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LA DÉESSE ALLEMANDE

Pourquoi? Parce (jue l'Allemagne valait encore moins que sa doctrine. Reportez-vous aux remarques si justes de M. Boutroux sur la grossièreté et l'épaisseur de l'étolTe de nation. M. Emile Boutroux n'en a pas tiré les conséquences, mais ces conséquences existent. Tant qu'une doctrine supérieure, telle que le catholicisme, telle encore que la civilisation française au xvn*' siècle, lui était juxtaposée et proposée en exemple, il y avait espoir de progrès et de correction pour l'Allemagne. Mais quand la seule doctrine constante qui lui fût offerte de haut fut le conseil d'être de plus en plus conforme au caractère et au génie allemand, quand fut vécue et pratiquée cette formule du jacobinisme historique et philosophique, régulièrement dérivée de la Réformation et du Libéralisme encyclopédique : « Soyons « nous-mômes, ne soyons que nous-mêmes, élevons « tous les traits de notre nature au-dessus de tout ». la régression la plus barbare était inévitable pour la Germanie.

Étant admis que l'Allemagne signifie l'humanité

pure, parfaite et divine, TAllemagne opéra Fanalyse de sa nature. Elle se demanda qui elle était. Elle vit au fond d'elle-même ce qui y était : le brutal, le violent, le sauvage, l'impoli, Findégrossi elle dur. Elle mit sur l'autel toutes ces belles choses, en rejetant avec mépris tout tempérament étranger. Le fou bossu qui se croirait Dieu mettrait la bosse au rang des attributs divins. Ainsi a fait l'Allemagne de ses bosses, de ses tares, de ses verrues, de tout ce que l'individualisme absolu appliqué à sa personne ethnique, lui interdisait de redresser ou de réformer. Sa valeur allemande n'était plus à juger, puisqu'elle était juge ou critère et servait à juger le reste du monde. Un seul devoir : mettre à la disposition de ce juge et créateur du droit les éléments de force, les moyens de domination, capables de permettre son épanouissement absolu. Le succès pouvait être chanceux à l'époque de Jean Gottlieb Fichle : après Blûcher, Bismarck put se flatter de l'assurer et les pangerraanistes ont rêvé de l'éterniser.

QJE UANARCHISME EST SUICIDE

L'Allemagne n'a pas fait de révolution directe contre ses princes et ses rois, elle en a fait une contre la papauté au xvi^ siècle, elle en a tenté une au xix^ siècle et au xx" contre l'ordre du monde, l'Europe et la civilisation. Sa discipline politique et militaire comme son esprit scientifique, comme aussi la production de quelques personnalités de valeur ont mis longtemps, trop longtemps, des moyens de réalisation puissants au service d'une idée construite au rebours de la sagesse et de la raison : l'idée anar-

M. BOUTROUX ET [/ALLEMAGNE. Ti?',

chiste utilisée au profit d'un peuple. L'ordre matériel a servi de la sorte le désordre mental, etl'ordre politique le désordre moral le plus complet qui ail été vu el conçu depuis qu'il y a des hommes. Ces renversements, ces défis peuvent réussir, mais, comme disait Pascal, « jusqu'à un certain pointseulement », et leur succès devait contribuera rendre la chute plus profonde. L'individualisme allemand, l'anarchisme absolu systématisé par l'Allemagne et devenu le principe de son État, devait fatalement renverser de lui-même cet État ainsi que les forces militaires ou civiles subordonnées, et c'est ce qui est arrivé effectivement : en juillet-août 1914, on a pu voir Guillaume II et son fils jeter, de leurs mains, sur leur propre empire, la bombe destinée à accomplir cette destruction par le faîte.

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