LE PÉDAGOGUE HOMME D'ÉTAT
2'2 septembre 1914.
M. Gustave Hervé vient de donner sa malédiction ou plutôt son pensum aux vandales de Reims.
Nous sommes au collège, écoliers d'origines, de conditions, de traditions, d'habitudes sensiblement analogues. L'un de nous a commis une action indigne. On pourrait le priver de goûter, de sortie ou de récréation. Mais on veut que son châtiment serve à stimuler chez lui le sens de l'honneur et à l'exalter chez ses camarades : on le prive de prendre part à la souscription pour les pauvres de la ville.
Professeur défroqué, M. Hervé voit toujours les nations rangées devant lui sur les bancs. L'Allemagne a élevé des hannetons dans le pupitre ou fait au professeur une niche démesurée. Détruire ' Louvain, brûler Reims équivaut à ces aimables espiègleries pour M. Hervé. Or, celui-ci, sage Mentor et prudent Ponocrates, sachant que le cœur de l'homme allemand est un noble cœur, le condamne à rougir devant son miroir. Voici les « représailles » que veut exercer M. Gustave Hervé ; le monde entier sera admis à souscrire pour la reconstruction de Louvain, pour la restauration de la cathédrale de Reims, mais le Germain (hou! hou! le vilain!) sera privé du droit de vider sa bourse pour cette bonne œuvre! Entendez-vous le chœur des Goths, des Huns et
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des Vandales, qui ne savent fçuère que ce refrain animal, mais le savent bien :
La pônilonce est douce Nous recommencerons
De sorte qu'à leurs prochains ravages, les Germains non châtiés, non ramenés aux lois que veulent lui forger tous les Européens sérieux, non soumis à une discipline analogue à celle qu'ils reçurent de Richelieu et de Louis XIV el qui les avait rendus à peu près convenables en 1814 et 1815, passables encore en 1870, les Germains dûment cultivés par la pédagogie du Peslalozzi de la Guerre sociale, traiteront Paris et Amiens, Chartres et Rouen comme ils ont fait de Louvain el de Reims, si bien que, ces nouvelles sauvageries bien constatées, M. Gustave Hervé désespérera d'en châtier les auteurs, à moins de les combler d'exemptions, de bons points et de toutes les sucreries que vend le portier.
J.-J. Weiss disait que la République conservatrice était une bêtise : la Révolution en est une autre. Et les sombres bétas qui nous la recommandent n'ont pas encore compris qu'ils font les généreux avec un or, et avec un sang que les autres ont ensuite à verser pour eux !