A SALONIQUE
Le camp retranché de Salonique, que l'on croit dès aujourd'hui à l'abri des insultes de l'ennemi, ne doit donc pas exciter nos alarmes, car il tiendra aussi longtemps que nous voudrons en usant nos adversaires bien plus efficacement qu'ils ne peuvent le faire à notre égard.
Depuis quelques jours, onlit dans la presse de nombreux rapprochements entre la situation nouvelle de notre armée d'Orient dans le camp retranché de Salonique et le rôle joué au Portugal par l'armée de Wellington défendant les lignes de Torrès-Vedras.
Les deux situations n'ont entre elles qu'un rappport apparent.
11 s'agissait, pour Wellington, en octobre 1810, d'empêcher l'armée française commandée par Masséna de venir s'emparer de la capitale du Portugal, située à l'embouchure du Tageet abritant la flotte de transport des troupes anglaises.
Précédemment, alors que l'armée de Masséna était encore occupée à des sièges de places fortes voisines de la frontière hispano-portugaise, Wellington avait fait construire secrètement les lignes de Torrès-Vedras par des paysans portugais dont les travaux étaient dirigés par des officiers du génie anglais, et
il avait pourvu à l'armement de ces lignes avec les nombreux canons de marine entreposés dans l'arsenal maritime de Lisbonne.
Il en résulte qu'au mois d'octobre 1810, quand Masséna commença l'invasion du Portugal en venant deCmdad-Rodrigo, les lignes de Torrès-Védras étaient déjà armées, sans que Masséna, et même Napoléon en eussent le moindre soupçon.
Ces lignes fameuses, au nombre de trois disposées en échiquier, défendaient les abords septentrionaux de la capitale sur une profondeur de plusieurs lieues et couvraient la baie de Saint-Julien où, en cas de nécessité, devait s'effectuer le réembarquement des troupes anglaises.
Wellington disposait d'environ 70.000 hommes, dont 30.000 Anglais et 40.000 Portugais. L'armée de Masséna n'était forte que de 50.000 hommes.
Le 10 octobre 1810, au moment où l'armée de Masséna se disposait à attaquer les arrièregardes anglaises en retraite, celles-ci disparurent derrière la première des lignes de Torrès-Védras dont l'existence n'était même pas soupçonnée par les Français.
Les lignes en question parurent si formidables à Masséna qu'il ne songea pas un seul