‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 162 sur 238 · VŒU DE PAIX RELIGIEUSE OU CAMPAGNE DE DIVISION · texte numérisé non relu

VŒU DE PAIX RELIGIEUSE OU CAMPAGNE DE DIVISION

Admettons cependant! Et faisons la supposition que les plus horribles excès de prosélytisme aient été commis sous forme d'insistance désagréable, sous forme même d'obsession irritante par quelque ecclésiastique ou par quelque femme pieuse. M. Vaillant est prévenu que je n'en crois rien, Mais admettonsle. Veut-il faire cesser le mal? Je le lui demande tout net ; le veut-il? Si oui, rien de plus simple : ces prêtres ont des supérieurs, ces femmes ont des directeurs et des pasteurs : pasteurs, directeurs, supérieurs merveilleusement écoutés. M. Vaillant qui, par ses amis et ses anciens amis Guesde, Sembat, Millerand, Briand, Viviani, est un peu du gouvernement, M. Vaillant n'a qu'à prier ces messieurs de faire une démarche aussi pressante que discrète, aussi discrète que pressante, auprès des autorités religieuses. Elles seules sont compétentes. Elles seules sauront agir eflicacement si c'est vraiment l'efficacité que l'on cherche.

Les journaux viennent de crier contre « les chaînes de prières «. Eh! bien, il a suffi d'une personne compétente, le chanoine Coubé, pour établir qu'on avait

affaire à une superstition réprouvée. Dans tous les autres cas de plainte juste, on peut affirmer à M. Vaillant que l'ordre serait rétabli, sans traîner. Il suffit au pouvoir civil de demander à l'Église, dans les formes et le ton qui conviennent, de vouloir bien collaborer avec lui pour la paix publique : je doute qu'il rencontre des auxiliaires plus sûrs et des alliés plus actifs. Le gouvernement français a l'extrême chance d'avoir devant lui une organisation puissamment hiérarchisée qui suit comme un seul homme, ou plutôt comme une seule âme, les instructions spirituelles de son chef. Qu'il s'adresse donc au Pape tout droit.

Pour établir « l'union sacrée », on n'a pas craint de s'adresser aux che/s socialistes au point de leur ouvrir le ministère. Il ne s'agit pas de nommer un cardinal o; ministre sans portefeuille » , mais de prier l'autorité catholique d'intervenir en faveur de l'ordre, troublé, à ce que l'on assure, par tel ou tel élément de l'organisation catholique. Pourquoi hésiter?

Ce détour par en haut, d'une efficacité certaine, présenterait, avec le grand avantage d'être prompt, celui de ménager l'intérêt de l'union devant l'ennemi. Le bien qu'on paraît désirer s'obtiendrait sans agitations dangereuses. On ne tourmenterait pas les nerfs du public avec des accusations et des imputations irritantes. On ne le passionnerait pas sur d'âpres conflits religieux par lesquels le pays a besoin, comme l'a dit si bien Bailby, de ne pas être embêté. La presse ne se donnerait pas la honte de concourir indirectement à cette basse et honteuse campagne de la « guerre

UNE POLITIOUE RELIGIEUSE. 313

des curés » dont l'écho soutenu ne cesse de nous revenir.

Oui, les Allemands continuent à jeter l'ignoble semence : les curés ont voulu la guerre, ce sont les curés qui l'ont fait déclarer. Ici, les curés seuls : là, les curés avec les nobles. Dans un département de l'Ouest, dont je peux dire le nom, on raconte que notre ami L... a fui en Suisse avec son argent (il est chez lui, dans sa maison de campagne, blessé à l'ennemi); que notre autre ami L... a filé en Angleterre (il est à Clierbourg sur un torpilleur) ; que C... a mis en sûreté sa fortune et s'est sauvé en Angleterre (il s'est engagé au ...^ dragons, à ...) et ainsi de suite! Voilà les abominables diffamations que l'ennemi colporte. Il s'agit de savoir si un parti quelconque peut vouloir collaborer avec l'ennemi.

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