LA LETTRE DE MGR LUÇON
Et Monseigneur le Duc d'Orléans lire d'un portefeuille la lettre du prince de l'Église qu'il veut bien nous permettre de publier :
AncuEvêcHé
DE Reims, le 30 octobre 1914.
Reims
Monseigneur,
C'est avec une profonde émotion que le Successeur de Saint Rémi a lu la noble lettre qu'a daigné lui écrire l'héritier des Rois sacrés par ses prédécesseurs dans la cathédrale de Reims. Les sentiments de douleur et d'indignation que Votre Altesse m'exprime, je les avais éprouvés de mon côté, .Monseigneur, en contemplant le désastre de notre auguste Basili(fiie et les statues de nos Rois jadis couronnés ici, qui n^ .(, témoins
muets, du haut de leur galerie, à 1 (' du Sanc-
tuaire vénérable où ils avaient reçu l'onction royale et la couronne.
En môme temps, en efTet, qu'un attentat sacrilège contre la Maison de Dieu, qui devait rester en d.^»"»»'^ de nos tristes luttes humaines, l'incendie de la < drale do Reims est une insulte A nos souvenirs i mu»naux les plus sacrés.
Celte cathédrale où Clovis fut biiptisé avec se* Francs, où Jeanne d'Arc tint à rhonneur l'étendard qu'elle avait porté si souvent à la peine, où tant de nos Rois sont venus faire hommage à Dieu de leur autorité, en recevant leur couronne des mains de son représentant spirituel, et en mettant leur épée à son service pour la défense de la Religion et du Droit, il -est trouvé des hommes qui ont osé lancer sur elle leurs bombes incendiaires.
A côté de la Cathédrale, s'élevaient deux autres monuments, qui étaient, eux aussi, de vénérables témoins illustre de notre ville et de la patrie : le Palais lent les Rois de France, vos aïeux, Monsei- ueur, quand ils venaient à Reims recevoir la couonne, et l'Archevêché, demeure traditionnelle des iccesseurs de Saint Rémi, qui leur conféraient l'oncion royale: ils sont devenus l'un et l'autre la proie les flammes.
De la douleur inconsolable que je ressens du désastre le la Cathédrale je ne puis séparer le chagrin profond jue me cause la destruction complète de ces deux iionuments, si intimement unis à notre sanctuaire national. Quelles que soient en effet les vicissitudes politiques d'un pays, il ne doit jamais renier ses ancêtres, et c'est pour les Français du vingtième siècle un devoir de justice de rendre hommage à ce qu'il y a eu le grand et de beau dans les siècles qui ont précédé -' nôtre, ef donf l'hisfoire e^l relie mrnie de notre vie nationale
Du Palais des l^ois et de la demeure des Archevêques,
Monseigneur, la perte parait irréparable. La Cathé-
' elle, se relèvera de ses ruines, j'en ai la ferme
iance. Les blessures qu'elle a reçues, et dont elle
-.ndera les traces ineffaçables la rendront plus chère
ncore à nos cœurs de catholiques et de Français; et.
honorée de ces nobles cicatrices, elle restera h travers
les siècles à venir le digne monument de notre Foi et
ic nos plus pures gloires nationales.
Daignez agréer, Monscignenr, l'hommage de mes sentiments les plus respectueux.
Louis-Joseph Cardinal Luçon, Archevêque de Reims.