‹ Les conditions de la victoire (volume 2)Chapitre 69 sur 207 · VICTORIEUX RÉCOMPENSÉS · texte numérisé non relu

VICTORIEUX RÉCOMPENSÉS

Depuis le commencement de cette guerre, qui fait une si profonde et si radicale revision de toutes les valeurs militaires et civiles, il n'avait été prononcé qu'un très petit nombre de noms de chefs militaires: le public a salué successivement Joffre, Pau, Castelnau, Gallieni, Michal,et, je crois bien, c'a été tout. Trois noms nouveaux viennent de s'inscrire, hier soir, sur le large fronton, trop spacieux encore, où siégeront bientôt tant de jeunes gloires! Les généraux Dubail et Maunoury reçoivent le grand cordon de la Légion d'honneur, le général Foch devient grand officier de l'Ordre.

Nous ignorons les faits précis qui dans la bataille de la Marne ou dans celle qui se déroule en avant de Nancy ont motivé ces trois récompenses. Mais les hommes qui les obtiennent sont bien connus.

Le général Dubail est le prédécesseur du général Jofl're à l'État-Major général de l'armée. Remplacé l'autre année, il s'inclina silencieusement et alla prendre sans un mot le commandement du corps d'armée qui lui était assigné. La politique essaya d'accaparer le nom du général Dubail. Je sais, par des rapports certains, que nommé, il y a quelques années, commandant de Saint-Cyr où son prédécesseur avait cru pouvoir soumettre l'éducation des

jeunes officiers à des soucis extramilitaires qui l'obsédaient, le général Dubail sut réagir contre ces tendances et ramener l'École à sa véritable fonction. Cet esprit militaire a donné son plein devant l'ennemi.

On attendait beaucoup du général Maunoury. Les résultats montrent qu'il a tenu toutes les promesses que faisaient pour lui ceux qui l'avaient suivi dans sa carrière, le jour où ils apprirent le grave et délicat devoir dont il venait d'être chargé. Le général Maunoury avait déjà rencontré les Allemands. Il avait même été décoré sur le terrain à Ghampigny, voilà près de quarante-quatre ans. Le magnifique revirement opéré dans la situation de la France surpasse les honneurs de la promotion la plus magnifique.

Le général Foch est un de ces fils de l'Alsace ^ qui naissent et qui meurent soldats, la passion et le culte du métier des armes sachant les absorber jusqu'au dernier moment. A l'amour des choses de la guerre, qui est commun à tous les Français, il ajoute les dons et les goûts du militaire professionnel, les qualités du chef, du meneur d'hommes à grande allure, également capable de la plus simple bonhomie avec le soldat, d'un commandement ferme, rigoureux, inflexible avec les subordonnés.

Ces vertus étaient celles qui, de tout temps, firent la force des armées. Il est beau qu'elles se retrouvent encore aujourd'hui comme une solennelle confirmation, par la dernière expérience, des plus an-

1. Erreur. Nous avions été modestes pour notre midi. Le général Foch est un pyrénéen, dont le nom veut dire feu en langue d'oc, à moins de dériver de fougue, oiseau de mer.

ciennes traditions du genre humain. Au feu de ees salutaires épreuves, toutes les fautes que nous avons commises dans le passé contre les saines conceptions militaires s'évanouiront tour à tour au fur et à mesure de nos succès. Car la bataille purifie, mais la victoire éclaire et sublime.

« Vieux professeur d'histoire »,M. Lavisse a manié bien des documents dans sa vie. Il déclare n'en avoir trouvé aucun * plus simple, plus beau, plus plein de grande histoire » que l'instrument par lequel les trois grandes puissances : France, Russie, Angleterre, se sont engagées à ne faire « aucune paix séparée » et, quand se poseront « les termes de la paix » à ne rien conclure « sans accord préalable » avec chacune des autres alliées. Ce traité du 5 septembre nous apporte bien « la sérénité de la certitude » ! M. Lavisse a tout à fait raison de le redire au Jourmal, nos lecteurs savent que nous n'avons pas varié sur le compte du précieux instrument qui, eir liant la France au dehors, l'a déliée au dedans du joug des factions. Oui, c'est là un bienfait sans prix, le cris de joie de M. Lavisse nous l'a fait mieux goûter : or, comme nous quittons l'article de M. Lavisse, une dépêche du Vorwaerts reproduite et lue par nous dans ï Humanité vient multiplier une satisfaction que nous ne croyions plus susceptible d'accroissement! C'est que l'organe des socialistes de Guillaume II ajoute des lueurs aux lueurs des dernières révélations que, sans le vouloir, il nous avait déjà apportées :

Le pacte de Londres. — Ce qu'en pense le « Worwaerls. » — Le Worwaerls remarque au sujet de la convention signée par l'Angleterre, la France et la Russie, de ne pas traiter de la paix séparément, que cette décision ne fera que prolonger la durée de la guerre.

Ces lignes ne vous disent rien? Ehî rapprochezles d'autres lignes du Vorwaerls (28 août), parues dans l'Humanité du 8 septembre et intitulées « ministres socialistes en France » à propos de l'entrée de Guesde et de Sembat dans le troisième ministère Viviani.

On y lisait cette tentation papelarde :

Nos camarades français ne seraient jamais entrés dans le ministère s'ils avaient la pensée que la guerre, dans le stade actuel, est une guerre destinée à soutenir le tsarisme, une guerre contre la civilisation et la liberté politique. La guerre leur apparaît comme une lutte pour l'indépendance nationale. Us ne veulent pas d'annexion.

D'un autre côté, nous n'avons pas le droit de mettre en doute que les hommes qui composent aujourd'hui le gouvernement français sont prêts, dans leur majorité, à intervenir en faveur d'une paix assurant leur sécurité nationale. Guesde et Sembat, mais aussi Augagneur, Malvy, David et d'autres, ne connaissent pas de solidarité avec le tsarisme et le moscovitisme. Leur présence au ministère est un appui pour les perspectives de paix si cette paix est celle que le peuple allemand doit aussi souhaiter : « une paix sans conquête », une paix menant à l'entente avec la nation française. Alors, c'en serait fait pour toujours du rôle du tsarisme comme arbitre.

La guerre a été ouverte avec le mot d'ordre de liberté et indépendance nationale. Si une entente avec la France se réalisait, ce serait la liberté et l'indépendance de la Pologne et de la Finlande assurées, le tsa-

rismc brisé, la paix européenne garantie. Or, c'est cei qui doit aussi constituer le but de la politique socia-^ liste allemande. '

Voilà une espérance des socialistes allemandsj voilà aussi une espérance de leur chef suprôjne, ] Guillaume II, voilà enfin une embûche de l'un et des! autres qui sont bien déjouées et déçues par le traité] du 5 septembre! « Cette décision », remarque à pré-sent le Vorwaerts^ « ne fera que prolonger la durée] de la guerre. » Ni Prudhomrae, ni Calino n'ont ; mieux parlé de leur vivant. Jocrisse et Gribouille ne l manqueraient pas d'ajouter, si la vie et la santé leur ' étaient rendues, que celte duperie nous sera aussi ] épargnée d'une « paix » obtenue dans la spoliation j et la honte. j

A ce chantage qui n'est pas vieux de quinze jours, \ les armées de la France répondent aujourd'hui par ^ un magnanime cri de victoire. A ces braves, à ces i héros morts et vivants, qui eurent à donner Telfort ] de celte victoire, nous ne souhaitons qu'une chose, ] mais de grand cœur : c'est qu'ils voient leur patrie ,j en recueillir le fruit, tout le fruit, tout le noble j fruit î I

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