POUR ÉVITER LES GUERRES
On continue à vilipender notre grand ami Junius et à tenter de soulever contre lui les mères, les sœurs et les épouses. Il a dit que cette guerre ne lui paraissait pas la dernière : on l'accuse de vouloir la perpétuer ou la renouveler. Il a déploré qu'on l'ait rendue inévitable en nous maintenant dans l'état de faiblesse qui appelait l'aggression; on lui fait honte
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de cette extrême férocité, qui, si elle eût été écoutée, aurait pourtant sauvé des milliers de vies humaines et françaises... Admirable procédé de discussion! Celui qui voit arriver un taureau furieux et qui a le malheur de crier « prenez garde à vous » est luimême traité d'enragé et de monstre!
Cette philosophie qui confond perpétuellement l'objet vu avec l'œil qui voit représente sans doute une des plus cruelles maladies qui aient désolé l'esprit français. Il en guérit progressivement. Mais une partie du monde révolutionnaire en demeure encore atteinte. C'est dans la Bataille syndicaliste d'hier que l'on traitait de duperie, et formidable encore, le vieil adage d'après lequel celui qui veut la paix doit se préparer à la guerre. Écoutez le nouveau remède qui guérira : pour préparer la paix, il faut commencer par la décréter, par la déclarer « dans tous les pays à la fois ». Mais pour que tous les pays à la fois la décrètent et la déclarent, on ne nous enseigne pas le moyen. C'est, en effet, le grand problème du grain de sel qu'il faut poser sur la queue de l'oiseau pour le capturer à coup sûr.
Nous persistons à penser que, l'expérience du pacifisme international ayant raté en 1914. plus complètement encore qu'elle n'avait raté en 1870, il conviendrait de se souvenir des expériences inverses, celles qui ont réussi. Nous avons eu la paix en 1905 en cédant à Guillaume le portefeuille de Delcassé et la conférence d'Algésiras. Nous avons eu la paix en 1911 en lui cédant la moitié du Congo. Nous aurions eu la paix en 1914 en lui cédant d'abord l'alliance russe, puis nos colonies, puis notre sous-sol, puis de
larges provinces de notre sol, puis Tobéissance absolue de nos hommes, de nos femmes et de nos enfants, y compris leur spoliation intégrale, y compris leur disparition du monde vivant.
Si l'on trouve que ces conditions sont dures et que cette paix-là ressemble au repos éternel, une autre solution subsiste très ancienne, mais toute neuve, toujours vaillante et prête à servir : — Tenir en bon état nos armées de terre et de mer; ne pas laisser s'élever à nos frontières une barbarie allemande trop unie, trop compacte, parla trop influente ; être fortement organisés à l'intérieur.
Ce système nous a réussi pendant quelques siècles.