LE TUF FRANÇAIS
€ On en recausera », dit le Tem])s. Nous comptons en recauser aussi. Mais le Temps n'a jamais brillé dans ces causeries. S'il a usé de tous les moyens d'échapper à la vérité et de la déguiser aux autres, il serait embarrassé de citer dans la longue histoire de ses discussions avec nous d'autres issues que son silence ou que sa fuite. Lorsque la question politique est posée de tant de façons (toutes si convergentes!) un minimum de clairvoyance politique devrait suffire pour la faire considérer bien en face
IL N'Y A FAS DEUX FRAtNOES.
1 jusqu'au fond. Un infatigable optimisme ma
»ujours fait rêver, pour ma pari, de la solution
uiinemment rationnelle donnée jadis h la queslion
\ilale qui nous presse par les Étals Généraux de
'iollande : les représentants du pays reconnaissent
l'unanimité la nature anarchique du « gouverne-
•nt de plusieurs », la nécessité de remettre à un
ul la direction suprême et de Tarracher pour jamais
1 intrigue et à la folie des compétitions! Si cette
idée paraît comporter dos objections sérieuses, libre
•Ml Temps de le dire. Cela n'autorise point ce défen-
ur des chariots mérovingiens du parlementarisme
• [ualifier ses adversaires de • réactionnaires sour-
>is», de leur imputer des « visées », ou encore
s espérances de t profil ». A quel profit songe le
J ' mpsi Si le Temps ne veut pas flétrir ceux de ses
iruis qui figurent au conseil d'administration des
ciétés allemandes, il doit vouloir parler des profits
du pouvoir. Nous le prions de réfléchir que dans les
irouvernements de parti tout se passe comme si l'on
lait organisé en vue de ce profit-là.
Mais ces partis, ils n'existent guère (juo par leur
le. Un peu de mousse, un peu d'écume au-dessus
' l'océan parisien et, au-dessous, une organisation
la plus artificielle du monde, combinaison du régime
électif et de la centralisation adniiniîslrative. La
rance qui travaille, celle qui pense, celle qui se
Dat aujourd'hui, a toujours été caractérisée par le
dédain, ou par l'horreur ou par l'ignorance volon-
ire de cette politique-là. « Non, monsieur^ je ne fais
s de politique », c'est-à-dire de politique de parti,
était, hier encore, la devise du vrai et bon Fran-
Maohras. — Le Parlement. 13
<;ais. (ietlc remarque faite il y a vingt ans, par M. Bodley, et toujours exacte, explique, sans aucun ■ non-sens historique > les hautes aspirations nationales du patriotisme français «lepuis ces huit mois.
Il n'est certes pas né une France nouvelle. Il n'y a pas eu génération ni régénération spontanée, ni brusque relèvement.
Mais d'une part la P>ance qui durait sous la politique officielle s^est révélée au monde, et les bonnes parties, les parties excellentes et saines du monde officiel (je n'oublie ni le jeune Barthou, ni le vieux Collignon) ont participé elles-mêmes à ce mouvement; d'autre part, il faut le dire en face aux rédacteurs (lu Temps, un enseignement de la Patrie, une propagande de la Patrie qui existait malgré eux el se développait contre eux a donné alors quelques-uns de ses plus beaux fruits. Cet enseignement, ce n'est pas seulement le nôtre, c'est celui de Barrés, c'est celui de Bourget, c'est celui de Mistral, c'est celui de tous ceux qui, directement ou indirectement, ont été depuis un siècle, aussi bien un Fustel de Coulanges qu'un Louis Veuillot, les maîtres de la contrerévolution, c'est-à-dire les démolisseurs, les critiques d'une façon de nous penser cl de nous organiser que nos grands-pères avaient commis l'erreur d'aller quérir chez les Boches, mais qui n'empoisonnera pas nos neveux. On s'est trompé ensemble, on rectifiera de concert. Ce devrait être la plus simple des choses. Pourquoi cela met-il de si mauvaise humeur la rédaction du Temps»?
1 . Voir la Préface de Quand les Français ne i'aitnaient pat.
. LA HAINK .
27 mars 1915.
Depuis quelque temps, les journaux révolutionnaires sont pleins de morceaux d'éloquence sp('cialemcnt dirigés conlro la haine. La haine est un sentiment outram i iiaine est un sentiment
dégradant. La haine l>l un sentiment qui aveugle rhomme et qui lui fait négliger « renseignement historique >. Nous n'aurions jamais imaginé M. Jouhaux et ses amis si sensibles aux leçons de l'histoire. Mais c'est tant mieux. On ne peut que leur souhaiter de se perfectionner dans la connaissance et la philosophie du passé. Mais il est difficile de prendre argent comptant tout ce qu'ils racontent de désobligeant sur la haine. Si la haine est impie, pourquoi la cultivent-ils? Si l'homme doit tendre à s'élever par les méthodes de la paix, de l'amour et de la philanthropie, comment toute leur procédure politique est-elle fondée sur la haine et la guerre de classe? Comment la Guerre sociale et la Bataille économique sont-elles constamment représentées et pratiquées chez eux, non comme une dure et redoutable extrémité à laquelle il faille se décider parfois, mais comme le type et la règle de la vie du citoyen, de l'ouvrier et du prolétaire?
Ils arborent des titres de haine au frontispice de leurs journaux. S'il est vrai que Vllumanitéy annonce le contraire, nul n'ignore que c'est une antiphrase ingénieuse destinée à couvrir la plus inhumaine des
doctrines sociales et des méthodes politiques. Ni VHumanité, ni la Guerre sociale, ni la Bataille syndicaliste n'ont jamais élevé une protestation contre la rumeur infâme imputant la responsabilité de la guerre à telle ou telle classe de citoyens français; mais, tout ce qui pouvait s'écrire impunément contre des prêtres, contre des officiers, contre des soldats, contre des bourgeois, ces journaux l'ont écrit et propagé avec une haine tantôt froide et calculée, tantôt furieuse.