CONTRE LES « CLÉMENCES D'IÉNA
2 octobre 1914.
Un mot courait l'Allemagne impériale de Guillaume P"" et de Guillaume II : « on ne nous aime pas. )) Quelle erreur! Quelle ingratitude! Il fut, au moins un lieu du monde où la tendresse pour l'Allemagne est allée, ces derniers vingt ans, non seulement jusqu'à l'amour-passion, mais jusqu'aux formes les plus touchantes de ce pur amour aveugle fait d'abnégation, qui souffre, presque sans murmure, de la part de l'objet aimé, tous les abus de confiance les plus formels et toutes les plus flagrantes duperies : ce lieu du monde, c'est le cercle des dirigeants du socialisme français. Nous ne nous permettons pas de railler un sentiment sincère, nous n'en tirons aucun reproche, mais nous en prenons acte pour expliquer bien des erreurs, en empêcher d'autres peut-être.
Témoin des lâches atrocités de Senlis, Compère- >.îorel se révolte. Edouard Vaillant gronde et menace ; mais, même chez eux, la cendre de l'amitié trahie, de l'amitié perdue est restée chaude encore. Que dire de ceux qui ne sont pas tout à fait désillusionnés! Et comment expliquer leur état d'esprit, si ce n'est par un pli profond des intelligences habituées à penser d'accord avec les condisciples des compatriotes de Marx, cet élève direct de Hegel, qui fut le plus allemand des esprits allemands qui aient vu la lumière du ciel?
2r.S LA FRANGE SE SAUVE ELLE-Mf^ME.
Ces généalogies intellecluelies se complètent par (les généalogies physiques : Lafargue et Longuet épousèrent les deux filles de Karl Marx : avant Jaurès n'ont-ils pas beaucoup aidé à l'élimination des influences proudhoniennes, au règne i-ncontesté du Marxisme par les socialistes de notre langue et de notre sang?
C'est pourtant à Proudhon qu'il faudrait revenir pour débattre entre Français, qu'on soit nationaliste, qu'on soit socialiste, la question du sort futur de l'Allemagne vaincue; c'est aux brochures lumineuses comme le Rhin ou la Fédération en Italie que l'on trouvera la solution complète. Cette solution est traditionnelle : je le déplore pour les socialistes; mais elle est humaine et paisible; aucun nationaliste ne le déplorera.
M. Jean Longuet, petit-fils de Karl Marx, se fait précisément l'organe des inquiétudes de ses amis dans YILumanité. Il nous cite deux phrases d'un journal anglais. Il en résulterait, selon M. Longuet, que nous voudrions « ou tuer tous les Allemands », ou € occuper leur pays d'une manière permanente » , ou enfin « substituer une tyrannie à une autre ». Ni l'occupation permanente, ni la tuerie en masse, ni la tyrannie ne furent jamais préconisées par Proudhon ni pratiquées par les rois de P>ance. Il s'agit de procéder à une redistribution de l'Allemagne telle que ces nations orgueilleuses et perfides puissent vivre sans être en état de nuire.
Les amants obstinés de la Germanie peuvent toujours trembler qu'on ne lui fasse du bobo. Mais je vois avec plaisir des tendances plus viriles se faire