LA PRESSION ORIENTALE GAGE DE LA VICTOIRE
2 septembre 1914.
De Bâle, d'Anvers, de Copenhague, au Daily Mail, d'Anvers encore au Petit Parisien, arrivent des dépèches annonçant que les effets de la pression russe sur les provinces de la Prusse orientale commencent à se faire sentir sur l'armée qui nous envahit. Il est fort question de 160 trains ramenant tout un corps d'armée et traversant la Belgique du Sud-Ouest au Nord-Est; l'organe du parti socialiste allemand, le Vorwaerts, aurait signalé que l'on « fait rentrer des troupes en quantité » ; la région de Courtrai, la province d'Anvers, une partie du Limbourg seraient dégagées. Ces bonnes nouvelles n'ont encore rien d'officiel, on ne les admet que sous bénéfice d'inventaire; mais leur conformité à l'esprit de cette guerre ne peut faire de doute.
Jamais occasion de revanche ne s'est présentée à un peuple dans des circonstances plus favorables ni plus brillantes. Jacques Bainville a expliqué ici plusieurs fois comment l'intervention anglaise et surtout l'offensive russe furent de tout temps le cauchemar du fondateur de la nouvelle unité allemande : c'est ce qui arrêta Bismarck dans sa tentative de 1875. Bismarck savait l'histoire. Mieux encore que de la comprendre, il la sentait.
Les derniers historiens de la Révolution ont mis en lumière depuis vingt ans l'importance de la près-
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sion orienlalo dans les victoires de la Législative et de la Convention. Le fait avait été longtemps ignoré ou négligé de leurs prédécesseurs. Albert Sorcl a fait là-dessus la lumière. En 1702, 1795, 1794, ce néUiit certes pas l'alliance russe qui opérait, mais pratiquement c'est dans le même sens et pour le même résultat que militèrent les aflaires de Pologne, d'abord par la rivalité des cabinets de Vienne, de Pétersbourg et de Berlin, ensuite par les insuneclions ou mouvements divers qu'y suscitèrent les partages successifs et la dure oppresion qu'ils tléterminaient. Ceux qui voudront feuilleter rapidement l'Europe et la Révolution française loucheront du doigt ce que Sorel appelle « une liaison qui forme toute la trame de cette histoire ». Les actions et les réactions exercées sur les campagnes de la France par les affaires de Pologne et vice versa « ont déterminé tous les mouvements de l'Europe pendant la Révolution française. »
Cet imbroglio polonais suivi de près, selon les alternatives de réveil et de la torpeur, rend compte en très grande partie de quelques-unes des premières victoires révolutionnaires et, en partie, du mystère de Valmy. En avant de Yalmy, on voit déjà les progrès de Catherine II en Pologne inquiéter à la ibis Autrichiens et Prussiens et « suspendre » ou retarder « leur mouvement » ; la canonnade et la « démonstration » appuyèrent de raisons nouvelles les dispositions des Prussiens à la diplomatie et à la retraite. Même phénomène en avant de Jemmapes qui est du 6 novembre 1792 : dès la fin octobre, la Prusse « ne considérait que la Pologne », nous
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n'avions plus affaire qu'aux Autrichiens': Cela était si vrai que tous les diplomates révolutionnaires en eurent l'esprit frappé, exception faite pour Robespierre qui vécut et mourut fermé aux ré ilités.
Les concordances se poursuivent : la Pologne une fois partagée, l'offensive de la coalition devient plus vigoureuse, nos armées traversent de nouvelles périodes de détresse, Neerwinden est loin de sauver la situation, Dumouriez ose trahir, il évacue la Belgique.... Il était facile de marcher sur Paris; on
;t Autrichiens se les Prussiens se refusent à toute action sérieuse « avant que les affaires de Pologne fussent réglées », le peuple polonais s'avise de dire son mot dans ses affaires, les agitations de la diète de Growno retiennent tout à fait l'attention des souverains, le roi de la Prusse n'y tient plus : en mai 1795, on parlait couramment de donner à l'Autriche la Belgique et la France jusqu'à la Somme et, le 29 septembre, Frédéric- Guillaume quitte nos frontières, court à Berlin pour « ramener les Polonais « aux termes du traité de partage : nous étions à deux doigts de la ruine au mois d'août et, dès le 16 octobre, nous nous délivrions des Autrichiens à Wattignie ! Toute la fin de l'année est pleine des victoires depuis Toulon jusqu'au lignes de Wissembourg.
Veut-on vérifier sur l'année suivante la splendide efficacité de la pression orientale? Sorel établit que « l'option s'impose » entre les campagnes de France et les affaires de Pologne. L'insurrection polonaise reprise en décembre et qui dure jusqu'en avril 1794,