‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 223 sur 238 · LA SAINT ALBERT · texte numérisé non relu

LA SAINT ALBERT

La fête du roi Albert de Belgique va être célébrée dimanche sur un empire où le soleil ne se couche pas : du Japon à la France et à l'Angleterre, de la Russie à la Serbie et au Monténégro, les yeux se-

ront fixés sur ce petit point de Belgique non envahie où tantôt l'épée à la main, tantôt armé du simple fusil de ses troupiers, un roi régnant remplit son vieux devoir de chef de guerre et défend le dernier vestige du sol dont il refera la conquête.

Adrien Mithouard, président du Conseil municipal, a raison de convier les Parisiens à pavoiser en l'honneur d'une action si nettement et si fortement « représentative du sentiment chevaleresque », si purement, si entièrement dévouée à la morale de l'honneur. Comme il n'y a pas d'incompatibilité (au contraire) entre la morale de l'honneur et la religion du salut public et le culte désintéressé des hauts intérêts nationaux, je voudrais que la fête du roi Albert rappelât avec force et clarté les services que ce roi et son noble peuple nous ont rendus :nos grands idéalistes auront peut-être pitié de nous, mais, quand il s'agit de notre France, je me sens devenir utilitaire à fond.

Les Belges ont bien servi, écrit-on partout. On ditmême: ils nous ontsauvés. Servi àquoi. Peut-être n'a-t-on pas perdu le souvenir qu'ils nous ont donné le temps d'organiser et de mettre en train notre résistance. Mais quand on demande en quoi consista le salut que nous leur devons, on oublie qu'ils nous ont préservés de l'attaque brusquée.

De son air entendu, de son impayable ton de docteur Hervé, en se vantant, lui et les socialistes, d'avoir tout vu, tout su, tout prévu (la défense nationale n'ayant connu quelques faiblesses que parce que, depuis dix ans, on ne les a pas suffisamment écoutés, Jaurès, Hervé et les bons b.., qui conseil-

laiont de lever la crosse en Tair et de rompre les rang^s, ou qui, après avoir fait promulguer en 190.'), dix jours avant le Coup de Tanger, le service de deux ans, firent en 1907, sous le ministère Clemenceau-Picquart, abréger les périodes d'exercice des réserves), Hervé trouve moyen de loger ceci :

Nous connaissons l'AlIeniagne ,

Ce n'est pas par l'attaque brusquée de quelques pauvres corps d'armée qu'elle est redoutable.

Sans doute deux ou trois colonnes plus loin, Hervé publie une souscription « pour nos sauveurs belges ». Il serait inutile de lui faire remarquer que ces sauveurs n'auraient rien sauvé du tout si l'attaque brusquée de quelques pauvres corps d'armée n'eût pas été redoutable et n'eût pas entraîné pour nous un risque d'écrasement. Mais ce que M. Gustave Hervé est incapable de comprendre, tout esprit sensé et lettré, tout Français digne de ce nom doit le savoir, le méditer, le rappeler en toute occasion. Les mots ont un sens. Ils portent avec eux l'esprit même des choses. Nous fêterions mal la saint Albert de demain si nous ne nous disions que c'est l'attaque brusquée d'une immense armée allemande tenue sur le pied d'activité (jue les héros belges ont amorlie à Liège, à Dînant, à Charleroi, à Anvers et partout où ils ont combattu. Notre reconnaissance, passionnée et lucide, doit faire l'exacte synthèse du mortel danger conjuré, de ceux qui nous l'ont épargné, des utopies qui nous y exposèrent dans le passé et des folies qu'il nous faudra nécessairement éviter à l'avenir.

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