‹ Les conditions de la victoireChapitre 139 sur 204 · PAS DE TEMPS A PERDRE · texte numérisé non relu

PAS DE TEMPS A PERDRE

Je n'en ai rien fait cependant. Quelque vif intérêt qu'eût présenté, même au point de vue pittoresque, l'incident soulevé entre le petit youpin rose en jaquette foncée el l'écrivain français en costume héroïque, je n'ai pas cru pouvoir faire perdre cinq minutes, ni ajouter un élément de trouble à une opération qu«*lconqae de la défense nationale. Ou risraélite allemand, devenu haut fonctionnaire de la République, était là en manière de provocation ou

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tison suffisante de ne pas le relever. Ou il si(^geait à son tour de b^te, d'après les règles de la mécanique administrative, et l'idée de rospocter celte nitH-ani(iue dans tous les cas où la trahison D*est pas flagrante, s'imposait naturellement devant " iiii en armes sur le territoire envahi.

' (îrunebaum-Uallin et moi, qui sommes pleins question se reposera et, je l'espère, se vHUMa sur d'autres terrains. La rencontre d'hier n'était pas banale. Klle se renouvellera. Il me connaît. le connais. Je l'ai vu, il y a quelque vingt ans, quand, à la veille de passer son concours d'admission au Conseil d'État, on le présentait à feu M. Cou- Ion, vice-président du Conseil à l'époque; je vois -^nrore M. Crunebaum multipliant dans les petits ins mille grimaces destinées à exprimer que déimais son « alTaire était dans le sac »,« qu'il avait T^oii pain cuit » et toutes sortes de singeries dans le même goût. Le chemin qu'il a fait depuis, s'il l'eût fait à boursicoter, à écumer l'épargne, même française, m'eût laissé tout à fait inditîércnt et môme ignorant, tant le fait eût paru naturel et normal ! Il en est autrement d'un chemin accompli par les hauteurs de l'État français, pour la division de la France. Pour cela, cela nous regarde, il faudra que cela se paye, et ç^ se paiera. Je n'ai pas voulu le lui ^'nire payer hier, quelque violent scandale et quelle inconvenance qu'il y eût à ce que des Français, iils, pelils-fils et arrière-petit-fils de Français, qui '•t nient tous sortis de race française, comparussent 1 qualité d'administrés devant cette sale petite peau.

Comme le vieil Ulysse, il fallait manger son cœur. J'aurai dévoré le mien en silence. J'aurai subi le joug en me disant qu'à notre place le petit juif boche n'aurait certes pas hésité à faire quatre révolutions pour un cas moitié moins sérieux. Mais puisque, au demeurant, il a été impossible de m'utiliser, ni au service armé, ni même comme auxiliaire dans les bureaux, je puis encore servir la France en faisant connaître, par la voie de la presse, ce fait contre lequel. J'ai préféré ne point protester de vive voix : le 12 avril, salle Saint-Jean, en l'Hôtel de Ville de noire belle, vieille, glorieuse et royale cité de Paris, le conseil de revision qui a examiné notre classe a été présidé par ce petit juif allemand.

Le fait brut peut montrer combien nos métèques ont perdu le sentiment des convenances élémentaires; à quel point nous sommes encore envahis et conquis; à quel point il sera indispensable de reconquérir la patrie, une foi? rinvn^ion df^ In Rorhif* extérieure bien liquidée.

Nous avons eu le plaisir d'entendre des ministres souhaiter h la Chambre que la France fût rendue aux Français. Ces messieurs parlaient de la nationalité de maisons de commerce. Mais cela peut et doit s'étendre à la composition du Conseil d'fitat.

15 avril 1915.

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