FORMATION DES GÉNÉRAUX
« enfin, il aime ses soldats, en est aimé et (( s'occupe de leur conservation, de leurs intéc( rets, de leur bien-être, alors il réunit toutes « les qualités qui permettent le succès. »
Gomme on le voit par la citation qui précède, le général Pelet, en fidèle historien de l'épopée napoléonienne, ne tenait compte chez un chef de rang élevé que de ses qualités intellectuelles et morales innées auxquelles venaient s'ajouter les qualités de caractère aiguisées par la guerre elle-même.
Les généraux de la République et de l'Empire, les seuls dont se soit occupé le général Pelet, ayant été formés uniquement à l'école de la guerre, il ne pouvait être question, aux environs de l'année 1830, de la formation des généraux par le moyen des travaux du temps de paix.
Or, à l'époque moderne, le temps de guerre est devenu l'exception, le temps de paix la règle.
Je vais montrer à grands traits que, de nos jours, les travaux du temps de paix, convenablement organisés, peuvent suffire à former les généraux, et cela au point que, tout récemment, de vrais hommes de guerre se sont révélés qui, auparavant, n'avaient pas fait campagne.
282 LES COiNDlTIONS DE LA GUERRE MODERNE
Déjà au printemps de 1866 les généraux prussiens, à quelques exceptions près, avaient fait leur entrée sur les champs de bataille de Bohême, sans posséder la moindre expérience de la guerre réelle, en n'ayant à leur actif que des travaux de préparation convenablement dirigés et poursuivis avec un zèle inlassable.
En 1870, les généraux français et leurs états-majors se montrèrent inhabiles à conduire les troupes en grandes masses, et cette infériorité résultait de leur ignorance de la guerre napoléonienne ou, ce qui revient au même, de l'insuffisance de leur instruction tactique.
Notre Ecole Supérieure de Guerre, fondée en 1876, a, au moins en partie, corrigé ce défaut, mais elle n'est pas arrivée d'un seul coup au résultat que l'on sait, car ce n'est guère qu'à partir de 1880 que la tactique appliquée et la stratégie y ont tenu la place prépondérante qu'elles occupaient dans son enseignement lorsque la guerre de 1914 a éclaté.
Les généraux qui commandent actuellement sur le front de nos armées sont, en majorité, des hommes de cinquante à soixante ans, ayant presque tous suivi, entre 1880 et
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1890, les cours de l'Ecole Supérieure de Guerre.
Les dirigeants de cette guerre sont tenus de garder l'anonyme, dans le but de dérouter les investigations de l'ennemi, mais, outre que cette mesure de précaution semble passablement illusoire, le gouvernement luimême y a fait exception dans plusieurs circonstances en faisant connaître publiquement les noms de certains généraux.
Ainsi, tout le monde, en France, sait que des groupes d'armées, des armées, des corps d'armée et des divisions sont commandés par des chefs comptant parmi eux les généraux Joffre, de Castelnau, Pellet, Foch, Gouraud, Humbert, Marchand, Balfourier, Nourrisson et Pétain, lequel, la veille de la guerre de 1914, était encore colonel et se disposait à prendre sa retraite par limite d'âge (à 60 ans), au mois de juillet 1915.
En 1870, l'étude de la tactique générale, dans notre armée, était sommaire et purement théorique; beaucoup même en ignoraient la véritable signification. Entre 1871 et 1914, on a fort heureusement comblé la lacune, et chacun a pu lire, dans les citations à l'ordre de l'armée, la part très grande faite aux aptitudes tactiques des officiers cités.
La tactique, à la fois science et art, vaut surtout par la pratique, ainsi que toutes les sciences expérimentales.
Le sens tactique se développe chez l'officier bien doué, à la suite d'exercices bien dirigés, fréquents et suivis avec une ardeur soutenue.
A l'époque moderne, les guerres étant rares, sinon courtes, c'est entre trente et quarante ans que doit se former le sens tactique des futurs généraux, parce que, plus vieux, l'homme devient plus sensible aux excitations cérébrales.
Il est bon aussi, pour l'officier destiné aux étoiles, de profiter de ses années de jeunesse pour faire des campagnes coloniales avant le moment jugé opportun pour la formation du sens tactique. L'enseignement de la tactique générale préparatoire à la formation du sens tactique chez les officiers détachés à l'Ecole Supérieure de Guerre doit sa méthode au général Maillard, qui professait à cette école entre 1880 et 1890, en même temps que le général Langlois, le général Cherfils et celui qui écrit ces lignes.
Sa méthode, Maillard l'avait qualifiée de Méthode des cas concrets. Elle n'a cessé d'être appliquée, à l'Ecole de Guerre et à l'état-