L'INTERNATIONALE
Tandis que l'Internationale religieuse, l'Église, donne aux peuples un spectacle de dignité et de sagesse qui me semble émouvant et significatif audelà de toute parole, l'Internationale socialiste semble en être encore à chercher sa vraie pensée sur lépouvanlable déception que viennent de lui infliger les socialistes des pays germaniques.
Les socialistes italiens qui ont reçu M. Sudekum publient le procès-verbal de sa visite. On y lit :
« Le parti socialiste allemand, en soutenant la politique d'agression deTAllemagneetde l'Autriche, a perdu le droit de se réclamer des leurs, qui s'attachaient à un socialisme international. »
C'est le plus juste des verdicts sur la plus colossale des tromperies. Mais un peu plus loin les Italiens déclarent qu'ils ajoutent à leur résolution « de ne pas se déshonorer en aidant l'Autriche et l'Allemagne » un certain désir de paix motivé par « les deux années de guerre en Libye ». Ce désir de paix nous rappelle combien, en I91J, fut molle, pour ne pas dire nulle, l'opposition des socialistes italiens à cette conquête de la Libye : n'oubliez pas que TofTensive italienne d'octobre 1911 a tout déclanché, et que les guerres d'Orient en sont directement sorties, comme elles ont donné naissance à la guerre actuelle.
Dans ces conditions, quand les socialistes italiens annoncent que la défaite de l'Allemagne sera la libération du prolétariat allemand, par suite la réconciliation de tous les socialistes européens, et quand M. Renaudel fait chorus avec eux, il est permis de réfléchir et de sourire : non, il ne suffit pas d'être socialiste et d'habiter un pays parlementaire pour répudier toute initiative guerrière, il faut aussi être fermé au sentiment de l'intérêt national. Cet étal d'esprit était déjà rare en Italie, il y a trois ans, il s'y raréfiera encore. En Italie, en France, partout, il faudra certes songer à régler et à organiser les nationalismes : mais il faudra commencer par en confesser la puissance, l'étendue, la généralité et la primauté de faits.