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A LA SORBONNE. — DE LA FORCE

Il nous est également impossible d'accorder la j môme admiration aux paroles dites en Sorbonno i jeudi. La Sorbonne, on ne le l'ignore pas, esl une j grande blessée. Elle a élé blessée par l'Allemagne, l non dans la guerre, mais dans la paix. L'une des i principales opérations d'avant-guerre aura été de ] s'emparer de l'illustre place forte universitaire et ; d'y installer un culte insensé de l'esprit germain. ! Ses principaux maîtres, ceux qui la dirigent encore j aujourd'hui, M. Croiset, M. Séailles, ont germanisé \ à l'infini. Sont-ils guéris? Sont-ils seulement en con- i valescence? Jeunes gens, jeunes gens, nous ne pou- j vous aimer à vous induire en défiance contre dos j maîtres. Ces maîtres ont été des adversaires; ils; sont vaincus, terriblement vaincus par révéncnitiit : i sans parler du respect dû aux chaires où ils siègent, i ils méritent un traitement plein de générosité qui j doit aller, s'il est possible, Jusqu'à l'affection. Mais j la critique peut être affectueuse, et nous ne saurions ^ laisser passer la leçon d'ouverture, prononcée par \ M. Croiset, sans en faire sentir les deux ou trois; erreurs profondes, persistantes et sans doute vou-^ lues. L'éloge qu'en fait M. Séailles dans les jour-*1 naux établit que l'intervention chirurgicale fera du \ bien.

Ces messieurs ne prononcent ni n'écrivent j)lus j un mot sans s'élever contre le culte de la force et i contre la force elle-même, identifiée ou non à la ^ force brutale. Il ne faut pas laisser courir sur cette i pente. Il n'y a pas à diviniser la force, il n'y a pas à i

l'avilir non plus. La force est bonne en soi. — Oui, d'accord, la force au service du droit. — Non : pas d'accord sur des confusions!... Accordons-nous sur des idées nettes. Le service, bon ou mauvais, auquel on met la force, c'est une question ; le prix de la force en soi est une autre question. Nous parlons de la force pure. Moralement, la force est une vertu ot, physiquement, c'est un bien. — Il ne faut pas en abuser. — Il ne faut abuser de rien, ni du vin, ni de l'eau, ni de la viande, ni du pain, ni même, saint Paul l'a dit, de la sagesse. Mais mettre les jeunes Français en défiance contre la force, c'est les affaiblir et, en un sens, les trahir, à cette heure où ce qui presse, c'est de leur inspirer le désir d'être forts, à tous les points de vue, et de rechercher les conditions naturelles de la puissance, tant pour leurs personnes que pour leur pays.

Mais, disent les professeurs, c'est ce qu'on enseigne en Allemagne.

Nullement. Ce que l'Allemagne enseigne, consacre et admire, ce n'ost pas la force en tant que force, c'est la force en tant qu'allemande. La défiance de la force peut paraître un état d'esprit inoffensif : un peu fouetté et stimulé, ça conduit à siffler le drapeau, à conspuer les < galonnés », à refuser des canons et des munitions à l'armée. ... On me permettra de dissuader nos professeurs de placer de nouveau la Sorbonne dans ce courant : le plus bel héroïsme du monde pourrait bien ne pas nous sauver cette fois. Vive la France signifie vive notre Force française. On invoque la Grèce? Rome? C'étaient des peuples très forts.

414 LA FRANCR SEJSAUVE ELLE-MÊME. \

On n'a peut-être pas été non plus très heureuse- i

ment inspiré en Sorbonne quand on a loué presque \

sans mesure cet esprit de finesse, qui est fait de ]

mesure, et qui, sous peine de languir et de périr, |

appelle son complémentaire, l'esprit de géométrie, j

C'est de rigueur, c'est de logique, c'est de clarté ;

rationnelle qu'ont besoin nos jeunes générations l

combattantes. Si l'on est convaincu que la Révolu- \

tion est le terrain de notre évolution historique et j

qu'elle a condensé la philosophie traditionnelle de la ^

France, qu'on le dise, et surtout qu'on essaye de le ]

prouver; mais il importe d'éviter de prouver faible- j

ment ce hurlant paradoxe, car il est trop certain que \

la Déclaration des Droits exprime Rousseau et Luther, ;

c'est-à-dire un retour à l'individualisme barbare de l

source germanique, et la Terreur exprime une autre i

barbarie, à peine un peu plus sauvage et de même '

origine, Enfin, mêler, confondre les vainqueurs de J

Bouvines, qui ont sauvé le Pape, et la Révolution 1

qui l'a emprisonné, Jeanne d'Arc qui a reconquis le j

territoire, et les Napoléon qui l'ouvrirent trois fois, j

unifier ces contraires au moyen du terme flottant 1

et vide d' « idéalisme », c'est peut-être une rhétorique J

ingénieuse, mais je dois dire qu'elle vient tout droit ]

d'un certain Hegel, qui n'était ni Anglais, ni Belge, j

ni Russe, ni Serbe, pas même Français. ''

Et puis, eu vérité, tout cela, ce n'est pas fort! j

LA QUESTION DES MAGGI-KUB j

Pendant trois mois entiers, nous avons évité d'é- ;

crire ici ces noms. Sans rien nous imposer, on nous \

en avait adressé la prière, ainsi qu'à tous nos con- \

frères parisiens. Bien qu'il n'y eût pas d'obligation, bien que nos adversaires socialistes ne se fussent pas privés d'agir tout autrement, l'idée que nous nous faisions du devoir civique semblait nous obliger plus étroitement qu'eux. Au cours de ces trois mois, j'ai parlé tous les jours, à cette place, de l'ablation par ordre des autorités civiles et militaires des affiches et plaques Kub, fdiales de la Maggi, dans plus de cinquante départements sans les désigner autrement que par des allusions aux articles de Léon Daudet dans lesquels elles étaient dénoncées. Mais si nous pouvons fort bien nous enorgueillir de porter l'esprit de discipline en temps de guerre jusqu'à la duperie, il y a une chose que nous ne pouvons pas : non, par simple scrupule de fidélité à la lettre d'implorations cent fois périmées, nous ne pouvons trahir la France.

M. Compère Morel, qui avec l'Union des Coopératives parisiennes, a pris la suite des affaires de la maison Maggi, raconte dans une lettre parue à VEumanité « qu'à la Sûreté Générale et au ministère de l'Intérieur », on n'a pu « Lui citer. Lui apporter ou Lui donner une seule preuve, voir l'ombre d'une preuve attestant que la Société laitière fran,co-suisse Maggi était une société allemande ou comptait dans son personnel des Allemands, ou bien encore avait pu être incriminée d'un acte anti-français quelconque. » Nous ne savons pas ce que M.Compère-Morel peut appeler preuve ou ombre de preuve. Tout se discute dès qu'on le veut bien. Pourtant, nous donnerons les preuves que demande M. Compère-Morel. Sans doute quand on est venu proposer le caleçon

d'une controverse sur TafTaire Maggi, c'est-à-dire entre les 4 et 51 août derniers, si je ne me trompe, le ministère de l'Intérieur et la Sûreté générale avaient d'autres chiens à fouetter. Ces services auraient pu donner un avis. L'a-t-on donné? A-l-on hésité? Mais M. Compère-Morel est de ceux qu'un avis, môme en temps de guerre, ne contente point. Juge et souverain, il lui fallait la preuve. Il ne l'a pas eue rue des Saussaies. Il l'aura ici. Je la lui donnerais aujourd'hui si j'en avais la place. Ce sera pour demain *.

L Un jugement antérieur aux émotions de la guerre et aux enquêtes de M. Compère-Morel, élaboré Tannée précédente était de nature à satisfaire ce qu'il pouvait y avoir de juste dans les anxiétés de ce député. Les sociétés Maggi sont-elles suspectes? Oui, les sociétés Maggi sont suspectes. Cela est connu, archi-connu, publié, archi-publié, depuis le 2.3 juillet de l'année il)15, date à laquelle le tribunal de la Seine jugea entre les Maggi et nous. Nous accusions les Maggi et ses fdiales d'organiser l'espionnage et l'invasion par tout le pays. Les Maggi nous accusaient de les diffamer. Nous répondîmes que la « diffamation », au sens juridique était certaine, mais, comme elle intéressait la sécurité du pays, exigeait une enquête. Les Maggi, tout en feignant de consentir à cette enquête, faisaient de leur mieux pour s'y dérober, le tribunal le constata. Et l'enquête fut ordonnée.

Elle fut ordonnée en termes caractéristiques. La constitution légale et régulière des Maggi, en tant que société française, était reconnue par le tribunal. Le tribunal énonçait d'avance tout ce que ressassent MM. Compère- Morel et Hervé : conseil d'administration français, employés français, etc. Ce nonobstant, il admettait que toutes ces régularités pouvaient être de pure figuration et qu'il fallait en voir le fond. Et, avant même ([ue l'enquête fut ouverte (elle est à peine terminée, le procès ne l'est pas), le tribunal reconnut (en une partie d'un jugement dont les Maggi n'ont pas appelé et qui demeure acquise), que les Maggi françaises et les Maggi étrangères « sont liées les unes aux autres à raison de leurs origines, de V organisation et du but

commun qu'elles poursuivent »... Au surplus, le jugement accablait si bien les Maggi, et les Sociétés Maggi s'y jugèrent si parfaitement condamnées que, par un acte sans précédent, croyons-nous, dans l'histoire de la presse, im compte rendu falsificateur fut envoyé, sous forme d'annonce de publicité, transmise par l'Agence Paz, à tous les grands journaux de Paris et de nos provinces.

L'or (qui peut tout, en régime capitaliste, n'est-ce pas? Compère-Morel?) un or qui était dès lors très gravement suspect d'être l'or de la trahison, cet or a pu faire cela : dénaturer un acte de justice pour couvrir une entreprise étrangère soumise à enquête, et incriminée d'espionnage non plus par nous mais par la justice elle-même!

Vous cherchiez une preuve ou ombre de preuve. Elle est là, Compère-Morel.

Il fautjoindre à ce genre de preuve, celui qui ressort des mesures de police prises à l'égard des panneaux-réclames des Maggi sur la plus grande partie du territoire.

Nous dirions : sur tout le territoire, comme, en effet, nous le croyons, si nous en avions la preuve matérielle. Nos preuves matérielles se bornent aujourd'hui aux départements dont voici la liste : Aisne, Alger, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Ardennes, Ariège, Aube, Aude, Aveyron, Bouches-du-Rhône, Calvados, Cantal, Charente-Inférieure, Cher, Côte-d'Or, Côtes-du-Nord, Deux-Sèvres, Dordogne, Drôme, Eure, Eure-et-Loir, Finistère, Haute-Garonne, Gers, Hérault, Ille-et- Vilaine, Indre-et-Loire, Isère, Landes, Loire, Haute-Loire, Loir-et-Cher, Loire-Inférieure, Loiret, Lot-et- Garonne, Lozère, Maine-et-Loire, Manche, Mayenne, Haute- Marne, Meurthe-et-Moselle, Morbihan, Nord, Oise, Orne, Pas-de-Calais, Basses-Pyrénées, Hautes-Pyrénées, Pyrénées- Orientales, Rhône, Saône-et-Loire, Haute-Savoie, Seine, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, Tarn, Tarn-et-Garonne, Var, Vaucluse, Vendée, Vienne, Haute-Vienne, Yonne; en tout G3 départements (Action Française du 9 novembre).

Un témoin m'avertit que les affiches et plaques Kub ont été arrachées par les autorités dans les Basses-Alpes : voilà qui est donc établi pour t>4 départements. Cela ne compte toujours pas pour M. Compère-Morel.

M. Compère-Morel me fit la bizarre proposition de terminer cette discussion publique par des palabres privés, je l'envoyai promener (12 novembre 1914).

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