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LETTRE DE MGR LE DUC D'ORLÉANS A M. VIVIANI

Président du Conseil des Ministres.

21 décembre 19ti.

Le 15 décembre, Monseigneur le Duc d'Orléans a Iressé la lettre suivante à M. René Viviani, présilenl du conseil des ministres:

Monsieur le Président du Conseil,

A l'ouverture des hostilités, j'adressai à M. le Minisire de la Guerre une dépêche pour lui demander à combattre sous les drapeaux de mon pays. Par télégramme du 9 août vous avez bien voulu me répondre, avec une courtoisie dont je vous remercie, que, tout en rendant hommage à mon initiative, vous ne pouviez lui donner de suite, l'état de la législation ne permettant pas mon enrôlement dans l'armée française. Vous m'engagiez à m'enrôler « dans les armées amies ou alliées qui com-

ittent à nos côtés ».

Snivnnt votre conseil, je me suis adressé aux deux ^ avec lesquels je pouvais espérer participer >o de mon pays. Malgré les liens d'amitié ou de parenté qui m'unissent à leurs souverains et bien que j'eusse déjà servi comme officier dans l'armée de l'un d'eux, une considération diplomatique, provenant du fait même de l'Alliance, ne leur a pas permis d'accepter.

.le me serais volontiers e.xposé à d'autres refus, s'il

avait eu la moindre chance de ne pas me heurter à môme obstacle partout.

11 me reste, Monsieur le Président du Conseil, à me

tourner vers vous et à vous demander, puisque les

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Chambres vont se nHinir, de vouloir bien leur soumettre une modification, d'ailleurs légère, à l'état actuel de la législation. Je ne sollicite aucunement Tabrogation de la loi d'exil : il suffirait d'admettre que les effets en fussent suspendus pendant la durée de la guerre. Une fois mon devoir militaire accompli, il me serait moins dur de quitter le sol français après avoir eu la joie et l'honneur de participer à sa délivrance.

Les législateurs de 1886 n'avaient pu prévoir que la peine de l'exil qui m'a frappé à dix sept ans» déjà sP lourde en temps de paix, serait aggravée par le supplice de l'inaction devant l'ennemi. Aucun Français n'en doutera : ce n'est pas une question politique, c'est une alïaire de patriotisme et de cœur.

En tout autre sujet, j'aurais pu et dû choisir pour mandataire un de mes amis du Parlement. J'ai pensé que, dans un moment où rien ne doit troubler l'union du patriotisme français, c'est au Chef du Gouvernement que je devais adresser une telle requête.

J'y ajoute, Monsieur le Président du Conseil, l'expression de ma haute considération.

PHILIPPE, duc d'Orléans.

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