‹ Les conditions de la victoireChapitre 196 sur 204 · PAR LA RÉVOLUTION BOURGEOISE · texte numérisé non relu

PAR LA RÉVOLUTION BOURGEOISE

Vingt ans plus tôt, de la prison de Sainte-Pélagie, en 1885, Jules Guesde et Paul Lafargue écrivaient que les classes paysannes et ouvrières ne furent qu'un jouet entre les mains de la classe bourgeoise

J. \ , ;, r.lua )^n^\\ 1 nrfirlp i\u 8 DDarS, pagC 160.

eux, seule bénéficiaire de la Révolulion. Ils disaient de cette bourgeoisie de 1789-1793 :

Alors mAme qu'elle abusait le plus du populaire, de son énergie et de ses colères pour abattre la réaction au dehors et au dedans, elle prenait ses précautions contre cette plèbe des villes et des campagnes qui devait faire tous les fixais du nouvel ordre de choses en voie d'élaboration. Pas une minute elle n'oublia, dans son duel acharné contre l'ennemi d'en haut, l'ennemi d'en bas im^nloyablcmenl camprimé chaque fois qu'il essaya de sortir de son rôle de mystifié....

En dehors de cette double lutte, impossible de s'expliquer comment ceux qui se réclament le plus haut de la liberté forgeaient au nom de la liberté, des lois d'exception contre les associations oum^ières, comment, en ne parlant que du t règne de la fraternité » à instaurer, ils inauguraient cette ère fraternelle par un^ série de massacres populaires ; comment, en même temps qu'ils jetaient, la torche à la main, les paysans contre les châteaux, ils aidaient les propriétaires fonciers (nobles ou roturiers) à dépouiller les mêmes paysans de leurs droits et de leurs propriétés séculaires....

Impossible de comprendre comment les fauu; Droits de l'homme, depuis près d'un siècle qu'ils ont été proclamés, ont abouti à un nouvel esclavage d»- rinuna nité, homme, femme, enfant, pire que l'anci*

Bref, en léle de leur t Essai critique » sur la Révolution, Guesde et Lafargue appelaient « le ;> ouvrier », « /e vrai vaincu de cette période ». Auj d'hui, leurs amis et successeurs donnent en feuilleton, pour en bourrer le crûne d'un public sans défense, un pauvre vieux roman révolutionnaire, âgé de plus de quarante ans, dont ils font attester la valeur historique par un t historien bourgeois ». Michelet, et par un critique bourgeois, M. Brisson

HISTOIHE D'UN PARTI. 34!

Jai.i. -. jicndant vingt ans, avail sans doule contribué à placer son parti sur cette pente d'un radicalisme bourgeois favorable à toute» les légendes de la c révolution bourgeoise >. 11 est mort. Ce qu'il laisse d'élèves est insignifiant et ce n'est pas leur influence qui a paralysé tout guesdismc sous le ministère de Jules Guesde. Ce ne sont pas les circonstances : autant le Jaurésisme avait été démenti par l'événement, autant il paraissait possible de sauver les bons morceaux de la doctrine guesdiste î Non seulement elle ne rencontrait pas de contradiction de fait, mai» l'esprit public, vivement imprégné de contre -révolution, inclinait à quelque socialisme patriote et populaire, qui aurait été libre de la servitude démocratique : les anciennes idées de Guesde et de Lafargue, reconnues et vérifiées, devenaient courantes. Jamais Vesprit socialiste n'avait eu plus de facilités pour entrer dans le mouvement d'un large nationalisme historique. La raison de Parti, autrement puissante que la raison d'État, aura donc agi toute seule : contre ses grands intérêts, contre son avenir, contre le pays même, elle a réduit l'intelligence du Parti au profil de la politique de son personnel dirigeant. L'histoire est assez triste pour ceux qui en sont l'objet. Mais elle illustre et vérifie tout ce qui a été dit de pire du gouvernement des partis.

Un parti de décentralisation devenu centralisateur pour se maintenir au pouvoir établirait à peine une preuve plus claire de la corruption inévitable et fatale de toute forme de la Démocratie : elle a besoin de séparer et d'agiter les hommes. La vérité qui unit lui est odieuse.

Page 1