POUR LEVER L'OBSTACLE
Du momenl que lo gouvernement de la République déclarait ouvrir la porte de la Russie, il fallait qu'elle fût ouverte réellement. La dépêche de M. Viviani en août n'avait pas sufli à persuader les gouvernements belge, anglais et russe que robslacle était levé. L'existence de cet obstacle était reconnue implicitement aujourd'hui par le gouvernement luimôme du fait de la restriction relative aux années belge et anglaise. Dès lors, comment admettre qu'une simple affirmation de tolérance n'en disant pas plus que la dépêche d'août, pourrait avoir une vertu supérieure et dissiper tous les scrupules du gouvernement russe?
De ce que le gouvernement français ne ferait pas d'objection à l'admission dans; une des armées alliées, il ne s'ensuivrait pas qu'il la verrait avec plaisir ni même sans déplaisir. Cette autorisation laisserait le gouvernement «'1 ranimer <lnn<î l'inrortit-: •'- -' In méfiance.
Si disposé qu'il fût naturellement, ce gouvernement pouvait craindre de s'exposer non seulement au déplaisir de la République fran(:aise, mais encore aux souprons et aux jalousies des partis français. 1 accusant de favoriser un prétendant, ou, en cas d'accident, de l'avoir trop exposé. Nous citons h M. Viviani l'exemple du Prince impérial donl la mort fut reprochées l'AnL'h'Iene i|iii r.tMiîi .k-^-m.mII; dans son arm< <
Laissé libre de prendre spontanément «les res|>on-
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suhiliU's (lunl la Hépublique française ne lui^auruit, peul-il penser, aucun gré, il y a des chances pour que ce gouvernement étranger s'abstienne. Mais ces mômes responsabilités sont inhérentes à tout État quand il s'agit d'envoyer ses nationaux au combat. Ce sont exactement celles (juc prend le gouvernement français à un litn' «'-t'ul ;'« Irtr.inl de tous les citoyens de notre pays.
Le Prince est Français — M. \ iviani ne le conteste pas. Dès lors, le plus simple et le plus juste serait que le gouvernement de la République, s'il ne 'l'objetionc^ ce qu'on l'accueille dans i'armée charge lui-même de lui ouvrir cette armée. La loi d'exil dont le Prince est victime en France, r ' -ique, en Angleterre, ne Ta pourtant pas ses qualités de citoyen. Celte loi n'avait pas prévu l'état de guerre; qu'on la complète par un ;i«'le de gouvernement qui assignerait son poste de i-oiubat à celui qui ne peut le trouver sur le territoire françai-
Il est trop • liui que les responsabilités de fait -eraient tout entières à la charge du Prince qui • iemande l'acte au gouvernement fran(;ais. Il serait dans la situation d'un engagé volontaire : il accepterait tout poste qui lui serait assigné, et personne n'aurait l'idée, en cas d'accident, d'en faire le moindre reproche à la République française....
Nous ne craignions pas d'accentuer ainsi cette
irche auprès d'un gouvernement composé d'ad-
.. ...aires politiques du Prince. Déjà ne s'est-il pas
trouvé, soit dans le passé, soit au cours de la crise
icluelle, des circonstances où le gouvernement de
la République a laissé la Patrie bénéficier des discrets et importants services qui pouvaient être rendus, auprès des États alliés ou neutres, par des Prin cesses et des Princes delà Maison de France? Pourquoi, dans le domaine militaire hésiter devant de nouveaux services offerts au pays? — L'acte que nous proposions h M. Viviani, un acte aussi français, n'eût pas seulement correspondu au devoir qui s'impose au gouvernement d'utiliser toutes les forces nationales. Il eût honoré la France entière et, nous osons le dire, la France éternelle. A la satisfaction de servir, même indirectement et de loin son pays, Monseigneur le Duc d'Orléans aurait ajouté le noble plaisir d'y voir accomplir un acte de gouvernement dans un esprit supérieur. aux petitesses de la politique courante. Tout ce que la raison et l'honneur nous permettraient de faire dans cette direction, nous avions le mandat explicite de le tenter.
Cette expression franche des intentions du gouvernement était, d'ailleurs, la seule qui ne risquôl pas d'être illusoire, étant la seule qui pût détruire à coup sûr les scrupules de l'Étal allié, et écarter l'obstacle — Tunique obstacle, on Ta su depuis — qui fût susceptible d'empêcher lo Prince de servir sous ses drapeaux. En adoptant cette solution, le gouvernement français ne porte d'atteinte à aucune de ses lois; il ne fait h un Prince aucune faveur: il remplit seulement sa fonction logique envers un Français dont les lois ont laissé en .suspens le statut durant l'état de guerre.
A nos arguments, M. Viviani opposa la décision prise en Conseil des ministres : • Le gouvernement
ne verrait pas d'objection et ne ferail pas d'obslacle à ladmission du Duc d'Orléans dans l'armée russe; <on ambassadeur serait pr^t à le déclarer à Petro- ^'rad. Mais il ne ferait rien de plus.. »
- Je ne le peux pas, et je ne le veux pas, répéta ^l. Viviani.