MARCEL SEMBAT AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC
Quant à Sembat, eh bien, voilà Marcel Sembat établi dans cet « organisme collectif » auquel il n souhaité, dans un écrit fameux, de boucher « le trou par en haut » *. La constatation que j'en fais est sans vaine ironie, d'abord parce que l'ironie n'est pas possible en ce moment, ensuite parce qu'en ellemême elle serait absurde. L'effort d'un nouveau Comité de salut public peut et doit réussir à l'heure qu'il est, en raison de l'admirable, de la prodigieuse
1. Voir Faites un roi sinon faites la paix de Marcel Sembat et les parties nouvelles de mon livre Kiel et Tanger (1913).
faveur des circonstances intérieures et extérieures dont il bénéficiera. Léon Daudet vient de vous énumérer les plus saisissantes^ : au travail de TÉtat- Major, au canon de 75, à la renaissance et aux progrès de l'armée russe, s'est heureusement ajouté le précieux accès de démence bien germanique dont Guillaume et son peuple viennent d'être saisis, au point de conjurer l'univers contre leur empire, ensuite le sursaut merveilleux de l'esprit et du sang français. Quatorze ou quinze hommes associés par le danger, scellés étroitement l'un à l'autre par la présence de l'ennemi, peuvent parfaitement suffire, en ce cas donné, à sauver la France. A elle seule la nécessité souveraine leurimpose tous les équivalents, d'une foi, d'une loi, d'un roi : ils peuvent trouver dans l'idée de la revanche, ou dans celle de la résistance, ou dans l'idée plus simple encore de« durer », tous les éléments de concorde et d'unité indispensables à l'emploi discipliné de leurs forces. Ces hommes politiques seront alors dans les mêmes conditions morales que notre État-Major livré à luimême, sans chei réel, pendant quarante ans. Il pourrait leur manquer le soutien, l'adjuvant des habitudes de la hiérarchie militaire ; en échange, ils auront cet incomparable mot d'ordre : « devant l'ennemi ! »