UNE PENSÉE ROYALE
Mais il reprend :
« — Cette France nouvelle, si digne de Tancienne, je vous confie qu'il m'était venu le désir do lui faire un présent tiré des richesses de son histoire »
Et le Prince ajoute en montrant à sa boutonnière la rosette de chevalier de Saint Louis ;
« — Étant le seul dépositaire du vieil ordre royal que l'hérédité monarchique a sauvé des révolutions, je me demandais s'il ne me serait pas possible de le mellre à la disposition du gouvernement afin que cette décoration devienne comme autrefois le signe, tout h fait exclusif, de l'honneur militaire, des services pureiiipnt ffuerriers rendus au pays. Pourvu que cette condition fût respectée, j'aurais fait naturellement entre les mains de l'Étal français actuel un abandon public de tous mes droits personnels sur la Croix de Saint Louis. En conformité avec ces principes d'autonomie professionnelle dont le réveil est si sensible aujourd'hui, l'armée française aurait eu ainsi l'avantage de posséder un ordre qui neùl
ppartenu quà elle (le Prince insiste sur ces mots), ' l c'eût été le môme ordre qui, depuis Louis le (irand, orna la poitrino do toii< les bravr ' l'rance.
• Puis, à la réflexion, j'ai craint d'être la cause involontaire d'un froissement pour tant de héros qui • l«'jù ont gagné vaillamment sur les champs de ba-
lille leur croix de la Légion d'honneur, insigne ^'lorieux porté par plusieurs générations d'officiers 'les armées de terre et de mer entre lesquels je suis lier de compter de nombreux officiers généraux et supérieurs de l'armée française qui sont des Princes de mon sang. »
Le prince sourit de nouveau tristement :
— Vous le voyez, je ne puis même pas faire cet hommage à la France!
« N'importe! Tout ce que j'ai d'influence sur mes
iinis sera employé à les prier de ne songer en ce
moment qu'à la cause de la Patrie, C'est le mot
d'ordre que j'ai donné dés le premier jour : mes
amis l'avaient d'eux-mêmes devancé. Une chose est
ssentielle, c'est la victoire et c'est ensuite que les
luits de la victoire soient complètement obtenus.
< '/est qu'une paix sérieuse rende à la France l'Alsace
f la Lorraine, acquises par les armes ou la diplo-
iiatie de Henri II, de Louis XIV fet de Louis XV.
.'est que la France soit aussi dédommagée de tant
il'efforls et de tant de ruines, non seulement par
de justes indemnités financières, mais aussi par des
garanties territoriales et autres qui puissent servir
de défense et de protection à l'avenir contre les
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réveils incessanls de brulalité germanique, t. est enfin que la grande politique traditionnelle de la patrie puisse être reprise en Europe contre l'unité allemande, qui vient de se montrer si menaçante pour la civilisation de l'humanité tout entière. J'ai confiance dans la coopération des armées de la puissante Russie et du vaste empire britannique avec les armées de la France, dans cette union féconde de sept peuples coalisés contre les oppresseurs. Dans ce mouvement de prospérité générale, puisse la France, qui va enfin relever la tôle, sentir ce qu'elle vaut pour établir solidement, avec l'aide de Dieu, les bases de sa force, de sa i:)rospérité et de sa grandeur! »
11 est à peine utile d exprimer à des Kranc^ais, qui vivent avec nous ces heures cruelles et glorieuses, avec quelle émotion nous avons accueilli ces paroles du petit-fils d'Henri IV et de saint Louis.
En recevant l'adieu du Prince et sa chaleureuse accolade, nous nous promîmes de les rapporter fidèlement.