LA PROTESTATION DES UNIVERSITÉS
On trouvera plus loin un résumé de la réponse faite aux universités allemandes par nos universités d'État. C'est un document convenable que nous aurions voulu complet et parfait. Il n'est pas complet, ne portant pas les signatures des représentants des universités catholiques. Il n'est pas parfait, faute d'être exact. Ceux qui reprochent à la science aile mande de s'être mise au service ordinaire et extraordinaire de l'État ont eu le tort de s'exposer à un reproche symétrique tout aussi grave. Nous avons fait observer ici le 17 octobre : en esquivant la droite fdiation kantienne et luthérienne de Fichte, afin de sauver notre tradition révolutionnaire de son ascendance allemande, M. Boutroux a bien mérité de l'État républicain; a-t-il bien mérité de la vérité et de la patrie? Cette filiation qui gêne le régime dans ses hommes, dans son esprit, dans ses institutions, est également esquivée dans le manifeste de nos universitaires. On y prétend que le pangermanisme a rompu les traditions de l'Allemagne de Leibniz, de Kant et de Goethe. Or, le pangermanisme rompt si peu les traditions de Kant (ju'il les contient. C'est un fait que ne peuvent gratter ni les dénégations ni les signatures dont on les orne. Le nom, l'œuvre de Fichte établissent cette continuité, qui est confirmée de mille manières, qui
n'est infirmée par rien, qui est simplement recouverte et voilée par des vues de parti. Quelque intérêt qu'ait le parti des pangermanisants d'hier à la cacher, cette continuité finira bien par être sentie et vue par la simple et honnête raison qu'elle existe, et qu'en outre tout contribue à la faire repasser, en traits de feu et de sang, sous les yeux de tous.
Nous avons félicité l'Académie française et l'Académie des sciences de la pureté bien nationale des déclarations qu'elles ont publiées. Nous ne pouvons accorder la même louange à la déclaration des Universités. Nous le regrettons vivement. Un autre que nous, anonyme, expliquera ce regret avec une clarté et un éclat qui nous dispenseront d'y rien ajouter. Voici ses paroles, d'une admirable justesse, elles retombent de tout leur poids sur les admirateurs de la « tradition de Kant » :
Nous faisons la guerre à l'Allemagne sur le terrain militaire et économique. Il faut que nous la lui fassions dès aujourd'hui sur le terrain de la pensée. L'activité est encore grande des propagandistes qui mettent au-dessus de tout la méthode teutonne, la science germanique, qui parlent avec une sorte de respect superstitieux de la supériorité allemande. Méfions-nous de ces apôtres à la parole dorée. Ils ont tôt fait de retrouver la haine qu'ils nous portent sous la couche fragile de leurs beaux sentiments humanitaires.
L'auteur de ces fortes paroles ne les a pas signées. Pour qu'il ne soit pas pris pour un suppôt du Gesu de Rome, je me hâte de dire qu'il appartient à la rédaction de la très radicale Dépèche de Toulouse où cette page excellente a paru.
La vérité échappe donc !