LA RETRAITE SUR LA MARNE
de la guerre moderne, en sorte qu'au mois d'août 1914 il était prêt à fonctionner dans de bonnes conditions.
Sans doute, les forces morales innées ou progressivement accrues exercent une grande influence sur le résultat des opérations en campagne, concurremment avec l'instruction guerrière des états-majors et des troupes, mais elles ne suffisent pas à assurer la victoire. Il faut y joindre une préparation matérielle aussi complète que possible, autrement dit, la disposition des engins les plus perfectionnés.
Sous ce dernier rapport, les Allemands nous étaient très supérieurs au moment oii cette guerre a éclaté, mais depuis, et grâce à l'arrêt dans les opérations actives que nous subissons depuis sept mois, nos défauts d'ordre matériel ont été amplement corrigés.
On sait à quel point l'espionnage et le contre-espionnage sont encouragés par le gouvernement de Berlin dans toutes les classes de la société allemande, tandis qu'en France le métier d'espion est entouré d'une considération très relative.
Il en résulte que l'état-xnajor teuton, avant la guerre de 1914, était au courant de nos projets, alors qu'il n'avait laissé surprendre
aucun des siens. C'est comme si l'un des joueurs, dans une partie de cartes, voyait le jeu de son partenaire tandis que l'autre serait privé de cet avantage.
Cette inégalité d'informations explique comment nos adversaires ont pu envahir la Belgique par le nord en négligeant notre front défensif appuyé sur Verdun, Toul, Epinal, Belfort, et affecter, sans que nous nous en doutions, leurs corps d'armée de réserve et de landwehr aux opérations actives de première ligne.
Les conditions imprévues pour nous de l'invasion de la Belgique par les Allemands ont eu pour effet d'attirer la majorité de nos forces et l'armée anglaise au secours des Belges sur la Sambre, qui coule de Maubeuge à Namur.
L'ordre consécutif de prendre l'offensive contre les Allemands a déterminé la bataille de Charleroi.
Le 25 août, après quatre journées de luttes opiniâtres où Anglais et Français avaient rivalisé d'ardeur contre un ennemi très supérieur en nombre, il fallut se rendre à l'évidence : nous étions battus. Mais, alors, s'est affirmée là supériorité morale des troupes anglo-françaises, en ce sens que, chez elles,