‹ Les conditions de la victoireChapitre 109 sur 204 · LA HAINE · texte numérisé non relu

LA HAINE

M. Jouhaux ne se Irompe pas en parlant des puissances d'aveuglement et d'égarement contenues dans tout mouvement haineux, celles «pii ^'exercent contre les gens de chez nous devront nécessairement inspirer plus d'erreurs ou de fautes et causer, en somme, beaucoup plus de dégAts que les puissances d'erreurs déployées contre un étranger vivant à des centaines de lieues, sans rapport habituel avec nous et que nous ne revoyons en armes qu'à peu près tous les vingt-cinq ans, et encore depuis la Révolution de 1780 seulement.

Les patriotes excessifs qui pourront descendre jusqu'à haïr l'Allemagne seront peu exposés à se faire du mal de celte façon. Au contraire, les patriotes d'esprit plus rassis, qui considéreront l'Allemagne d'un sens plus froid, mais qui s'appliqueront, sur les conseils de la Bataille, de la Guerre ou de ïllumaniU\ à cultiver en eux la haine méthodique de Fran çais qui se trouvent dans telle ou telle condition de classe dénoncée par leurs journaux, auront cinquante occasions chaque jour de s'enivrer de ce mauvais sentiment : à moins d'admettre une miriGque et fabuleuse vertu d'épuration propre à la haine du bourgeois, du curé, ou de l'officier français, chaque^ accès de haine civique se soldera par une diminution de clairvoyance, d'équilibre, de savoir, de philosophie, et créera des états d'esprit voisins de la pure démence. Comparés à ces ravages intellectuels et moraux, ceux que pourrait causer la haine de l'étranger sont comme l'ivresse du vin au délire de l'alcool.

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L'AMOUR DES BOCHtb

Les chefs socialistes ne croyaient pas que ces vérités leur seraient rappelées, quand ils se sont jetés dans celte diversion psychologique sur la haine destinée à masquer leur inguérissable passion pour le nom, l'esprit, le peuple, et même pour l'Etal allemand, car ils n'en veulent môme pas laisser défaire l'unité....

Certains numéros de leurs journaux se résumeraient en : respect aux Boches. D'autres en : foi aux Boches. D'autres encore : espoir dans les Boches. Une Française mariée en Espagne écrivait l'autre jour à une Parisienne :

Un Allemand d'ici disait à un de nos amis qu'on ne peut pas lire les journaux français tellement ils sont grossiers pour les Allemands, que tous se déshonorent en les traitant de Boches eld'assassius, et que Vllumanité est le seul journal que Ton puisse lire.

Grave injustice assurément pour les organes de MM. Jouhaux et Hervé, mais fruit d une simple ignorance. Un Suisse ami de la France, nous confirmanl ce qu'un autre Suisse nous a écrit du succès d'Hervé en Allemagne, ajoute — à la date du 19 mars — que nos journaux patriotes sont traités dans la presse allemande de hcHzbU'iUer, ce qui veut dire, paraît-il, « poussant à la haine ». Les Allemands ne poussent h la haine ni en envahissant la Belgique, ni en pétrolant les village sans défense, ni en coupant les poignets des enfants. 11 n'y a même rien de haineux dans leur occupation militaire de dix départements français. « C'est la guerre » : ils nous l'ont déclarée

« LA HAINE ^. i J

sans aucune haine. La haine, elle esl soufflée par les seuls journaux français qui parlent de ramener l'AUemap^nc aux sUUuts d'avant 1800 et d'après tOiS. Rt*rusor de distinguer entre les soldats boches et les chefs boches, entre le peuple boche et ses princes ou rois, voilà le signe, ou, pour mieux dire, le honteux stigmate de la haine, celle qui aveugle et étourdit, celle qui distille l'ignorance, l'oubli et la folie pure. Les journaux officiels allemands et nos journaux révolutionnaires sont tout à fait d'accord sur cette ingénieuse définition....

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