‹ Les conditions de la victoireChapitre 101 sur 204 · LE ZEPPELIN A PARIS · texte numérisé non relu

LE ZEPPELIN A PARIS

2*2 mars i&15.

('eux do nos confrères qui à une heure vingt de la nuit passée, ont pu souhaiter le bonjour aux météores boches sont bien heureux. Il faut féliciter notre secrétaire de la rédaction, André Feildel, qui out la chance de pouvoir s'élancer hors de l'impriinene au moment précis où arrivait au miheu des constellations, dans un éclairage magique, l'un des V iLTcrs volants de Guillaume II. Il nous le

une précision si parfaite qu'il se fit traiter unanimement d'imposteur. Hélas! entre une heure et deux du matin, l'important n'est pas de voir un zeppelin, ni deux zeppelins, mais d'assurer le départ du journal. L'alerte et le couvre-feu, dont nous ne pouvions avoir que de vagues échos, durèrent bien jusqu'à /> heures. A 2, j'étais allé prendre l'air de la rue du Croissant. Cet air était noir comme un four, cette rue totalement retournée au chaos primitif; rien ne s'en débrouillait ni une léte de cheval, ni un carreau de vitre, ni la colonne d'un réverbère, toutes choses auxquelles le passant obscurci se heurtait copieusement. Je rentrai porteur d'une vérité sans nuance en affirmant que je n'avais rien vu.

Le journal descendu, il fallut boire avec l'équipe de nos opérateurs à la santé de notre année nouvelle ',

1. L'année do VActiun franraise commence au 31 mars, anniversaire Ue »on premier numéro quotidien en 1908,

IW LK PARLEMENT SE RF'UNIT.

ù la libéralion du sol national, aux absents, aux coraballants, aux nouveau-nés, ii la France, au roi. Vint le lourde la correspondance à expédier, ce qui u'csl pas une petite affaire. Elle était, ce matin, fort longue et très lourde. Il était bien cinq heures quand je me remis en route vers la Seine en m'appliquant à comparer la visite des zeppelins aux mines cl aux sous-marins de la Manche qui m'avaient sur tout inspiré le mois dernier, de Dieppe à Folkeslone. de Folkostone à Dieppe, un uniforme el profond besoin de sommeil.

L'air de Paris est autre. A peine avais-je fait dix pas que rugirent toutes les passions de la curiosité. Mille voix intérieures représentèrent que le plus court chemin vers ma rue du Bac était certainement la gare Saint-Lazare el la rue de Rome. Le devoir professionnel du badaïul fil valoir les fj.irolcî^ do la Fée au poète, dans Mistral :

Tout ce que ton œil contient En abondance t'appartient...

La rue Dulong et la rue des Dames, où les engins venaient de tomber, disait-on, m'apparurent comme un domaine lâchement et éternellement aliéné si jr refusais ma visite immédiate aux traces de la bombe et parmi les remous de l'agitation du quartier. Le premier cocher rencontré voulut bien me conduire aux montagneuses Batignolles, que je trouvai, à leur coutume, encore endormies.

La nef de Notre-Dame de Paris, toutes portes formées, au milieu de la nuit, ne peut pas être plus tranquille, ni plus solitaire, que ces rues des Dames et

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