie, venue un peu tard à l'alliance européenne contre le monstre germanique.

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