‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 59 sur 207 · L'ISSUE DE LA GUERRE ASSURÉE · texte numérisé non relu

L'ISSUE DE LA GUERRE ASSURÉE

Magnifique nouvelle : la Grande-Bretagne se lie enfin à la Double-Alliance, devenue par le fer et le feu l'égale de la vieille Triplice. Les trois gouvernements s'obligent à ne conclure aucune paix st'pjui'e. Tous les vrais Français qu'assiégeaient d'obscures appréhensions, vont respirer à l'annonce du grave devoir qu'ils assument et de la garantie immense qui désormais le soutiendra.

7 septembre 1914.

Il faut y revenir.

Gela est capital. Oui, la déclaration des Alliés « ruine tous les projets de désorganisation diplomatique combinés à Berlin ». Ni l'intrigue, ni l'or ne pourront rien désormais sur sa conduite raisonnable, patriotique, utile, de cette dure guerre : les défaites momentanées, les échecs partiels, s'il s'en produisait par hasard, seraient sans action réelle. La faiblesse du régime se trouve désormais compensée par l'adhésion hardie, complète, irrévocable, que le gouvernement français a donnée aux gouvernements alliés. En se liant, il s'est libéré de la Papillonne démocratique. Nous l'indiquions hier en termes réservés dans le cri de joie que nous a fait pousser la bonne nouvelle. Le doyen des journaux républicains de Paris, les Débats, y revient en termes plus nets :

Nul n'ignore, en effet, que le plan de la Wilhemstrasse était d'arracher à Paris, à un gouvernement en décomposition, une paix déshonorante d'apparence modérée. On se flattait de nous mater tout en nous brouillant à jamais avec l'Angleterre et la Russie. On espérait trouver des complices parmi les politiciens français.

Nous arrivons ici à la politique intérieure. Ce sujet est triste, répugnant même. Il faut pourtant l'aborder. Au milieu du cataclysme qui secoue l'Europe et menace l'existence de la patrie, il est en France des politiciens

lil LA FRANCE SE SAUVE ELLE-^ÎÊME.

qui pensent encore à leurs intérêts et à leurs rancunes. Quand les armées s'affrontent clans la mitraille, ils songent aux moyens de reconquérir le pouvoir et de placer leurs créatures. Ils ne souhaitent point la défaite. Mais ils envisagent la possibilité de traiter en vaincus et de sauver à la fois ce qui resterait de la France et leur influence politique. Depuis quinze jours, leurs clients et amis propageaient la panique. Ils tenaient dans les couloirs de la Chambre des propos écœurants. Si, par hasard, ils envisageaient l'hypothèse de la victoire, c'était en vue du profit qu'ils en pourraient tirer. Ils étaient l'opprobre de ce pays dont la population vaut tellement mieux qu'eux. Ce n'est pas le moment de citer leurs noms. On les dira plus tard s'il est nécessaire.

11 nous avait paru suffisant de marquer d'un mot que le régime autorisait « d'obscures appréhensions » . Le Journal des Débats montre que ces appréhensions, pour lui fort lumineuses, étaient justifiées par les faits. Ce que notre système politique rendait possible, les politiciens qui profitent de ce système étaient en train de le réaliser. Ce crime politique était plus que rêvé : il avait reçu un commencement d'exécution. Nous n'avions pas osé le croire oL si nous l'avions su, nous l'aurions gardé pour nous.

Le texte des Débals est acquis à l'histoire. Si jamais, après le triomphe de nos armes, il est donné suite à mon livre Kiel et Tanger ou la République française devant l'Europe (1 805-1905-1 Oio), il sera nécessaire de spécifier comment Tinquiélude des esprits politiques et des cœurs patriotes, républicains ou royalistes, ne tomba que le jour où le pouvoir suprême, le pouvoir de signer la paix, se trouva confisqué, séquestré, devenu indivis dans le

consortium des grandes puissances belligérantes, et mis à l'abri des intrigues et de l'embûche des partis. Heureuse notre France d'avoir enfin trouvé cette garantie contre les secousses intérieures! Plus heureuse encore si elle eût été organisée de manière à pouvoir se passer de la garantie du dehors !

D'où que nous viennent cet affermissement des alliances, cette continuité de leur action, ce sont les deux plus grands biens qu'il fallût souhaiter avant la victoire. Qu'ils soient donc bienvenus, avec tous les sérieux devoirs qu'ils pourront entraîner, mais qui entraîneront des compensations aussi abondantes que magnifiques !

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