‹ Les conditions de la victoire (volume 3)Chapitre 96 sur 238 · LA REVOLUTION ES ALLEMAGINL. I<J · texte numérisé non relu

LA REVOLUTION ES ALLEMAGINL. I<J

restai au milieu des pires revers, tel que nous le décrivait M. Andler fin 1912 : c'est-à-dire intégral, impérial et royal.

Non que les Allemands doivent être ju^és incapables de faire la forte sottise d'une révolution. Leur esprit né<i^alif, leur critique tôtue, leur protestantisme rageur les y exposent, au contraire, plus que toute autre race; sans remonter à leurs querelles du xvi° siècle, il faut se rappeler la crise de 1848 et des années qui suivirent jusqu'à la guerre des Duchés, C'était l'époque où celui qui devait être Guillaume P'" considérait, en devisant avec son ministre, la perspective d'être fusillé ou guillotiné '. C'était les temps où la Prusse passait pour le modèle des nations libérales, et le Parlement prussien s'y glorifiait de rejeter le budget de ces armements que Bismarck faisait d'ailleurs exécuter en dépit des lois et des constitutions. Non seulement ces temps heureux ne se sont pas enfuis pour toujours, mais il y a quelques raisons d'en estimer le retour vraisemblable et prochain. Le vieil état d'esprit libéral, démocratique, anarchique peut reparaître en Allemagne, certaines causes sont au travail pour y faire éclater le coup de folie populaire ou bourgeois.

Mais d'autres causes peuvent aussi annuler ce travail. La guerre désastreuse ne paraît pas devoir le hâter nécessairement. Ce qui nous frappe le plus dans léchée de Guillaume et de son armée, — leur présomption et leur jactance prises sur le fait — sera

L Voir Dis77uxixk et la France^ de Jactiues Bainville.

beaucoup jmoins sensible en Allemagne où ces choses-là sont courantes. Un pays ne peut pas sentir autant que l'étranger son défaut national. Il est peu vraisemblable que les Allemands renversent Guillaume comme « troup allement » ! Sa façon de fédérer toute l'Europe contre lui peut être traduite et arrangée en symboles avantageux et presque flatteurs de l'autre côté du Rhin : elle peut lui valoir une figure de héros populaire. Quant à lui reprocher de n'avoir pas assez bien pris ses mesures, d'avoir mal organisé le guet-apens de sa machine militaire, d'avoir mis sur pied des armées insuffisantes ou mal équipées, il dépend des circonstances d'enfler ce reproche ou de le réduire à rien.

Que vaut-il en lui-même? J'ai patiemment interrogé quantité d'officiers et de soldats intelligents, bons observateurs, bien placés pour voir et savoir. Il ne résulte pas du tout de leur témoignage que les armées allemandes aient été dignes de mépris. Leur artillerie de campagne est inférieure à notre canon de 75, la mauvaise fabrication d'une partie du matériel est flagrante, certains aciers portent la marque de la camelote allemande qui rayonne sur l'univers : mais la portée de leurs obusiers est supérieure à la nôtre, mais les reconnaissances el les repérages de leurs avions guident admirablement le tir de leurs batteries, mais tout ce qui tient à l'équipement, uniformes, sacs, efTets de campement témoignent d'une organisation remarquable, souvent plus pratique et mieux entendue que la nôtre. On ne diminue pas la victoire de nos soldats quand on constate qu'ils ont eu affaire à des soldats si bien

LA RKVOLUTION EN ALLEMAGNK. m

j)ourvus, si bien «innés! Des fautes lourdes dans cet ordre de choses auraient pu Caire un grave tort au gouvernement de l'Empire : s'il ne les a pas multipliées, il s'en tirera.

Allons jusqu'au bout de la vérité, rien ne prouve qu'il ne s'en tirera pas avec honneur et que la réaction de l'âme allemande, mécanisée par ses universitaires et ses musiciens, n'aboutira point à translonner en une sorte d'apothéose plaintive le mauvais coup manqué de juillet 1914. Le romanesque et la poésie peuvent parfaitement s'emparer de cette aventure de bandits et lui donner, à l'allemande, les couleurs d'une chevauchée de géants. La hardiesse de l'entreprise initiale, l'envergure du mouvement tenté pour nous tourner, le nombre des adversaires ainsi suscités aux deux bouts de l'Europe et du monde, l'entrée en scène d'adversaires soudain venus du Caucase et de l'Inde, ne rendent pas ce travestissement de la vérité impossible. La religion des peuples pcuts'y tromper, du moment qu'il s'agit de ces peuplades germaniques, si remarquablement douées du côté de la sottise et dont la fausse candeur a toujours su goûter quelque satisfaction à être bernée pourvu qu'elles y trouvent un intérêt caché. Ni les intérêts de ce genre, ni les raisons, ni les images, ni les passions ne man(|ueront aux hommes d'État, aux professeurs et aux poètes qui s'associeront pour tenter le coup d'une Iliade utilitaire et menteuse, dédiée au salut de la Germanie.

C'est un coup de ce genre que j'estimerais dangereux. J'ai dit que la Révolution s'était vue à Berlin. Mais la fidélité n'y est pas inconnue pourtant.

Les AUeuiands vaincus de 1806 séLaicnt groupés autour de leurs princes et de leurs rois. Leur réveil de 1815 trouva son efficacité dans lappui de la tradition : tradition miliLairc, tradition politique, rien ne serait plus menaçant pour le résultat des victoires françaises. Quand on dit que l'anarchie éclatera toute seule, je réponds : ainsi soit-il! à la bonne heure! Tout de même, j'aurais plus de confiance dans une bonne anarchie faite de main d'homme, dans le genre de celle qui fut infligée à la Pologne du xviii^ siècle ou à la malheureuse France de 1870.

Si nous voulons détrôner les Hohenzollern, et rien n'est possible en Europe sans qu'on les détrône S ne le laissons pas faire à la révolution allemande, détrônons-les nous-mêmes et assurons-nous qu'aucun prince prussien ne se relèvera à leur place. C'est Va b c de la prudence et de la prévoyance. Et c'est aussi la satisfaction du plus intime et du plus profond de nos intérêts nationaux, car nul sentiment de parti ne saurait rêver de s'opposer à cet ouvrage indispensable : si nous sommes répubhcains, la

1. Dès le 16 seplcuibre, au lendemain de la victoire de la Marne, il paraissait en France des noies de presse destinées, semblait-il, à nous faire croire que la grande coupable de la guerre, en même temps que notre ennemie principale, était l'Autriche : cette pauvre Prusse était représentée en victime et en martyre de l'Autriche qui lui en imposait par le prestige de sa vieille noblesse et de sa vieille Cour.... Les esprits les plus simples ne peuvent manquer de se demandei', devant ces campagnes, à qui servent ces énormes mensonges-là. En tout cas, ils ne peuvent que nuire à la France {VoivV Action franraisc du 17 septembre, revue de la presse).

i.A m-vouTioN r:N allemagm:. vm

chute d'une dynastie de tyrans ne pourra que nous émouvoir d'une di'-licieuse allégresse et, si nous sommes royalistes et traditionnels, les héritiers du petit mar|2^rave de Brandebourg, derniers nés de l'ordre européen, parvenus au titre royal sans l'aveu de nos rois, dont ils furent les mauvais singes, ces alliés constants de tout ce qui fut subversif en Europe, ne peuvent nous représenter qu'un rameau indirect, mais incontesté, de l'esprit de Révolution. De ([uelque biais qu'on les regarde, c'est leur fin qu'ils ont méritée et, de toute façon, ils doivent disparaître avec l'abominable unité germanique dont ils sont les gardiens et les fabrica leurs'.

Les organes d'une profonde et sérieuse politique anglaise comme le Times annoncent le vœu de pousser « jusqu'au cœur de l'empire allemand », afin d' « anéantir la menace du militarisme pru'^sien ». Ne nous laissons conter de sornettes ni par lequiétisme des disciples de Marx ni parles alliées secrets de la Maison de Prusse. Cette question de vie ou de mort pour la France, la tranquillité du monde en dépend. Proclamons-le dès aujourd'hui par toute l'Europe attentive. Et sachons en poursuivre inflexiblement le dessein.

1. C'est 00 même jour du 17 septembre 1914 que Louis Dimier commonça dans l'Action française la publication de sa belle série dos Tronçons du Serpent, édités depuis par la Nouvelle librairie Nationale.

POURQUOI PAS VALMYî

18 septembre 1914.

Quels mauvais coucheurs nous faisons!

Nous révérons le Comité de salut public, mais sommes sans admiration pour le gouvernement de la Défense nationale. Nous honorons Jemmapes, nous discutons Valmy. Il serait si simple de ne rien contester et s'associer les yeux fermés au bien et au mal, au vrai et au faux, à ce qui sauve le pays et à ce qui le tue !

Mais nous avons le malheur d'aimer le pays. Nous avons cet autre malheur de constater qu'il y a des erreurs et des mensonges qui firent à ce pays le plus grand mal. Pendant quinze dures années que nous avons vécues, nous avons vu des gens raconter au peuple qu'il n'est pas besoin d'apprendre le métier de soldat, ni de s'exercer au maniement des armes, ni de se plier à des disciplines fastidieuses : quand l'Étranger arrivera on fera comme à Valmy, on mettra comme Kellermann un chapeau au bout d'une épée, on entonnera la Marseillaise; l'ennemi, frappé de terreur prendra la fuite.... Ces sornettes, qui couraient le Corps législatif de 1867 à 1870, et qui causèrent notre défaite, ont failli nous perdre de nouveau entre 1897 et 1911 ; sans le coup d'Agadir et le réveil qui en est sorti, le peuple français recommencerait l'atroce expérience de ces mensonges politiques et militaires.

Gambetta frappe la terre et en fait sortir des

l'OUROUOl PAS VAI.MV. l'.t'.i

lôg-ions; les Volontaires en sabols afçilenl des fusils (le iiaillc : el Ion fait reculer lEurope. Nous avons voulu savoir ce qu'il y avait sous ces légendes. Henri Dulrail-Crozon, dans co chef-d'œuvre : (himbella cl la Défense nationale^ a restitué à la vieille année le labeur sérieux qui était venu d'elle, et il a rendu aux bavards tie tribune le mauvais vent quilsonl soufflé. Pour Valmy, nous avons ouvert les auteurs, historiens ou mémorialistes, qui traitent avec compétence et attention de l'aflaire. Ils la déclarent mystérieuse, tous! Je ne dis pas : les royalistes, les réactionnaires, mais je répète : tous. Si entre l!M)0 et 1904 j'avais été traduit devant la Haute-Cour, notre ami Jacques Bainville m'assure que mon acte d'accusation aurait été lu par Albert Sorel, de l'Académie française. Eh ! bien, ce même Albert Sorel, greffier de la Haute Cour, haut personnage de la République, mais auteur de VEiiropc et la Révolution française, parle de Valmy comme le marquis de la Tour du Pin la Gharce : il y voit de l'inexpliqué. Les faits connus ne suffisent pas à lui en rendre compte. Après une canonnade qui ne massacra pas grand monde, il relate un simulacre de charge, il mentionne que les Prussiens firent mine d'attaquer, les Français de résister. Mais ils ne s'abordèrent pas. Aucune baïonnette ne croisa une baïonnelte ennemie, aucune poitrine n'eut à se défendre, tout ce fer resta en suspens.... Un journal républicain disait hier que nos colonnes d'infanterie marchèrent à lennemi : l'ennemi répéta cette démonstration, mais ni l'une, ni l'autre marche n'aboutit, et, le soir, l'envahisseur décampai!. Voilà Valmy. Si l'on trouve cela naturel.

si l'on ne se sent pas incilé à chercher une explication soit dans les soucis polonais du roi de Prusse, soit dan-, les dispositions personnelles du duc de Brunswick, eh! bien, je dis que ce fameux esprit critique, cher aux républicains, loin qu'il se développe en eux, s'y recroqueville discrètement toutes les fois qu'ils traitent la question de Valmy.

S'il ne s'agissait que de leur faire plaisir en flattant un doux mysticisme révolutionnaire, nous ne dirions plus le mystère mais le miracle de Valmy. Comme les moujicks croyaient que la Conslitulion par eux réclamée était un des prénoms de la Grande- Duchesse Constantin, nous nous plairions à invoquer la Révolution comme une sorte de déesse ou de fée thaumaturge. En fait, nous ne répudions ce récit fabuleux que pour cette seule raison qu'il peut être funeste à la France, en lui donnant à croire que la victoire s'improvise ou qu'il suffit de paroles ou de gestes de théâtre pour sauver la Patrie. Les leçons des choses de 1914 ne doivent pas être démenties ni diminuées parles idées mises en circulation à la même date. Il a fallu du fer, du sang, de la discipHne, de l'organisation, de l'étude, de la tradition, du matériel pour remporter les victoires de la Marne. Soutenir le contraire, ou l'insinuer, ou donner à penser que les choses se sont passé autrement en septembre ou octobre 1792, c'est donner cours à des fictions malfaisantes qui ne méritent qu'une poursuite sans merci.

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