LA DIFFAMATION DU PASSÉ
50 tuai 1919. ERCKMANN.CHATRIAN
rnjouii. ' ' ' r le prolétariat, selon
rormule. <r par M. Julcb Guesde.
repris en feuilleton une espèce de vieux roman, libelle dirigé loul entier contre l'ancien régime. J'ai voulu voir cela du point de vue renouvelé par d'in-
ritestables progrès de l'esprit public. L'impression ue dégoût n'y est pas plus douteuse que l'impression d'ennui. Cette forte saveur de rusticité alsacienne qui a fait la gloire d'Erckmann-Chalrian, y est gûtée et comme coupée à chaque instant par la marque envieuse de l'ignorance volontaire, de l'inintelligence butée, de l'ingratitude poussée jusqu'à la passion. 11 en est de cette paysannerie révolutionnaire comme du patriotisme révolutionnaire : de l'attachement au sol, oui, mais vicié par la volonté sournoise de le troubler et de le déchirer par la guerre civile ; un sentiment des traditions, oui, mais des traditions qui divisent et qui tiennent à ne transmettre que des causes de division. C'est infect. On a honte de cette infection, quand on s'aperçoit du nombre des inventions et des rêveries prodiguées dans ce livre pour »<^us éloigner de tout ce qui nous engendra. •
Bien entendu, les auteurs ne veulent que flétrirles rois, les nobles et les prêtres. Mais le degré d'infamie imputé à ces oppresseurs oblige à forcer la mesure, à étendre l'opprobre, à placer le peuple entier
(le nos pères et de nos mères sous le môme signe de honte. Il faut que tout ce monde dont nous sortons, ait été ignoble, non seulement de haut en bas, mais de bas en haut. Il faut que, môme dans les plus vertueuses familles du « peuple », chacun ait porté le stigmate moral de la vilenie. Tout nous est montré sous un aspect sale et râpé. Point d'aisance. Point de fierté. C-'est la misère qui oblige de beaux jeunes gens à se vendre à l'armée comme remplaçants, et, bien que le remplacement ait survécu de plus d*un demi-siècle à l'Ancien Régime, l'écrivain politique sera forcé de pousser plus loin la satire non des rois, mais des puissants, mais de la nation ; il nous donnera l'écœurante tragi-comédie de la femme du peuple, mère de famille, intriguant auprès de son fils, le caressant, le cajolant, bousculant r»>><-î c^,. .rj^ri pour avoir la honte qu'elle désire :
« Quel bonheur!...
« Toute ma vie, je verrai la joie de notre famille î... La mère tenait Nicolas par le bras et lui disait : « — Nous allons te vendre ! »
Il faut diffamer le paysan français si l'on veut conduire jusqu'à son terme logique la difl'amation du Roi et de l'Église, père et mère de la patrie.
L'armée, cette armée de métier, honneur et orgueil do l'ancien régime, pelile armée composée de volontaires et de mercenaires, flanquée de quelques régiments étrangers, obtenus de Suisse et d'Allemagne par la diplomatie séculaire de la monarchie, reçoit aussi sa part d'insultes ignares. Cette vieille armée, ti facile à lever, si légère à entretenir et, quant au
produit, si féconde, e»l Tobjel des caricatures venimeuses, dont la signification perfide peut du reste
' ndrc à nos armées de tous les temps : « Voilà j.,^. dînent les meilleurs soldats, moins ils ont de cervelle ^ plus ils sont hardis ». Des bons côtés de l'armée ancienne, pas un mol. l^ourtant, si toute armée est un mal, comment les auteurs du libelle ne sont-ils pas reconnaissants au régime sous lequel il n'y avait pas de service universel, où c'était la minorité infime qui servait, où il ne parlait pas un homme sur vingt par année et par village.'
Gardons de demander un peu de raison ù la haine. Nous en sommes aux gémissements sur le maigre ■ déficit » de Louis XVI. L'énorme banqueroute révolulionaire ne suscitera pas un mot de critique. Le passage du recruteur arrache des plaintes rageuses : on trouvera tout naturel de guerroyer vingt-cinq ans et de faire massacrer des millions d'hommes pour aboutira une France moins étendue et moins puissante que le territoire constitué, sous des rois économes du sang du peuple, par la vieille petite armée qui ne coûtait rien ou si peu de chose, lu marchand, à l'artisan et au laboureur!
L'exploitation politicienne de la crédulité des classes ouvrières réussira-l-elle à vulgariser les tristes bourdes d'Erckmann-Chatrian? Ou celte campagne de défense républicaine, dirigée si expressément, si directement contre nous, ne peutelle pas aboutir à créer dans le prolétariat que l'on veut « berner » un étal d'esprit examinateur et critique infiniment dangereux pour la foi à la République?
II me parait raisonnable de pencher à cette seconde hypothèse. Les ouvriers intelligents qui lisent le livre d Erckmann-Chatrian sont priés de prendre garde à ce détail : le personnage qui déclame le plus contre le Roi et la France appartient à la minorité confessionnelle qui a le plus profité de la Révolulion : ah! il ne travaille pas pour le « peuple », celuilà, il travaille pour sa secte et, si Ton peut dirp. pour son couvent.
Quarante ans avant que noire ami \alui^ cul écrit son traité de la Monarchie et la classe ouvrière, les deux romanciers de l'Alsace révolutionnaire avaient implicitement avoué le but secret de nos révolutions : ni social, ni politique, simplement religieux et anticalholique.
jum ioio r VMM m: pelletan
7 juin 1015.
Avanl-hier soir, k la première lecture de l'article nécrologique du Temps que nous avons dû appeler un verdict, nous avons été sur le point de juger lie le collaborateur technique de notre confrère iL-publicain avait eu la main un peu dure. Notre respect de la raorl, et de la mort en plein travail, en plein déploiement de l'effort intellectuel, est si profond que nous ne songions à le tempérer d'aucune méfiance. Nous n'imaginions pas que l'équipe mobilisée pour corrompre l'opinion et pour lui mentir, pour rendre vide et vaine toute la leçon de la guerre, se jetterait sur le corps de ce vétéran et, pour l'utiliser tout chaud, lui organiserait une sorte de triomphe hardi aux dépens de la vérité et de la patrie. Le signal est parti d'un endroit inffime. Il a été suivi par toute une presse d'extrôme-gauche qui fait altern^r des simagrées de patriotisme avec de cruelles
teintes aux intérêts vitaux du pays.
Chacun de ces journaux brode sur le thème : « Ahl ! l'on avait écouté Pelletan », « la revanche de Pel-
tan », « c'est Pelletan qui avait raison ». Raison contre les amiraux. Raison contre l'état-major. Raison contre la science et la tradition de notre marine et toutes les marines de l'univers .... Quelque mal qui ait été fait par Camille Pelletan à la France, la somme de ses vieux naufrages enflerait encore
Ton prenait au sérieux ces inventions. Elles sont
500 LE l'AJUJ-.MhM bb UhLMT.
aussi fabuleuses que ces trois lignes de Gustave Hervé, historien digne de faire concurrence à Reinach, qui disent du ministre de la marine de 1902 :
€ Il fut viTK baptisé d'un sobriquet dont il ne se releva pas, on l'appela péril national. »
On appela Pellelan « péril national • quand il eut mérité ce titre, c'est-à-dire après deux ans et demi du ministère le plus extravagant. Le mot qui est, je crois, de M. Doumer, est bien postérieur aux débuts du grand promoteur de la « poussière navale ». Il doit dater de l'agonie du ministère Combes.
Pour se faire une idée de ce désastre, il convient de relire ce qu'en a dit le Temps :
... Le premier acte de M. Pelletan fut de siispendii' les travaux des cuirassés déjà commencés. Une interpellation de M. Chaumet, en décembre 1902, fit reprendre les constructions arrêtées: non toutes, hélas! car en mai 1902, les arsenaux avaient reçu l'ordre de construire treize sous-marins du type Aigrette; M. Pelletan en supprima onze, qui ne furent jamais faits. Les cioiseurs ne trouvèrent pas grAce non plus devant lui : la construction de VErnest-Iienan fut retardée d'une année. Il commanda, en 1903 et 190i, des torpilleurs de type absolument démodé, et s'il mit en chantier des sous-marins, ils étaient de si petites dimensions qu'après son départie Parlement en arrêta la construction.
Au point de vue du personnel, l'administration de M. Pelletan ne fut pas plus heureuse: la plupart de ses actes n'eurent d'autre conséquence, si ce n'est d'autre but, que de diminuer l'autorité des amiraux, de ceux qu'il appelait les * (ils d'archevêques ».
Aux légendes menteuses, il convient d'opposer la vérité stricte, établie, vérifiable. Si l'on va au delà des faits constants et si l'on se hasarde jusqu'à ju-
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î>«'i, t ' i. ' -• |*as de la provoyanco <lt» Camille* Pelletau qu'il est possible de parler! S'en tenir il blâmer son imprévoyanee serait un signe de profonde modération dans la critique, car comment croire que cet homme d'une intelligence certaine ait pu accumuler tant de folies sans dessein? Je ne parle pas 'ï'nn dessein anlipatriotique né de la volonté de
ihir le pays. Mais la doctrine pacifiste aboutit en fait au même point que la trahison. — C'est, d'aprôs les socialistes, pour prévenir la guerre qu'ils se sont opposés vingt ans à la « folie des armements > : ils l'ont déchaînée plus cruelle! Ce fut peut-être aussi pour prévenir le môme fléau que ce vieux dé-
ocrale de Pellelan nous infligea cette décadence.