‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 43 sur 207 · DICTATURE · texte numérisé non relu

DICTATURE

Plusieurs de nos confrères avaient d'abord suivi l'habitude gauloise de faire chorus avec quiconque parle contre les chefs : ils donnaient partiellement raison à M. Clemenceau. Les voilà qui s'arrêtent à la vue du chemin où les engageait le meneur radical. Quel chemin? Tout bonnement celui d'une popularité à créer par l'indiscrétion continue el par l'exploitation du mécontentement. Une fois populaire, en des temps agités, à quelle dictature ne peut-on prétendre ? Nos confrères ont paru sentir que la dictature de l'incohérence en 1914 n'aurait pas de meilleurs effets que la dictature de l'incapacité en 1870-1871.

Décidément ils n'en veulent pas. Des articles comme ceux de M. Clemenceau, s'écrie M. Ernest Gaubert (Aclion^ Paris-Midi)^ « inquiètent l'opinion

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fortement.... Ils ne sauraient avoir que deux conclusions : être écoutés et obéis ou être supprimés.... S'il a raison, qu'on l'écoute. S'il a tort, qu'il observe le silence comme nous tous. » C'est la sagesse même. Conseil de guerre ou Conseil des ministres ! M. Gaubert conclut :

Au nom de la Patrie, que M. Clemenceau et le gouvernement se mettent d'accord ! Il le faut. L'opinion est suffisamment inquiète. Il faut qu'elle ait confiance dans ses chefs ! Attendons le nouveau ministère à l'œuvre ! M. Clemenceau a dit qu'il avait confiance dans le généralissime. Attendons ! Sachons attendre. Je sais bi>en que cela est difficile, mais que les anciens nous donnent l'exemple.

« Si un autre journaliste que M. Clemenceau, dit encore M. Gaubert, avait révélé le quart de ce qu'il a révélé, on eût saisi le journal^ ».

D'autre part, M. Bailby constate que M. Clemenceau ne craint pas de troubler le public en manifestant des craintes qui ne sont pas justifiées. Le directeur de V Intransigeant s'étonne « qu'un homme comme M. Clemenceau, qui est souvent bien ren-

1. Parlant de la lettre qui lui avait valu son commentaire, M. Gaubert disait le lendemain :

« Le plus triste commentaire est celui-ci : hier, j'ai vu deux mobilisés en venir aux mains, dans le train de midi, sur la ligne Luxembourg-Limours, à propos des articles de M. Clemenceau et de ses critiques. Ce petit fait peinera certainement le patriote qu'est M. Clemenceau ».

« Dans y Auto, M. Desgrange qui en développant la pratique des sports en France, nous a donné plus de deux corps d'armée, écrit au directeur de l'Homme libre : Vous faites de la mauvaise besogne, en un article simple, de bon sens et de raison. »

seigné », ait pu lancer certaines erreurs pernicieuses. Eh! cela n'est pas étonnant! Nos mots d'erreur et de vérité, d'utilité publique ou de nocuité n'ont pas de sens pour M. Clemenceau. Ce qu'il connaît, c'est son caprice, plus exactement son prurit de parole et d'agitation. Il n'y a rien à faire contre ce processus physiologique. Je lui ai prêté un dessein, parce que, de l'ensemble de ses démangeaisons profondes et de ses velléités superficielles, il se dégage quelque chose qui a pour effet de mettre M. Clemenceau en avant et que l'on a le droit d'appeler une brigue ou une ambition. Mais peut-être qu'il ne s'est môme pas fixé une visée aussi précise. Il parle, il écrit, il se remue, remue les autres uniquement parce qu'il est incapable de se tenir. Celte vieillesse incontinente serait bouffonne en d'autres temps. Mais du moment qu'elle intervient au premier plan sur la scène où se joue la vie de la France, le démolisseur décrépit apparaît dans une lumière tragique. On se dit alors que M. Clemenceau est entré dans la vie politique active comme maire de Montmartre en 1871, et qu'il en est sorti comme premier minisire par les champs de Narbonne et de Villeneuve- Saint- Georges. Fusilleurde généraux, fusilleurdu peuple, ce seraient là pour lui deux bonnes raisons de se tenir coi.

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