LA PRESSION ORIENTALE GAGE DE VICTOIRE
n'ayant cessé d'accaparer les meilleures forces de la coalition, semble retentir en juin aux champs de Fleurus quand Fempereur d'Autriche et le roi de Prusse étaient d'accord pour estimer que le « véritable théâtre des opérations » était en Pologne! Dès lors, la paix se dessina des Alpes au Rhin.
Il serait inutile de prolonger la démonstration. Elle est irréfutable pour les trois premières années où nos moyens d'action militaires n'étaient pas encore trempés par l'expérience. Et cette preuve fonde pour nous la plus sûre des espérances. La Législative et la Convention n'étaient appuyées à l'Orient de l'Europe que par la discorde des conquérants et la noble, la frémissante volonté de vivre du peuple dépecé. Il y a mieux aujourd'hui : la coopération n'est plus inconsciente, elle est représentée par les armées et les Etats.
Ne seraient-ils pas entraînés et soutenus par leurs victoires, ne seraient-ils que menaçants, les Russes créeraient à la frontière prussienne un état de difficulté et d'angoisse autrement inquiétant pour Guillaume II que ne le furent pour Frédéric-Guillaume les convulsions polonaises ou les intrigues austro-russes de ce temps là. Les jalousies et les convoitises du roi de Prusse suffirent à nous donner le concours décisif qui permit la défense et le salut de la nation. La pression orientale de 1914 obtiendra plus et mieux : elle dégagera nos frontières, elle permettra à notre armée de les balayer, elle assurera l'abaissement, le démembrement des Allemagnes, la liberté de l'Europe et de l'univers.
5 septembre 1914.
Le gouvernement de la République quitte Paris devant la probabilité d'incursions allemandes dans les environs de la capitale.
Un gouvernement, quel qu'il soit, ne peut délibérer, commander ni traiter qu'en possession de la plénitude de ses pouvoirs. Une des raisons qui nous ont de tout temps éloignés de la République, c'est que cette sorte de régime est insuffisamment libre, surtout par rapport à ses électeurs, à ses argentiers et aux colonies des étrangers de l'intérieur. Nous ne pouvons que l'approuver de vouloir du moins se soustraire à toute influence de l'Étranger du dehors, notre envahisseur. Le salut national était à ce prix.
Comme l'explique la proclamation gouvernementale, il tombe sous le sens que cette utile retraite signifie avant tout l'énergique résolution de résister jusqu'à la victoire. Charles VII avait reculé sa capitale jusqu'à Rourges. Le vieux Louis XIV, à la veille de Denain, parlait de renvoyer la cour sur la Loire, avant d'aller prendre en personne le commandement de ses dernières troupes. Ces épisodes de nos plus vieilles annales montrent que le centre de l'État français est établi sur un point excessivement rapproché des limites du territoire. Les progrès des moyens de communications ont réduit encore la distance de notre capitale aux frontières de l'Est et du Nord.
Les chemins de fer, les télégraphes, l'automobi-
lisme ayant ainsi diminué une sécurité qui déjà était fort précaire, une politique prévoyante aurait dû parer depuis longtemps à ce danger, soit en interdisant la formation de grandes unités nationales sur notre côté le plus découvert soit encore en nous arrondissant du côté du Rhin. Après les invasions de 1814 et de 1815 qui auraient dû servir de leçons, nous avons suivi une voie diamétralement opposée. Elle nous a conduits à 1870 et, comme nous y avons persévéré, voici 1914 qui nous menace d'une quatrième insulte aux franchises du sol parisien. Quatre invasions en un seul siècle, ce serait beaucoup trop î Cette fois, l'ennemi en sera pour des menaces vaines. Nulle possibilité de succès ne lui est laissée, si nous tenons, si nous jurons, comme on l'a juré, de tenir et de durer.